Les autorités ont révoqué les permis des ONG françaises Solidarités et action contre la faim, de Médecins sans frontières (France et Hollande), du Conseil norvégien des réfugiés, des organisations américaines Care, IRC, Mercy Corps et CHF ainsi que des britanniques Oxfam et Save the Children. « Cela représente près de la moitié » des programmes de l'ONU sur le terrain, a déclaré à l'AFP un haut responsable de l'ONU. « Cela va avoir un impact immédiat sur l'acheminement de l'aide humanitaire » au Darfour, a souligné cette source. Les agences de l'ONU, dont le programme alimentaire mondial (PAM), fournissent des vivres et de l'aide à 4,7 millions de personnes au Soudan, dont 2,7 millions au Darfour. Entre 200 et 300 humanitaires étrangers devront quitter le pays à très brève échéance, selon des pointages de l'AFP basés sur les effectifs des 10 ONG interdites d'opérer au Darfour et à Khartoum. De hauts responsables de l'ONU devaient cependant rencontrer hier la HAC, dans l'espoir de révoquer ces ordres d'expulsion. Les États-Unis et la Commission européenne ont également exhorté le Soudan à revenir sur sa décision d'expulser les ONG. Une décision aussi dénoncée par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.
L'expulsion des ONG ne conduira « pas nécessairement » à des pénuries de nourriture dans les camps de déplacés du pays, a assuré, à Genève, le vice-ministre soudanais de la Justice, Adel Daeim Zumrawi. Il a ajouté que beaucoup de produits alimentaires étaient désormais « produits localement ». « Le gouvernement fait en sorte que ceux qui vivent dans les camps reçoivent les approvisionnements nécessaires », a-t-il conclu.
Quelque 16 500 humanitaires travaillent au Darfour, dont 95 % de Soudanais embauchés localement. « La décision risque aussi de faire perdre leur emploi à des milliers de Soudanais travaillant pour ces ONG », a souligné une source onusienne.
Béchir fustige l'Occident
Par ailleurs, devant plus de 10 000 manifestants très remontés dans le centre de Khartoum, M. Béchir a également pourfendu l'Occident. « Les véritables criminels, ce sont les leaders des États-Unis et de l'Europe », a-t-il lancé. « Cela fait 20 ans que nous sommes sous la pression du néocolonialisme et de ses instruments comme la CPI, le Conseil de sécurité des Nations unies et le Fonds monétaire international », a-t-il également affirmé.
Au niveau des réactions internationales concernant ces événements, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine va demander au Conseil de sécurité de l'ONU « d'interrompre » la procédure engagée par la CPI contre M. Béchir, afin de privilégier le processus de paix, notamment au Darfour. La Chine, proche alliée de Khartoum, a réclamé la suspension de la procédure, regrettant le mandat d'arrêt émis contre le chef d'État. Pour la Russie, M. Béchir doit bénéficier d'une « immunité » en tant que chef d'État. De même, la Syrie et l'Iran ont dénoncé hier le mandat d'arrêt délivré par la CPI. « La Syrie est très inquiète et très contrariée par le mandat d'arrêt », a affirmé le ministère des Affaires étrangères. « C'est un dangereux précédent, qui ignore l'immunité accordée aux chefs d'État et garantie par l'accord de Vienne de 1961, susceptible d'avoir des conséquences négatives sur la stabilité au Soudan et sur le processus politique au Darfour. » Les Émirats arabes unis ont aussi exprimé leur inquiétude, disant craindre pour le processus de paix au Soudan et appelant le Conseil de sécurité de l'ONU à ajourner l'exécution de la décision de la CPI.

