Ce dernier propose d'ailleurs aux présents une double lecture, la première traditionnelle qui retrace le parcours de l'auteur et la seconde qui remonte de la fin vers le début et qui montre le souci du chercheur avec ses références et la profondeur d'une pensée sociologique, religieuse et politique.
À peine installé au Liban, l'auteur est confronté à la guerre israélienne de 2006, et il va alors de découverte en découverte. Il apprend à connaître un peuple et sa cause qu'il défend avec courage et clarté en la projetant dans une dimension spirituelle.
Thierry Lévy-Tadjine ne craint pas de faire de la provocation en écrivant : « Je peux aujourd'hui être un Lévy, héritier de la Shoah dont mon grand-père a été victime, et soutenir le Hezbollah et ses alliés. » Reconnaissant qu'il refuse les étiquettes et les raccourcis, il précise que le pire ennemi du penseur est le manichéisme. « Il n'y a plus le bien et le mal, le blanc et le noir », écrit-il, et il ajoute que l'opposition au manichéisme est un combat contre le totalitarisme. Il se lance ensuite dans une rapide analyse de la communauté chiite et il découvre de nombreuses analogies entre le christianisme et l'islam chiite, et il précise que « chrétiens et chiites sont communément héritiers de maîtres qui ont été les victimes de l'oppression et de la tyrannie. Une théologie de la libération proche est alors susceptible de les animer ».
Combattre le communautarisme
En multipliant les références, il relève que le chiisme laisse la place à l'interprétation du texte sacré, et par conséquent, il ouvre la voie à la communication pour l'échange et la rencontre... L'auteur estime ensuite que l'avenir du Liban et la promotion de la laïcité dans ce pays « pour combattre les communautarismes et les héritages mortifères ne se feront pas sans le Hezbollah ».
Dans un exposé très précis, l'ancien ministre Damien Kattar a d'ailleurs démonté les grandes lignes de l'ouvrage, expliquant la démarche de l'auteur et saluant sa volonté de dépasser les idées reçues pour se rendre disponible aux rencontres qui remplissent le cœur et l'esprit. Il rappelle que Thierry Lévy-Tadjine a appris avec le temps à gérer les deux mondes, « l'université académique et l'université de la vie », et son parcours au Liban est à la fois une démarche spirituelle et une découverte du terrain qu'il raconte d'ailleurs avec des anecdotes qui en disent long sur le quotidien et une certaine mentalité des Libanais.
Bref, plus qu'un simple récit, ce livre est une réflexion, qui peut bousculer certains esprits, qui peut aussi être contestée, mais qui reste une démarche rare et nécessaire, car elle construit des ponts au-delà des clivages culturels et religieux, et au-delà des idées reçues. Sur la suggestion de l'ancien ministre Kattar, l'auteur a d'ailleurs promis un second tome qui raconterait son témoignage avec les Libanais et pas seulement avec le Hezbollah...


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