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Actualités - Opinion

Impression Bien vu

par Fifi Abou Dib Mardi on pouvait encore lire dans ces colonnes, et même relire en se frottant les yeux, que le Liban a été placé en tête d’une quarantaine de destinations touristiques par un grand quotidien new-yorkais. Cette fascination pour Beyrouth m’a souvent été confiée par un certain nombre de représentants de grandes maisons de luxe. Je préférais prendre leurs propos pour des amabilités tant ils me paraissaient démesurés, invraisemblables. Allez savoir d’où vient cette gêne quand on vous dit que ce pays donne envie. Envie de quoi, ce pays-là ? Mais non, vous dites. Vous protestez : Ici, on préfère se garder un passeport étranger sous le coude, comme une poire pour la soif. On a toujours un bagage de prêt comme une femme enceinte à l’approche des contractions. Ici on vit entre deux regrets, celui de rester et celui de partir. Il suffit d’un rien pour se croire heureux, et d’encore moins pour que le bonheur tourne chèvre. Et c’est cette existence entre fête et deuil, au point que l’une et l’autre finissent par se confondre, que nous nous voyons envier. Qu’a donc le Liban et qui ne se trouve pas ailleurs ? Nos prestations touristiques, malgré quelques efforts récents, sont loin de tenir la comparaison avec d’autres destinations de la région. Les quelques vestiges de l’Antiquité qui subsistent çà et là, pas plus que la poignée de cèdres soustraits à notre négligence, ne constituent à eux seuls un but de voyage. Par-dessus tout, nos différences sont explosives, nos passions politiques hautement inflammables et notre tissu social craque de toutes ses coutures mal ficelées, sous la tension entretenue par nos bienveillants voisins. J’ai l’air de recenser ces failles comme on parle dans nos villages de la laideur d’un enfant pour le garder du mauvais œil. D’ailleurs, mieux vaut ne pas répéter trop haut que notre économie redémarre, à l’heure où celle du monde s’écroule. C’est juste notre manie d’être à la traîne. Mieux vaut ne pas raconter à qui veut l’entendre que nous avons repris goût à la vie en quelques mois de trêve, que décidément ce goût de vivre nous colle à l’âme comme la boue du Liban à la semelle. Chaque explosion à Gaza ouvre une béance dans nos murs à peine cicatrisés. Chaque enfant mort, chaque secouriste débordé, chaque blessé en détresse réveille en nous d’infinies douleurs. Qui mieux que nous peut comprendre ? Qui le fera, ce dépliant d’un pays, immuable et précaire, fatal et magnétique, simplement vrai malgré ses artifices ? « Perle de l’Orient », tu parles. Mais pour le côté « à chaque instant il se passe quelque chose », pour assouvir un besoin de vibrer, alors oui, c’est au Liban qu’il faut venir. Bien vu, New York !
par Fifi Abou Dib

Mardi on pouvait encore lire dans ces colonnes, et même relire en se frottant les yeux, que le Liban a été placé en tête d’une quarantaine de destinations touristiques par un grand quotidien new-yorkais. Cette fascination pour Beyrouth m’a souvent été confiée par un certain nombre de représentants de grandes maisons de luxe. Je préférais prendre leurs propos pour des amabilités tant ils me paraissaient démesurés, invraisemblables. Allez savoir d’où vient cette gêne quand on vous dit que ce pays donne envie. Envie de quoi, ce pays-là ? Mais non, vous dites. Vous protestez : Ici, on préfère se garder un passeport étranger sous le coude, comme une poire pour la soif. On a toujours un bagage de prêt comme une femme enceinte à l’approche des contractions. Ici on vit entre deux regrets, celui...