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Actualités - Opinion

Beyrouth, beauté brutale

Est-ce si difficile à croire ? Beyrouth en pole position des destinations de vacances, curiosité numéro un pour touristes avertis – est-ce si « invraisemblable »? C’est le mot qu’employait Fifi Abou Dib, incrédule et amère de voir sa ville en tête de la to-do list 2009 du New York Times (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 15 janvier 2009). Ma réaction, en découvrant ce classement il y a quelques jours, avait été tout autre. Beyrouth ? Évidemment… Pour répondre à Fifi Abou Dib, le Liban possède beaucoup d’attractions que l’on ne retrouve pas ailleurs. Le New York Times se contente de pointer les hôtels de luxe et les restaurants – et sa gastronomie est sans aucun doute l’un des atouts maîtres du Liban. Mais le quotidien américain omet son soleil cru, sa vie nocturne vibrante, sa vie culturelle qui se défend a coups de nouveaux musées et de revues culottées. La jeunesse de sa population et surtout l’énergie palpable qui course dans ses rues chaotiques. Ses paysages magnifiques – lors d’une virée récente dans le Sud, j’ai été saisie par la dissonance entre la beauté de la vue et l’horreur de l’histoire – Qana calme et charmante ; les collines verdoyantes et toujours minées. Impression étrange d’être a la fois en zone de guerre et dans une petite New York. Tout cela dans si peu de kilomètres carrés – de quoi éveiller la curiosité. Il y a sans doute là-dedans un optimisme un peu naïf estampillé « expat ». Celui d’une Libanaise de l’étranger, qui n’a connu ni la guerre ni les courses aux abris, et qui garde elle aussi sous le coude son passeport européen, sésame des mauvais jours. Beaucoup de locaux restent incrédules lorsque j’explique que j’ai quitté la France pour venir m’installer ici ; se demandent ce que ça cache. Je n’ai pas ce vague dégoût qu’ont ceux qui en ont trop vu ; comme le dégoût pour un amant qui nous aurait trahis une fois de trop. Pourtant, ce n’est pas non plus la Beyrouth idyllique que j’aime, ni un mythique Liban pastoral. Au contraire. Le Liban est une terre de contrastes ; Beyrouth en est un condensé. À la fois microcosme d’un Moyen-Orient qui se déchire – caisse de résonance des tendances régionales – et génie tout particulier qui les transcende. Des modes de vie radicalement différents s’y côtoient et s’y entrechoquent, avec les explosions de violence que l’on sait. Ils se sont affrontés hier ; coexistent aujourd’hui ; que sait-on de demain. Et c’est sans doute cela qui fascine dans Beyrouth. Cela, Fifi Abou Dib l’a repéré. Comme beaucoup de grandes beautés, Beyrouth possède aussi sa part d’ombre, son envers violent. Ce n’est pas le « Paris du Moyen-Orient » que l’on vantait il y a un demi-siècle. Paris a la beauté sereine des endormies. Beyrouth, elle, est du côté des dionysiaques, du versant de l’excès. Se saoule beaucoup ; se défigure parfois ; se relève sans cesse. Une ville toujours sur le qui-vive. Exactement : qui, vive. Lanah KAMMOURIEH
Est-ce si difficile à croire ? Beyrouth en pole position des destinations de vacances, curiosité numéro un pour touristes avertis – est-ce si « invraisemblable »? C’est le mot qu’employait Fifi Abou Dib, incrédule et amère de voir sa ville en tête de la to-do list 2009 du New York Times (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 15 janvier 2009).
Ma réaction, en découvrant ce classement il y a quelques jours, avait été tout autre. Beyrouth ? Évidemment… Pour répondre à Fifi Abou Dib, le Liban possède beaucoup d’attractions que l’on ne retrouve pas ailleurs. Le New York Times se contente de pointer les hôtels de luxe et les restaurants – et sa gastronomie est sans aucun doute l’un des atouts maîtres du Liban. Mais le quotidien américain omet son soleil cru, sa vie nocturne vibrante, sa vie culturelle qui se...