Le « roi des rois » est décédé au Caire en 1980, après un an et demi d’errance.
« Il est parti », clameront les journaux iraniens après le départ du chah d’Iran, le 16 janvier 1979 il y a trente ans, qui signe la fin du régime impérial et le proche avènement de la République islamique. Vers 13h00 Mohammad Reza s’envole vers l’Égypte. Le « roi des rois » entame une errance d’un an et demi, en passant par les États-Unis, avant de mourir des suites d’un cancer le 27 juillet 1980 au Caire, à 60 ans.
Le pouvoir de la rue l’a poussé à la fuite, qui ouvre la voie au retour triomphal de France le 1er février 1979 de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny. La révolution est victorieuse le 10 avec le retournement de l’armée. La fin s’amorce un an plus tôt, en janvier 1978 avec la publication dans le quotidien Etelat d’un article de commande injurieux pour l’ayatollah. Des manifestations d’étudiants en théologie sont réprimées dans le sang et les funérailles des victimes engagent un engrenage de nouvelles manifestations et répressions.
Le sociologue iranien Ehsan Naraghi, qui s’est entretenu avec le chah dans ses derniers mois de règne, affirme à l’AFP que le souverain « rayonnait en période de calme, mais plongeait en plein désarroi autrement. Il n’acceptait aucune critique et refusait d’entendre des mauvaises nouvelles ». Pour le journaliste polonais Ryszard Kapuscinski, il n’est qu’une pâle copie de son père, Reza Khan, qui fonde la dynastie Pahlavi en 1925. Dans son livre Le chah ou la démesure du pouvoir, il décrit les deux sur une photo de 1926, avec un petit garçon « par nature faible et hésitant » qui s’efforcera de ressembler à un père « despotique et impitoyable ». Éduqué en Suisse, il succède le 16 septembre 1941 à son père, poussé à abdiquer par les forces alliées et soviétiques, insatisfaites de sa neutralité dans le conflit contre l’Allemagne.
Le vrai pouvoir est aux mains du Premier ministre, et à partir de 1951 dans celles de Mohammad Mossadegh. Nationaliste, très populaire, il obtient la nationalisation du pétrole, exploité dans des conditions léonines par la britannique Anglo-Iranian Oil Company. Mais les États-Unis, peu sûrs de sa loyauté, le font déposer dans un coup orchestré par la CIA en août 1953.
Le chah va faire de l’armée son « gendarme du Golfe », et de la police politique un outil de lutte contre toute opposition. La redoutable Savak est créée (1957) avec l’aide de la CIA puis du Mossad israélien. L’argent du pétrole en fait l’un des meilleurs clients de l’industrie de défense américaine, et Washington l’érige en rempart contre l’influence soviétique.
À l’intérieur, il lance (1963) sa révolution blanche, une vaste réforme notamment agraire, donnant aussi le droit de vote aux femmes, qui provoque l’ire des clercs chiites. Selon les auteurs de L’Iran au XXe siècle, ces derniers craignent d’y perdre leurs vastes domaines fonciers et de voir le pays s’occidentaliser encore plus. C’est sur ce dernier thème que l’ayatollah Khomeiny va gagner sa notoriété de premier opposant à la monarchie, et subir l’exil en 1964.
Le chah lance alors un gigantesque programme de modernisation des infrastructures et de création d’industries. Les grandes puissances économiques font la queue à Téhéran pour bénéficier de la manne pétrolière, tout en fermant les yeux sur sa dérive autoritaire. En 1975, le chah instaure un parti unique, le Rastakhiz (Renaissance), auquel tout Iranien est censé adhérer. « Aucun des alliés du chah, si ce n’est Jimmy Carter (président américain de 1977 à 1981), ne l’a mis en garde, notamment sur les droits de l’homme », selon Ehsan Naraghi.
Et aucun ne voit sa fin approcher. La crise de l’économie, entrée en surchauffe après le choc pétrolier de 1973, touche des masses pauvres et révoltées par l’étalage de richesse des proches du régime. Sa célébration en 1971, dans un luxe inouï, d’un mythique 2 500e anniversaire de la monarchie qu’il fait remonter à Cyrus le Grand, illustre le divorce croissant entre la « Lumière des Aryens » et son peuple.
Pierre CELERIER (AFP)
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« Il est parti », clameront les journaux iraniens après le départ du chah d’Iran, le 16 janvier 1979 il y a trente ans, qui signe la fin du régime impérial et le proche avènement de la République islamique. Vers 13h00 Mohammad Reza s’envole vers l’Égypte. Le « roi des rois » entame une errance d’un an et demi, en passant par les États-Unis, avant de mourir des suites d’un cancer le 27 juillet 1980 au Caire, à 60 ans.
Le pouvoir de la rue l’a poussé à la fuite, qui ouvre la voie au retour triomphal de France le 1er février 1979 de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny. La révolution est victorieuse le 10 avec le retournement de l’armée. La fin s’amorce un an plus tôt, en janvier 1978 avec la publication dans le...