Toujours dans sa politique de faire les choses non pas unilatéralement mais dans un esprit d'échange fructueux, le choix est tombé sur une pièce dont l'action se déroule à... Damas. C'est donc pour remédier à cette lacune, mais aussi pour permettre au public du monde arabe de voir des pièces de théâtre qui adressent son image en Grande-Bretagne que Damascus a été lancée sur la route du Moyen-Orient. Dans le cadre d'une tournée qui englobe la Jordanie, la Syrie, l'Égypte, la Tunisie et les territoires palestiniens, le British Council a présenté au Madina une pièce de théâtre «made in Scotland » par David Greig, mise en scène par Philip Howard et intitulée Damascus.
C'est dans la ville éponyme que cette pièce, jouée en 2007 au Festival d'Édimbourg, a fait sa première escale moyen-orientale. Une première mitigée, à en croire les coupures de presse syriennes. Damascus a en effet suscité un vif débat à Damas où une critique mordante a accusé l'œuvre dramaturgique de «sataniser» la capitale syrienne. L'acteur principal, Paul Higgins, n'en revient pas. «Et dire que lors des représentations new-yorkaises, on nous a reproché d'être trop pro-arabe», s'est-t-il étonné lors d'un débat avec le public après les représentations beyrouthines. L'incompréhension culturelle dont parle la pièce se porte très bien, merci.
Damascus est, on l'aura compris, une parabole désenchantée sur les relations houleuses entre Orient et Occident, entre les éternels colonisés et les perpétuels colonisateurs. Damascus est aussi en quelque sorte un jeu de miroir qui reflète les perceptions de part et d'autre, qui illustre l'incompréhension, l'incommunicabilité, les stéréotypes à la dent dure et la victimisation des uns par rapport à la diabolisation des autres. Une bien lourde charge, en effet, que porte sur ses - pas si frêles - épaules une pièce qui, selon les affirmations de son auteur, aurait été écrite pour un public occidental. Pour, justement, permettre à ce dernier d'avoir une vue quelque peu humanisée de l'Autre, hors du miroir du soupçon et de celui de l'insécurité que véhiculent trop d'idées reçues.
Voyez par exemple Paul, l'étranger débarqué à Damas. Il a peur. Il se trouve dans une région inconnue, dans une «zone de guerre». Dans ce lobby d'hôtel claustrophobe, il n'a qu'une idée en tête: conclure son «deal» et retourner dans son home sweet home célébrer la Saint-Valentin avec sa femme et ses enfants. Mais cet Écossais aux frontières de la quarantaine ne sait pas encore qu'il est impossible de se rendre au Moyen-Orient «pour quelques heures seulement».
Des orientalistes voyageurs aux colonisateurs, en passant par les diplomates de passage qui reviennent y couler leurs jours de retraite, sans oublier les troupes venues instaurer la démocratie, la région possède une longue histoire d'étrangers qui, fascinés, enchantés ou possédés, viennent se perdre sur ses dunes brûlantes ou se gorger du soleil de la Méditerranée.
Paul est l'auteur d'un manuel pour apprendre l'anglais, dont il vient négocier la vente. Il se heurte alors à l'indifférence totale du directeur de l'école et aux demandes intransigeantes de la jeune et belle Mona qui mène les négociations. Le texte devra subir de nombreuses censures, des changements parfois drastiques. Une bombe à Beyrouth, l'aéroport fermé, il se trouve bloqué à Damas. Entre son désir de conquérir la ville et la femme, l'étranger écoute sans trop y faire attention les doléances et les espoirs du jeune Zakaria, le réceptionniste un brin toqué qui ne pense qu'à assouvir ses désirs sexuels avec les touristes américaines et qui compte sur l'étranger pour faire parvenir le script de sa vie à Hollywood. Sur scène également, un personnage marginal mais lucide, omniprésent et omniscient, qui relate les événements sur un ton ironique à souhait, la pianiste du lobby, une Ukrainienne transsexuelle ex-communiste et catholique.
Alors, Damascus, théâtre de l'altérité ou jeux de miroir? Pourquoi ne pas voir en cette pièce un appel lancé à l'Occident pour l'inciter à écouter ce jeune Oriental. À l'aider à désamorcer le choc en retour que peut produire la mondialisation chez lui. À tenir compte, au plus haut point, des sensibilités culturelles qui sont siennes et des injustices politiques bien réelles dont il est l'objet. Tout cela se résume en un seul mot, ô combien difficile à mettre en pratique ces temps-ci : la tolérance.


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