« Avec le temps et grâce à l'impunité, l'assassin est devenu un facteur accepté et s'imposant de lui-même sur la conscience des Libanais et sur leur culture politique », a-t-il ajouté.
« La mise en place du tribunal international quatre ans après l'assassinat de Rafic Hariri constitue un début sérieux du processus devant mettre un terme au feuilleton du crime au Liban », a poursuivi le chef du gouvernement, assurant que « jamais les Libanais n'ont cédé, dans leur quête de vérité, au désir de vengeance. Leur objectif a toujours été et est toujours de protéger le Liban en dissuadant les terroristes ».
Le Premier ministre a conclu en affirmant que le gouvernement libanais « réitère son soutien constant au tribunal, proclame son intention de coopérer pleinement avec lui et s'engage à accepter tous les verdicts qui en émaneront, quels qu'ils soient ».
De son côté, M. Hariri a estimé dans un message que l'ouverture du tribunal est « un événement historique qui consacre la volonté des Libanais de se défendre contre la terreur ». « Aujourd'hui, c'est le drapeau de la justice pour le Liban qui flotte à La Haye ».
Selon lui, le tribunal « ne sera ni un outil de vengeance ni un outil de chantage ou de compromis aux dépens de la dignité du Liban et de sa liberté ».
Le tribunal « va punir les criminels, mais en même temps il sera un outil pour la protection du Liban, de ses dirigeants, de ses intellectuels, de son peuple et de son système démocratique contre le crime organisé », a-t-il dit.
M. Hariri a en outre rendu un hommage appuyé au « grand ami du Liban », l'ancien président français Jacques Chirac, « pour les efforts qu'il a déployés afin que justice soit faite ».
Par ailleurs, dans une interview à la chaîne BBC, M. Hariri a affirmé être convaincu que le tribunal « ira en fin de compte jusqu'à Damas ».
Prié de dire s'il croyait que les transformations politiques dans la région et notamment le dialogue instauré par les États-Unis et la France avec la Syrie pouvaient influer sur la marche du tribunal, il a répondu : « Je reconnais que les circonstances ont changé dans la région, mais nous avons quand même obtenu le tribunal. » Et M. Hariri de citer l'exemple du président soudanais, Omar el-Béchir, qui, « en dépit des changements survenus et de la tendance actuelle à vouloir préserver les régimes en place, aura maille à partir avec la justice internationale. Je crois que justice sera faite ».
Le ministre des Travaux publics, Ghazi Aridi, a salué pour sa part « un précédent historique dont le prix a été payé avec le sang, les souffrances et les sacrifices des Libanais ». « Le rêve s'est réalisé », a-t-il dit.
Le vice-président du comité exécutif des Forces libanaises, Georges Adwan, a souligné que « le tribunal a été mis en place pour pointer le doigt en direction des auteurs des assassinats et les Libanais ne veulent rien d'autre que cela ». « Mais il faut prendre conscience que le tribunal aura aussi besoin de mesures concrètes. L'État libanais doit donc être capable de mettre la main sur les témoins et les prévenus », a-t-il noté.
Mohammad Kabbara, député de Tripoli, a dit : « Chaque Libanais descendu à la place des Martyrs a contribué à la concrétisation de cet acquis que nous devons à présent préserver et entretenir afin de pouvoir parachever le processus entamé il y a quatre ans. »
Son collègue du Chouf, Alaeddine Terro, s'est adressé en ces termes aux partisans de la majorité : « C'est vous, public du 14 Mars, qui avez imposé au monde la mise en place du tribunal. C'est vous qui êtes descendus le 14 février (dernier) pour dire aux Libanais et au monde que vous n'avez peur ni de ceux qui ont envahi Beyrouth, ni du régime syrien, ni de ses alliés. »
« Aujourd'hui, vous avez imposé le tribunal et la représentation diplomatique à ce régime. Demain, vous imposerez la justice et la sanction ainsi que le tracé des fermes de Chebaa pour en finir avec ces armes que l'on nomme résistance », a ajouté M. Terro.
Atef Majdalani, député de Beyrouth, a noté qu'à La Haye, « des cœurs battront : ceux des martyrs qui ont sacrifié le plus cher pour que vive une nation, ceux d'un peuple fidèle à ses martyrs et qui récolte ce qu'il a semé et ceux de criminels dont l'heure de la sanction a sonné ».
Agop Kassarjian, également député de Beyrouth, a « félicité le peuple libanais qui a voulu la justice et la vérité et les a réclamées, sans vaciller, depuis la première bougie allumée en 2005 jusqu'à la masse imposante du 14 février 2009 ».
De l'autre côté de l'échiquier politique, le député Ghassan Moukheiber (Metn) a salué la mise en place du tribunal « après une longue attente et de grands sacrifices consentis par le peuple libanais et la majorité écrasante de ses leaders politiques ».
Seule fausse note, celle émise par le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, qui s'est demandé « pourquoi réclame-t-on que la justice nous soit rendue par d'autres et ne pas réclamer la justice divine et se fonder pour cette justice sur le Coran et le Prophète » ?

