Le président russe a lui-même a reconnu dimanche que plusieurs droits « fondamentaux » n'étaient pas respectés en Russie, concernant notamment « la protection des personnes contre la criminalité, le respect de la vie privée ou la défense de la propriété ». C'est ce qu'a rappelé l'ONG « Pour la défense des droits de l'homme » au cours d'une manifestation hier soir à Moscou, à l'occasion du premier anniversaire de l'élection de M. Medvedev. « Nous avons besoin d'une autre Russie », « Une Russie sans Poutine, une Russie sans Medvedev », ont scandé une trentaine de manifestants. « Sous Medvedev, presque rien n'a changé. Il n'a pas satisfait nos attentes (...) C'est toujours Poutine qui décide », a déclaré le président de l'ONG, Lev Ponomarev.
Ironie du calendrier, cet anniversaire coïncide avec l'ouverture aujourd'hui d'un nouveau procès de l'ex-oligarque russe Mikhaïl Khodorkovski, dont la condamnation en 2005 à huit ans de prison pour fraude fiscale avait été interprétée par nombre d'observateurs comme une mise au pas d'un opposant potentiel durant le règne de M. Poutine. Deux mois après sa prise de fonctions en mai 2008, le nouveau président avait exclu de gracier M. Khodorkovski, malgré les appels en ce sens, un geste qui aurait inévitablement marqué une rupture avec l'ère Poutine.
En choisissant M. Poutine comme Premier ministre, le nouveau président a de facto limité sa marge de manœuvre, compte tenu de la toute-puissance du chef du gouvernement dans la politique russe. Selon un récent sondage du centre indépendant Levada, un tiers des Russes (34 %) estime que le pouvoir « réel » appartient à M. Poutine, contre 12 % pour M. Medvedev. La moitié des Russes estiment que le pouvoir est partagé à parts égales entre les deux.
Le meurtre en pleine rue à Moscou, le 20 janvier, d'un avocat spécialiste des droits de l'homme, Stanislav Markelov, a aussi jeté une ombre, en rappelant crûment que les méthodes brutales des années précédentes n'étaient pas révolues. Les attentes après l'arrivée au pouvoir de M. Medvedev étaient déjà « plutôt modestes (...) mais elles sont devenues encore plus modestes », observe l'analyste Andreï Riabov, de la Fondation Carnegie. Dans ce « système de démocratie en tandem, les ententes non formelles mais très strictes qui réglementaient les rapports entre MM. Poutine et Medvedev sont respectées méticuleusement », ajoute l'expert. En outre, la courte guerre entre la Russie et la Géorgie en août dernier pour le contrôle de l'Ossétie du Sud, la crise économique et la dégringolade du rouble n'ont pas facilité la tâche de M. Medvedev, observe-t-il.
Benoît FINCK (AFP)

