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Actualités - Opinion

Le Point Premier bilan

par Christian Merville Au chevet de Gaza, on se bouscule pour sauver le malade. La foule des Sganarelle qui déjà s’agitaient devant les caméras du monde entier s’est enrichie ces derniers temps de la Turquie. En ce début d’un siècle nouveau, notre misérable monde est ainsi (dé)fait que l’on en est à attendre une guérison qui viendrait soit des Perses, soit des Ottomans, appelés, les uns et les autres, à la rescousse par leurs anciens sujets… Aux dernières nouvelles, alors que les mollahs se préparaient à lever deux doigts en signe de victoire, l’imprévisible Erdogan effectuait un démarrage en flèche et condamnait, dès le 28 décembre, l’agression israélienne « qui dépasse toute mesure aux plans moral et humanitaire ». Et comme pour exploiter l’avantage ainsi acquis, Ankara a décidé, semble-t-il, de prendre le relais du Caire pour convoyer à l’adresse des deux camps des idées susceptibles de mener à un arrêt des hostilités. L’initiative est sage en ce qu’elle permettrait à chacun de sauver la face. Mieux encore : de s’approprier le mérite d’une victoire qui appartiendrait alors à chacun. Pour l’heure, sans vouloir s’attarder sur les voies – sinueuses par vocation – qu’emprunterait la diplomatie, force est de constater que les deux belligérants avaient si bien fait qu’ils s’étaient fourvoyés dans une impasse dont ils ne parviennent pas à sortir. Ramenées à l’essentiel, les revendications portent, d’un côté, sur l’arrêt des tirs, de l’autre, sur la réouverture des points de passage, ce qui permettrait à l’enclave de respirer après dix-huit mois d’un blocus inhumain que le monde entier s’accorde aujourd’hui à dénoncer. Simple ? Trop simple peut-être quand on s’évertue à clamer une chose en public et son contraire en privé. Parce qu’il importe de tenir compte d’une opinion publique chauffée à blanc en cette période électorale (présidentielle pour pourvoir au remplacement de Mahmoud Abbas et désignation d’un nouveau Conseil législatif, probablement en avril ; élections générales à hauts risques pour l’équipe actuellement en place, en février, dans l’État hébreu). D’où l’obligation d’avancer à pas comptés, si tant est que l’on puisse parler de progrès à l’heure où ne parlent que la poudre et les balles. C’est vrai pourtant qu’Ehud Olmert se garde de toute allusion à un éventuel coup de force pour renverser le Hamas. Il lui serait impossible, en effet, de trouver un remplaçant à un pouvoir issu d’une consultation populaire dont nul n’avait contesté le caractère honnête et tout auréolé de sa résistance face à l’agresseur. De plus, le pauvre Abou Mazen, Quisling malgré lui, laminé par ses implacables ennemis gazaïotes, paraît irrémédiablement discrédité aux yeux des siens. C’est vrai aussi que le Mouvement de la résistance islamique ne saurait faire état, lui non plus, d’un palmarès positif, n’ayant pas réussi – pris qu’il était entre deux feux et situé à des kilomètres de la Cisjordanie – à créer une administration civile efficace. À cet égard, Rachid Khalidy, professeur à Columbia, rappelait dans le New York Times quelques évidences que l’on a tendance à occulter à l’ère où la désinformation est reine. Celle-ci entre autres : la majorité des habitants de Gaza viennent de localités, comme Ashkelon et Beersheba, d’où ils avaient été chassés en 1948. Ou encore : cette étroite bande de terre continue de vivre sous occupation depuis la guerre de juin 1967. Même si elle s’en est retirée officiellement en 2005, l’armée ennemie contrôle toujours les voies d’accès, les échanges commerciaux, l’espace aérien ainsi que les eaux territoriales et peut y effectuer des incursions sous les prétextes les plus fallacieux. Et toujours cette inébranlable foi en la justesse de la cause. Le Jerusalem Post répercutait l’autre jour l’insoutenable angoisse de l’homme de la rue s’interrogeant, frustré devant tant d’incompréhension, sur le fait que le monde entier a tort et que lui seul a raison de la vouloir, cette guerre ingagnable – c’est l’hebdomadaire américain Time qui l’écrit en couverture – au regard de son coût énorme en vies humaines perdues, en destructions, en détérioration de l’image d’Israël aux yeux de l’opinion internationale. Avec la perspective inquiétante de voir l’opération « Plomb durci », engagée il y a maintenant trois semaines, déboucher sur un renforcement de l’aile dure palestinienne, un affaiblissement des régimes arabes dits modérés, le renforcement de l’influence iranienne et, le temps aidant, l’érosion progressive de la suprématie démographique : 5,4 millions de juifs face à 1,6 million d’Arabes aujourd’hui. Quelle sera la proportion dans quelques décennies et quel sera alors l’avenir de la patrie voulue par les pères fondateurs comme profondément religieuse ? Sans parler du vieux rêve biblique d’un État s’étendant du Jourdain à la Méditerranée…
par Christian Merville

Au chevet de Gaza, on se bouscule pour sauver le malade. La foule des Sganarelle qui déjà s’agitaient devant les caméras du monde entier s’est enrichie ces derniers temps de la Turquie. En ce début d’un siècle nouveau, notre misérable monde est ainsi (dé)fait que l’on en est à attendre une guérison qui viendrait soit des Perses, soit des Ottomans, appelés, les uns et les autres, à la rescousse par leurs anciens sujets… Aux dernières nouvelles, alors que les mollahs se préparaient à lever deux doigts en signe de victoire, l’imprévisible Erdogan effectuait un démarrage en flèche et condamnait, dès le 28 décembre, l’agression israélienne « qui dépasse toute mesure aux plans moral et humanitaire ». Et comme pour exploiter l’avantage ainsi acquis, Ankara a décidé,...