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Liban - Recherches

Le narguilé, un mode de tabagisme moins innocent qu’on ne le pense

Les effets du narguilé sur la santé seraient aussi néfastes que ceux de la cigarette. C'est ce que suggèrent trois études libanaises, qui valident aussi le score libanais pour la dépendance au narguilé. Une première du genre au Liban.
Lieux de convivialité et de socialisation, les cafés et restaurants qui servent le narguilé au Liban sont légion. Depuis quelques années, cette mode connaît un engouement incomparable. Jeunes et moins jeunes s'y adonnent avec le même plaisir, cette mode de tabagisme étant un excellent prétexte pour se retrouver. Et pour les plus paresseux d'entre eux, une solution « miracle » a été innovée. Certains commerçants libanais, ingénieux comme ils sont, ont en fait trouvé le moyen de faire livrer le narguilé à domicile, à toute heure de la journée et de la soirée, au même titre qu'un sandwich, une pizza ou un plat du jour.
Cette différente forme de tabagisme est-elle aussi inoffensive que certains laissent croire ? Est-il vrai que la fumée inhalée est moins nocive puisqu'elle est distillée dans l'eau ? Quel est l'effet de la nicotine du narguilé sur la santé ? Peut-on devenir dépendant au narguilé ? Autant de questions auxquelles répond le Dr Mirna Waked, pneumologue, qui s'est exprimée devant ses collègues, les Drs Zeina Aoun et Pascale Salameh, pneumologue et épidémiologiste, toutes trois auteures d'études sur le narguilé, publiées dans trois journaux médicaux Inhalation Toxicology, Nicotine & Tobacco Research et Eastern Mediterranean Health Journal.
« Le narguilé est un mode de tabagisme très ancien et ses origines sont controversées entre orientales et indiennes, explique le Dr Mirna Waked. Il est assez fréquent au sein de la population jeune et sa pratique est entourée de plusieurs idées préconçues concernant ses effets qui seraient moins nocifs que ceux de la cigarette. »
D'emblée, le Dr Waked souligne qu'il est impossible actuellement de mesurer la nicotine contenue dans un narguilé par rapport à celle des cigarettes. « Il n'y a aucune étude dans la littérature qui puisse prétendre établir cette équivalence, affirme-t-elle. Toutes les informations avancées en ce sens demeurent de pures conclusions non scientifiques. »
Les études menées par les trois médecins ont suscité un intérêt général, « d'autant que les conclusions ne sont pas alarmantes ». « Elles avaient pour but essentiel d'exposer la situation au Liban, puisque tout ce qui est publié dans ce domaine, même par l'Organisation mondiale de la santé, est basé sur des études épidémiologiques dans des cercles restreints, note le Dr Waked. Plusieurs études expérimentales ont été menées sur le narguilé et la composition de sa fumée, mais rares sont celles qui incluent des fumeurs de cigarettes et de narguilé chroniques en "action". »

Déjà fumeur à 10 ans
Le narguilé pourrait constituer un grave problème de santé publique. En effet, selon l'OMS, le tabac causera 450 millions de décès qui surviendront au cours des cinq prochaines décennies. Or dans le narguilé, le tabac est utilisé à l'état pur (environ 20 grammes). « Certains y ajoutent des arômes, comme le miel, ou encore des arômes fruités, indique le Dr Waked. Le narguilé contiendrait à ce moment-là 10 g de tabac et 10 g d'additifs. Des études plus élaborées devraient être menées pour savoir si le tabac du narguilé est plus ou moins nocif que celui de la cigarette. Mais une chose est sûre, c'est que les additifs à base de sucre augmentent considérablement la production de monoxyde de carbone (CO) dans l'air. »
La première étude portait sur l'épidémiologie du narguilé au Liban. Elle a englobé 450 fumeurs de narguilé et/ou de cigarettes ainsi que des non-fumeurs. « Cinquante-sept pour cent des personnes interrogées étaient des fumeurs de narguilé ou de cigarettes : 19 % fument la cigarette, 17 % le narguilé et 20 % les deux, constate le Dr Waked. Dans la population des non-fumeurs, 60 % des personnes interrogées étaient des femmes. » Et de poursuivre : « La moyenne d'âge des fumeurs de narguilé était de 35 ans, la majorité ayant consommé le premier narguilé à l'âge de 16 ans. Une des personnes interviewées a même confié avoir commencé à 10 ans ! »
L'étude épidémiologique a de même montré que les fumeurs de narguilé en consomment en moyenne un par jour, la majorité étant des universitaires. « Il est important de noter que le taux des universitaires est plus élevé parmi les fumeurs de narguilé que parmi des fumeurs de cigarettes, signale le Dr Waked. Près de 53 % fument le narguilé par plaisir, 25 % pour convivialité et 11 % par habitude. »
Les résultats de l'étude mettent également l'accent sur les maladies respiratoires (toux chronique, dyspnée, etc.) rapportées par les fumeurs de narguilé et qui sont similaires à celles rapportées par les fumeurs de cigarettes.

Un CO augmenté de 300 %
La deuxième étude est unique en son genre dans le monde arabe, puisqu'elle a été effectuée « en direct » sur les fumeurs. « Nous avons pris quelque 50 personnes réunies dans un café de Beyrouth, raconte le Dr Waked. Nous leur avons demandé de se définir comme étant des fumeurs de narguilé, de cigarettes ou de non-fumeurs. Le fumeur de narguilé régulier est défini comme étant toute personne qui en consomme au moins un par semaine. »
L'étude a été menée en deux temps : au début et à la fin de la soirée, au cours desquels le taux de monoxyde de carbone (CO) dans le sang et le taux de nicotine contenu dans le crachat ont été mesurés. Les résultats sont significatifs. « Nous avons obtenu le même taux de nicotine dans le crachat des fumeurs de cigarettes et des fumeurs de narguilé en fin de soirée. Un taux qui était nettement plus élevé si on passait plus de temps à fumer. Les résultats changeaient si le narguilé était partagé entre plusieurs personnes. »
Chez les fumeurs de cigarettes, le taux de CO a augmenté de 50 % après la consommation des cigarettes. Chez les fumeurs de narguilé, il a augmenté de 300 %. Quant aux non-fumeurs, ils affichaient un taux de CO élevé, égal au taux dans l'environnement enfumé. « Ces tests nous permettent de dire que la nicotine du narguilé n'est pas assez filtrée dans l'eau comme on le pense, remarque le Dr Waked. Ce qui est encore plus grave, c'est que le fumeur de narguilé a un taux de CO cinq fois plus élevé que celui du fumeur de cigarettes dans la même séance d'enfumage. »
La dernière étude revêt un caractère plus technique. Elle a permis de construire et de valider pour la première fois un score de dépendance au narguilé, baptisé le score libanais. « Nous allons dans un deuxième temps définir le type et la prévalence de dépendance au narguilé. Nous allons également essayer de répondre à cette question d'équivalence entre la nicotine du narguilé et celles des cigarettes », conclut le Dr Waked. À suivre.

Lieux de convivialité et de socialisation, les cafés et restaurants qui servent le narguilé au Liban sont légion. Depuis quelques années, cette mode connaît un engouement incomparable. Jeunes et moins jeunes s'y adonnent avec le même plaisir, cette mode de tabagisme étant un excellent prétexte pour se retrouver. Et pour les plus paresseux d'entre eux, une solution « miracle » a été innovée. Certains commerçants libanais, ingénieux comme ils sont, ont en fait trouvé le moyen de faire livrer le narguilé à domicile, à toute heure de la journée et de la soirée, au même titre qu'un sandwich, une pizza ou un plat du jour.Cette différente forme de tabagisme est-elle aussi...
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