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Actualités - Opinion

La chronique de Nagib Aoun À bras-le-corps

Des chiffres effrayants, un épilogue monstrueux : la preuve par 1 300 morts, par 410 corps d’enfants démembrés, désarticulés, du trépas de la conscience, images atroces d’une humanité assassinée ramenée à l’état d’une barbarie banalisée. Indicible, ineffable : de leurs tours d’ivoire, les régimes arabes n’y ont vu que du feu, non pas celui des incendies qui ont ravagé Gaza, mais celui de leur amnésie, de leur autisme prémédité. Un sommet, deux sommets, trois sommets… Et que vive la récupération, celle qui achève de déchirer la « cause sacrée », celle-là même que ses propres enfants ont crucifiée sur l’autel de leurs intérêts antagonistes. 1 300 morts, 410 enfants écrasés sous les bombes : hier encore, les rodomontades des uns, les fanfaronnades des autres continuaient de creuser les tombes des illusions perdues, des rêves fracassés. Nulle victoire dans le grand cimetière qu’est devenu Gaza, mais le constat tragique d’une double défaite, celle des armes comme celle des consciences, une double défaite qui n’est que le reflet du refus des uns d’admettre l’impasse inhérente à toute occupation, de l’obstination des autres à ne voir dans les démarches de conciliation que pièges et « complots sionistes ». Et pourtant, comme en juillet 2006 au Liban, le cessez-le-feu bancal mis en place à Gaza ouvre enfin la voie à une trêve prolongée, celle qui permettra peut-être de bâtir les bases solides d’une paix à venir. Par-delà les surenchères qui disloquent le monde arabe, qui décrédibilisent plus d’un régime (que Bachar el-Assad réactive donc le front du Golan, lui qui a signé l’arrêt de mort de l’initiative de paix de Beyrouth, que l’émir du Qatar, qui lui a emboîté le pas, démantèle donc la base américaine qui s’étale sur son territoire, celle-là même qui couvre la sécurité aérienne d’Israël !) ; Par-delà l’horreur des « expéditions punitives » de l’État hébreu, des exactions commises au fil des ans ; par-delà aussi le jusqu’au-boutisme de factions palestiniennes prisonnières d’axes politiques qui ont fait de la « Grande Cause » un fonds de commerce lucratif, les réalités du terrain, celles issues des dévastations au Liban-Sud, il y a deux ans, comme celles qui émergent du cataclysme de Gaza, ouvrent aujourd’hui de nouvelles perspectives qu’il serait criminel d’ignorer, de ne pas investir dans la recherche d’un règlement global au Proche-Orient. Au choix des armes doit succéder le choix de la diplomatie, celle supposée démarrer au quart de tour avec l’inauguration dès demain du mandat de Barack Obama. L’ampleur même de la catastrophe, les risques réels que les conflits du Proche-orient, avec l’irruption de l’Iran sur la scène palestinienne, font peser sur la paix mondiale, imposent naturellement de se saisir du problème à bras-le-corps. Aujourd’hui Israël est au banc des accusés et le peuple palestinien bénéficie dans l’opinion mondiale d’un soutien massif jamais vu auparavant. Les directions palestiniennes sauront-elles en tirer profit en mettant un terme, une fois pour toutes, à leurs divisions, en se soustrayant, enfin, aux tutelles de l’imposture ? Hier, à Charm el-Cheikh, s’est mis en place le processus censé clore le chapitre des violences criminelles, censé ouvrir la voie aux grandes décisions politiques, celles que les grandes puissances, les États-Unis en tête, sont appelées à prendre. L’an 2009 témoignera-t-il du rendez-vous avec l’histoire, celui qui ramènera la paix au Proche-Orient, qui fixera les limites d’un État palestinien viable ? Il ne suffit pas de croiser les doigts, il faut encore réussir à prendre le taureau par les cornes ¦ Nagib Aoun


Des chiffres effrayants, un épilogue monstrueux : la preuve par 1 300 morts, par 410 corps d’enfants démembrés, désarticulés, du trépas de la conscience, images atroces d’une humanité assassinée ramenée à l’état d’une barbarie banalisée.
Indicible, ineffable : de leurs tours d’ivoire, les régimes arabes n’y ont vu que du feu, non pas celui des incendies qui ont ravagé Gaza, mais celui de leur amnésie, de leur autisme prémédité.
Un sommet, deux sommets, trois sommets… Et que vive la récupération, celle qui achève de déchirer la « cause sacrée », celle-là même que ses propres enfants ont crucifiée sur l’autel de leurs intérêts antagonistes.
1 300 morts, 410 enfants écrasés sous les bombes : hier encore, les rodomontades des uns, les fanfaronnades des autres continuaient de creuser les...