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Liban - Analyse

Pile je gagne, face tu perds

« Que risque donc de perdre l'opposition en cas d'échec aux élections ? Rien du tout. Au Liban, majorité parlementaire ne signifie pas nécessairement majorité populaire ... » : trois mois avant le scrutin du 7 juin, Hassan Nasrallah tente d'ores et déjà de jeter le discrédit sur les résultats du vote et, du coup, de dynamiter une fois de plus le concept de démocratie représentative.
Il est vrai que le secrétaire général du Hezbollah tenait vendredi dernier ces propos dans le sillage de sa réplique à ceux qui, au sein de la majorité, soupçonnent l'opposition de vouloir torpiller le déroulement des élections législatives pour ne pas avoir à essuyer un échec.
Le moins que l'on puisse dire est que sa réponse est assez convaincante. Car en termes clairs, ses propos se traduisent ainsi : pourquoi donc voulez-vous que je prenne la peine de mettre le pays à feu et à sang si c'est pour empêcher la tenue d'un scrutin dont le résultat, quel qu'il soit, n'aura que peu d'impact sur ma politique ?
Que Hassan Nasrallah ait profité de cette réplique pour suggérer la probabilité d'une défaite électorale de son camp - alors que celui-ci, il y a à peine quelques semaines, paraissait encore sûr de sa victoire et le clamait très fort - est un aspect qui devient accessoire dès lors que la victoire et la défaite sont à ses yeux égalisées dans l'impuissance à modifier le véritable rapport de force dans le pays.
En somme, pour le Hezbollah, l'équation est d'une simplicité confondante : Si je ne peux pas gagner les élections, que dois-je faire ? Provoquer un report du scrutin ? Mais pour y parvenir, il faut que je déclenche une guerre, et cela risque d'avoir des conséquences périlleuses. Alors, il ne reste plus qu'une solution : passer outre, faire comme si les élections n'existaient pas, en relativiser l'impact, m'infiltrer dans les failles du système pour le dynamiter tout entier.
« Au Liban, majorité parlementaire ne signifie pas nécessairement majorité populaire, et cela en raison du système confessionnel et de la méthode de répartition des sièges et des circonscriptions... » L'homme qui tient ces propos est celui-là même qui, depuis quatre ans, fait de la nature consensuelle du système libanais son credo politique et, à ce titre, se permet avec ses alliés d'empêcher la majorité de gouverner.
Il est aussi le chef d'un parti qui, aux côtés des autres principales formations politiques du pays, a consensuellement accepté à Doha l'adoption du découpage électoral de 1960.
C'est ainsi que le système politique libanais présente aux yeux de Hassan Nasrallah (et d'autres) une ambivalence qu'il est bon d'exploiter pour servir ses intérêts particuliers : lorsque cela nous arrange, nous invoquons le système consensuel, et lorsque cela ne nous arrange pas, nous fustigeons le système confessionnel, sachant néanmoins que les deux concepts recouvrent exactement la même chose.
En réalité, ce qui ressort du discours du secrétaire général du Hezbollah, c'est qu'il n'a cure du système politique et de tout l'édifice institutionnel libanais. La seule chose qui compte pour lui, c'est que cet édifice ne vienne pas se placer en obstacle devant ses projets et, surtout, devant son infrastructure paramilitaire et paraétatique.
En clair, cela veut dire que le système politique, les élections, la démocratie, ne sauraient décider du sort des armes du Hezbollah. Ou bien le système et les institutions se soumettent aux armes, leur concédant un statut de supériorité, ou bien c'est le coup d'État permanent, avec ou sans violence.
Mais comment s'expliquer cette entourloupe facile, ce lapin que l'on sort à chaque fois de son chapeau, qu'est la contradiction entre « majorité parlementaire » et « majorité populaire » ?
On sait, bien sûr, que Hassan Nasrallah ne peut guère être considéré comme l'héritier d'un Locke, d'un Montesquieu ou d'un Rousseau. Tout de même, qu'au XXIe siècle, dans n'importe quel pays de la planète, un homme politique soit capable, sans déclencher l'hilarité générale, de remettre en question de manière aussi primaire le principe même de la démocratie représentative en dit long sur l'état de la culture politique dans ce pays.
En tout état de cause, cela témoigne du très mauvais départ pris par le Hezbollah dans le processus devant le mener, un jour ou l'autre, à cesser d'être une organisation semi-clandestine et à s'intégrer véritablement dans l'État et la société. S'il en a la volonté, bien entendu.
Mais a-t-il vraiment le choix ? Dans une large mesure, la résolution 1701 du Conseil de sécurité sonne le glas des ambitions régionales du Hezbollah et, du moins partiellement, celles de son mentor iranien. Tant qu'elle restera mal appliquée, le parti de Dieu continuera à impressionner par son étalage de muscles. Mais en sera-t-il toujours ainsi ?
Même si les perspectives de paix dans la région demeurent lointaines, l'État libanais est irrémédiablement engagé dans un processus de normalisation de sa propre situation par rapport au conflit arabo-israélien. Cela est dans l'ordre des choses. Certes, l'État libanais part faible dans cette course. Mais rapide ou lent, ce processus se heurte déjà et se heurtera encore davantage à la posture adoptée par le Hezbollah. Pour pouvoir conserver ses « privilèges », ce dernier devra donc user de moyens de plus en plus radicaux. Ce sera la fuite en avant. Jusqu'au jour où il se rendra compte qu'un retour dans le giron de l'État lui reviendrait moins cher. À lui comme à tout le monde.
En attendant ce jour-là, et puisque le Hezbollah est de plus en plus contraint de regarder vers l'intérieur, il lui faudrait prendre quelques leçons basiques sur le fonctionnement d'une démocratie.
« Que risque donc de perdre l'opposition en cas d'échec aux élections ? Rien du tout. Au Liban, majorité parlementaire ne signifie pas nécessairement majorité populaire ... » : trois mois avant le scrutin du 7 juin, Hassan Nasrallah tente d'ores et déjà de jeter le discrédit sur les résultats du vote et, du coup, de dynamiter une fois de plus le concept de démocratie représentative.Il est vrai que le secrétaire général du Hezbollah tenait vendredi dernier ces propos dans le sillage de sa réplique à ceux qui, au sein de la majorité, soupçonnent l'opposition de vouloir torpiller le déroulement des élections législatives pour ne pas avoir à essuyer un...
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