Mahmoud HARB
Comment mettre fin à l’innommable massacre de Gaza, à l’extermination de sa population par la machine guerrière de l’État hébreu ? Est-ce en exerçant des pressions tous azimuts sur Israël pour l’astreindre à appliquer la 1860 que l’on mettra fin à cette hémorragie ? Ou plutôt en fournissant un soutien inconditionnel et illimité au Hamas, en attendant que les canons se taisent d’eux-mêmes, lorsqu’Israël se serait rendu compte de l’absurdité et de l’impossibilité de son objectif d’anéantir le mouvement islamiste ?
Au moment où le nombre de victimes de l’agression israélienne contre Gaza s’approche inexorablement du seuil symbolique des 1 000 morts, chacun des acteurs arabes, turcs et iraniens du Proche-Orient cherche à imposer sa propre réponse à ces interrogations. Car c’est désormais de la manière dont prendra fin l’offensive israélienne que dépendent largement ses résultats politiques dont les retombées ne seront pas des moindres sur les pays de la région, le Liban en tête.
En effet, un cessez-le-feu régi par la 1860 montrera que seul le droit international, le processus politique et la solution « étatique » – autant de principes prônés par le 14 Mars – peuvent protéger le peuple palestinien et ses voisins contre toute forme d’agression israélienne. Il ne s’agirait dans ce cas rien de moins qu’une victoire politique de l’axe arabe mené par Le Caire et Riyad qui a joué un rôle prépondérant dans l’adoption de la 1860 et, par conséquent, d’un coup porté à ses contempteurs chapeautés par l’Iran.
La seconde éventualité, c’est-à-dire une victoire à la Pyrrhus du Hamas, sera une véritable aubaine pour les partisans de la résistance permanente, et notamment le Hezbollah, qui y verra une preuve que la guérilla populaire échappant au contrôle de l’État est la seule stratégie de défense possible face aux éternelles menaces israéliennes.
Ce débat s’est donc placé par la force des choses au centre de l’arène politique libanaise où s’affrontent depuis le lendemain de la guerre de juillet les partisans du projet de l’État et ceux de la résistance partisane. Ainsi, la majorité n’a pas lésiné sur son soutien à l’application sans délai de la 1860. De son côté, le Hezbollah, lui, n’a pas ménagé ses mots, vouant aux gémonies cette résolution et estimant, notamment par la voix de son chef, Hassan Nasrallah, que « la résistance est la seule stratégie de défense possible ».
Conscient des retombées de la situation à Gaza sur le dialogue national qu’il gère, Michel Sleiman qui s’est prononcé, lui, pour la 1860, a préféré reporter de 4 jours la prochaine rencontre entre les « Quatorze ». Cette décision a été probablement dictée par la crainte d’un dérapage entre les participants au dialogue, sur fond de massacre à Gaza, ainsi que par l’espoir d’un éclaircissement de la conjoncture proche-orientale, indispensable pour l’étude de la stratégie de défense nationale.
Joumblatt-Hezbollah
Toujours est-il que face à l’exacerbation des tensions au Proche-Orient au cours des dernières semaines, le chef du PSP, Walid Joumblatt, a choisi de pousser en avant le processus de réconciliation pour consolider davantage l’union nationale et renforcer le pays face aux retombées du bras de fer entre les protagonistes régionaux. Une source digne de foi de la majorité a en effet indiqué à L’Orient-Le Jour que Walid Joumblatt devrait rencontrer dans les prochains jours le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, au domicile de l’ancien ministre Talal Arslane, à Khaldé. Au cours de leur rencontre, les deux hommes devraient insister sur l’apaisement politique et le rejet de toute confrontation civile ou débordement dans la rue. Selon la source précitée, le chef du PSP prépare également une réconciliation populaire entre chiites et druzes à Choueïfat, afin d’y effacer les séquelles du 7 mai. Laquelle réconciliation devrait être scellée au cours des prochaines semaines, et en tout cas avant les prochaines législatives.
Ces élections font d’ailleurs l’objet de contacts intensifs au sein de la coalition du 14 Mars qui finalise ses listes électorales et son programme politique commun. « En dépit de la situation catastrophique à Gaza, nous poursuivons nos préparatifs électoraux car pour nous, la tenue de ce scrutin et la consolidation de la démocratie libanaise sont la meilleure réponse à la barbarie israélienne », tiennent à souligner à cet égard les milieux de la majorité.
Il semble donc que le 14 Mars devrait dévoiler sa charte politique lors d’un rassemblement populaire organisé en hommage à Rafic Hariri, le 14 février prochain. Les listes électorales devraient être rendues publiques ultérieurement, probablement lors d’une convention nationale qui se tiendra le 14 Mars.
« Nous tenons à ce que ces listes soient celles du 14 Mars et non celles de certains partis », souligne à cet égard un haut responsable de la majorité. « Elles comprendront des candidats issus de partis mais n’en traduiront pas moins le vaste rassemblement des forces qui se sont exprimées depuis l’intifada de l’indépendance, a-t-il ajouté. Nous ne procéderons pas à des calculs obtus mais chercherons le plus grand rassemblement possible autour du projet de l’État ». D’un État chétif dont le sort se jouera plus que jamais dans les urnes.
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