de Christian Merville
Qui a dit : « Les conflits sont créés, menés et soutenus par des êtres humains. Des hommes peuvent donc y mettre fin » ? Réponse : l’homme qui s’apprête à se rendre au Proche-Orient, bâton de pèlerin à la main, chargé par Barack Obama de prospecter les possibilités de régler un conflit vieux de cent ans. Il faut pécher par excès d’optimisme en cinglant vers la plus complexe des contrées de cet Orient, si bien décrit jadis par un certain capitaine Charles de Gaulle. Et encore, à l’époque, la crise palestinienne n’en était qu’à ses premiers balbutiements, si l’on peut dire, même si, dès 1909, trois hommes, Israël Shochat, Israël Giladi et Mendel Portugali, avaient pris la tête d’un groupe composé de quelques dizaines de sionistes russes, baptisé Hashomer (Le Gardien) pour protéger les premiers kibboutzim établis sur des terres volées aux Arabes. Onze ans plus tard, le mouvement cédait la place à la Haganah de sinistre mémoire...
George Mitchell est un habitué des missions impossibles. Ancien leader de la majorité démocrate au Sénat, ce politicien élu par ses pairs « personnalité la plus respectée » a réussi la gageure, lui le fervent catholique, de rapprocher les irréductibles Irlandais des deux bords et de les amener à signer, dans les années 90, les accords du vendredi saint. Il lui avait fallu pour cela franchir l’Atlantique une bonne centaine de fois en près de dix-huit mois, faisant preuve d’une patience qui avait fini par épuiser les frères ennemis. « Il est capable, affirme un des hommes qui ont eu l’occasion de le voir à l’œuvre, d’une ténacité à toute épreuve qui lui permet de rester là jusqu’à ce que le marché soit conclu. »
Nouveau Job donc, capable aussi de jouer des multiples facettes de son talent, passant avec une égale aisance de l’Irlande du Nord au monde arabe, et d’une monumentale enquête sur l’utilisation des stéroïdes dans l’univers sacro-saint du base-ball aux sulfureuses combines de l’industrie du tabac ou encore à la corruption dans l’univers du sport olympique. Son indépendance d’esprit lui a valu dans le passé l’estime de ceux qu’il a été amené à côtoyer, Arabes aussi bien qu’Israéliens, tel Martin Indyk, longtemps ambassadeur des États-Unis à Tel-Aviv, pourtant peu enclin à renoncer à ses œillères, pour qui l’ancien représentant du Maine à la Chambre haute est « en un sens neutre » ; ou encore Gaith el-Omari, ancien négociateur palestinien à Camp David et à Taba, qui lui reconnaît d’indéniables qualités diplomatiques. De fait, le rapport établi en avril 2001 à l’issue d’une mission de six mois dans la région, entreprise à la demande du président Bill Clinton, demeure à ce jour le plus exhaustif et le plus clair quant à la possibilité d’une paix basée sur la coexistence entre deux États. Son auteur évoque la provocation représentée par l’irruption d’Ariel Sharon, escorté par un millier de soldats caparaçonnés comme pour la guerre, sur l’esplanade des Mosquées, le 28 septembre 2000, dont il condamne le timing. L’initiative – censée dans l’esprit de son auteur lui permettre de l’emporter face à Benjamin Netanyahu – devait constituer le déclencheur de la seconde intifada.
À l’issue de cette tentative de dernière minute engagée par le prédécesseur de George W. Bush pour sortir le conflit de l’ornière, la commission Mitchell avait recommandé aux Palestiniens de renoncer au terrorisme et à leurs ennemis de lever leur blocus économique et d’arrêter la construction des colonies de peuplement à Gaza et en Cisjordanie. Preuve qu’il demeure d’une brûlante actualité : le document est pour beaucoup à l’origine de la « feuille de route » élaborée par le quartette. Certains noteront, avec quelque amusement, que l’inspirateur de l’accord de Belfast et Tony Blair, à l’époque Premier ministre, vont se retrouver, cette fois quelques milliers de kilomètres plus loin, pour œuvrer à édifier les bases d’une paix qui se plaît depuis longtemps à prendre des allures de mirage.
On aurait tort de voir dans ce fils d’un Irlandais et d’une Libanaise d’origine, Mary Saad, un homme enclin à faire (presque) siennes les thèses politiques arabes. En réalité, il n’a cessé, tout au long de sa carrière de sénateur, de voter en faveur de l’aide à l’État hébreu et contre toute vente d’armes à ses voisins. Ce qui, paradoxalement, représente un atout dans une mission de bons offices puisque l’intéressé pourrait ainsi se prévaloir de ses sympathies pour faire pression, le cas échéant, sur ses « amis ». Et puis il y a cette façon de procéder, la « Mitchell Touch », qui le porte à plaider pour une approche humaine, à savoir écouter les uns et les autres en « donnant le temps au temps », quitte à bannir les sujets politiques lors, par exemple, d’un dîner suivant une interminable séance de discussions.
Par-dessus tout, il y a le fait que l’on est à l’orée d’un nouveau mandat et que le 44e président a su oublier l’ardente plaidoirie prononcée en pleine campagne devant les membres de l’Aipac. Ce n’est pas assez ? Au vu du bilan des huit années passées, c’est déjà beaucoup.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats