« Lorsque je suis arrivé ici il y a 15 ans, j'avais des voisins suédois. Aujourd'hui, il n'y en a plus un seul », déplore Anis, né en Bosnie il y a 33 ans, en avalant un kebab, dans un petit snack bondé aux abords du grand complexe commercial qui sert de centre à Rosengaard.
Le quartier a retenu l'attention cet hiver lors d'émeutes entre jeunes et policiers, puis en janvier après la publication d'un rapport remis au gouvernement dénonçant la radicalisation de groupuscules islamistes, présentés comme des « contrôleurs de l'opinion », imposant des tenues strictes et hostiles aux valeurs démocratiques.
« Rosengaard est un quartier assez agréable. On y trouve de tout... sauf un systembolaget » (les magasins du monopole suédois sur l'alcool), plaisante Kenneth, 56 ans, routier au chômage, attablé avec son ami retraité Sven, 66 ans, dans une cafétéria de la galerie commerciale, où magasins orientaux avoisinent un hypermarché suédois. « C'est vrai que nous sommes en minorité, mais on ne pense pas vraiment de cette façon, nous avons tellement d'amis immigrés », explique Kenneth.
Mais pour Maxime Camara, chargé de l'accueil des réfugiés, l'influence croissante des associations islamiques isole le quartier déjà surpeuplé et au chômage élevé. « Beaucoup de jeunes ici n'ont pas de travail (...), leurs parents ne travaillent pas, leur façon de se retrouver, c'est de s'engager dans le milieu islamique, ça complique leur intégration », estime ce Guinéen d'origine. « Ils passent leur temps à parler l'arabe », dit-il, ajoutant : « Au fond, ils ne veulent pas être suédois, ils me le disent eux-mêmes. » Même l'imam de la grande mosquée juge que certaines communautés ne sont pas assez ouvertes vers la société suédoise. « C'est un problème pour nous, pour l'Europe d'éviter que certaines communautés se tournent toujours vers le passé », dit Bejzat Becirov, dont les prêches sont en suédois. « On se retrouve avec un club de foot et une équipe de ping-pong islamiques », ajoute-t-il.
Ammar Daoud, responsable de l'Union pour la culture islamique, estime toutefois le rapport sur l'islamisation « infondé, mensonger, raciste ». Il préfère souligner le rôle positif de son association, dont les trois locaux font office de salles de prière. « Aider les enfants avec leurs devoirs, est-ce contre l'intégration ? Le foulard librement consenti est-il antidémocratique ? » interroge-t-il. Selon lui, si seuls les hommes se retrouvent le vendredi pour la prière, c'est à cause de l'exiguïté des lieux, et conformément au Coran, les femmes n'y sont pas obligées. La fermeture d'un local de son organisation avait déclenché des émeutes en décembre. L'ambiance s'était de nouveau tendue après la publication d'une vidéo de policiers qualifiant des jeunes de « saletés de primates ».
Pour Pernilla Ouis, spécialiste de l'islam suédois à l'école supérieure de Malmö, ces événements ont « attiré l'attention sur le problème, qu'on ne pouvait pas évoquer auparavant sans être accusé de racisme ». « Les communautés musulmanes (...) ont des attitudes envers la société non musulmane qui sont anormales », dénonce cette Suédoise, après avoir porté le voile et été mariée 18 ans à un musulman.
Marc PREEL (AFP)

