L'évêque a eu des mots sévères pour les écarts à la déontologie du métier dont certains médias, qu'il n'a pas nommés, se rendent coupables, et a pris la défense du droit du patriarche maronite à se prononcer sur la chose publique, quand il y va de l'intérêt national et des libertés.
Pour mémoire, Mgr Rahi a rappelé que les offenses et calomnies graves dirigées contre le patriarche et les évêques sont passibles, selon le droit canon, d'excommunication. Ces propos ont particulièrement retenu l'attention des observateurs.
Des propos tenus par Mgr Rahi, il ressort avec évidence qu'ils se justifient au regard des attaques lancées par certains journalistes, ou médias, contre le patriarche et l'Église maronite, ainsi que de nouvelles forgées de toutes pièces faisant état de divisions au sein de l'Assemblée des évêques maronites, attribuées à des sources fictives, voire à des noms fictifs.
« Les Libanais sont scandalisés par ce qu'ils lisent et écoutent comme propos mensongers et nouvelles fabriquées de toutes pièces portant atteinte à de hautes instances, et même à la personne du patriarche et les évêques », a dit l'évêque.
Ce dernier « incarne la conscience libanaise », a-t-il poursuivi.
Voici l'essentiel des propos tenus par le président de la Commission des communications sociales :
Après avoir rappelé les normes et règles de l'action politique, « art du bien commun », que les Libanais ont « détourné de ses nobles objectifs », Mgr Rahi a abordé le thème brûlant de la jungle médiatique où, en ce moment, tous les coups sont permis ; « déformation des faits, informations inventées de toutes pièces et mensonges, atteintes aux hautes instances, diffamation et atteintes à l'image personnelle, attributions abusives d'informations, d'intentions ou d'actes à des personnalités ».
Mgr Rahi a dénoncé ces pratiques comme « de la spécialisation dans le mensonge, de la dégradation morale et une forme d'esclavage aux corrupteurs ».
Rappelant que la commission qu'il prréside est la seule habilitée à s'exprimer au nom des Églises catholiques au Liban, Mgr Rahi a dénoncé au passage la « gravissime offense » faite à la religion chrétienne et à la personne du Christ par le canal 19 israélien.
Un jugement moral sur la politique
Au sujet des prises de position dites politiques de l'Église, Mgr Rahi, citant la constitution L'Église dans le monde de ce temps, du Concile Vatican II (n° 76), a affirmé que celle-ci « prononce un jugement moral sur le système et la vie politique, en ce qui concerne les droits de l'homme fondamentaux et le salut des âmes ».
« Mais l'Église ne s'identifie à aucun régime politique particulier, a-t-il rappelé. Elle a par contre le devoir de se dresser contre toutes les formes d'exploitation et d'oppression de l'homme par l'homme, d'élever la voix si elle voit l'homme humilié, la société dégradée et la patrie ligotée. »
Il a invité les électeurs à faire leurs choix en conscience et à refuser de se laisser acheter.
Le président de la commission épiscopale a soulevé le cas de l'excommunication en abordant le thème des normes de l'appartenance religieuse. Cette appartenance s'articule à trois niveaux : les dogmes professés par l'Église, la pratique des sept sacrements et la soumission aux autorités spirituelles en tout ce qu'elle prend comme mesures destinées au salut des âmes.
« Il est indispensable d'avertir ceux qui portent atteinte à l'Église et à la religion ainsi que les autorités ecclésiastiques représentées par la personne du patriarche et les évêques (...) que quiconque offense gravement la personne du patriarche encourt la grande excommunication, ainsi que tous ceux qui incitent à la haine ou à la dissension contre le patriarche », a affirmé Mgr Rahi.
La conscience libanaise
Le chef de la commission épiscopale est ensuite passé aux normes et règles de l'histoire et a énuméré une longue liste de patriarches qui, depuis le premier patriarche maronite, saint Jean Maron, à la fin du VIIe siècle, au patriarche Hoyeck, père de l'indépendance (Conférence de Paris, 1919) « ont cherché à préserver deux choses très chères : leur foi et l'entité libanaise ».
« Ce précis historique a pour but de dire que le patriarche incarne la conscience libanaise qui est une constante à travers les siècles (...). Il convient donc de respecter cette conscience dans sa personne et en tenir compte dans un esprit de dialogue libre et responsable. »
Répondant aux questions des journalistes présents, Mgr Rahi a insisté sur le fait que nulle opinion n'est, pour ainsi dire, « révélée », mais « qu'il est possible de discuter de tout en tout respect et sens des responsabilités ».
Prié de dire si les attaques contre l'Église sont le fait de francs-maçons, Mgr Rahi a affirmé que ses propos « ne visent personne », mais qu'il constatait qu'il y a « beaucoup d'ignorance », rappelant que « l'Église prononce un jugement moral sur ce qui est bien et mal, ce qui touche à l'homme, à la société et à la communauté nationale ».
Mgr Rahi a également affirmé que les nerfs du patriarche maronite « sont d'acier » et qu'il n'était pas affecté par les campagnes contre Bkerké, tout en en souffrant plus parce qu'elles émanent, le plus souvent, de sources politiques chrétiennes.
Mgr Rahi a affirmé que « dans le cas où des accusations contre le patriarche étaient parvenues au Vatican, elles ne le rendraient que plus fort ». « Nous les mettons au défi de nommer un seul évêque à ce sujet, a-t-il conclu, il n'y a rien de meilleur marché que les paroles et les accusations gratuites. »

