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Actualités - Opinion

Le point Enclavés à Gaza

de Christian Merville Quoi de neuf ce matin ? Gaza, hélas, encore (et toujours ?) avec son cortège de victimes, de destructions, de menaces et d’imprécations fidèlement télévisées, de promesses de règlements qui tardent tragiquement à venir, hâtant cette mort lente de ce qui fut, longtemps, un pays et qui n’est plus qu’un amas de décombres ici, quelques misérables bantoustans là, soigneusement conçus pour parachever l’opération de sublimation de tout un peuple entamée il y a soixante ans par des hommes opportunément réveillés à l’appel de la Terre promise. Des génocides, Dieu sait s’il y en eut à travers l’histoire et plus spécialement dans les ultimes années du siècle dernier. Mais jamais on n’aura mis un tel acharnement, servi par autant de moyens et une science digne d’une meilleure cause pour en finir avec cette nouvelle « lie de la terre ». Jamais non plus on n’aura vu pareille mobilisation médiatique pour défendre l’existence de « la seule véritable démocratie au Proche-Orient », celle-là même qui hésite à lancer ses soldats à l’assaut des derniers bastions encore debout dans l’enclave parce que « la vue de réservistes, il y a un an, rampant dans la poussière (du corridor de Philadelphie) pour rechercher les dépouilles de cinq de leurs camarades tués dans une explosion, est restée ancrée dans les mémoires ». Mais il s’agissait, on insiste, de militaires de cette vaillante armée qui, pas plus tard que la semaine dernière, invitait les habitants d’une bourgade à se regrouper en un point déterminé pour ensuite la pilonner. On ne saurait, n’est-ce pas, se montrer assez économe de ses munitions… Et puisque nous parlons de parcimonie, écoutez le témoignage de la princesse Haya, fille de l’ancien roi Hussein, épouse de cheikh Mohammad ben Maktoum, émir de Dubaï et qui parraine une ONG jordanienne, « Tikiyet Oum Ali » : les Israéliens, s’étonne-t-elle, s’approprient systématiquement 500 des 5 700 colis embarqués à bord de chacun des camions que nous envoyons dans la bande à l’intention de quelque 300 000 personnes affamées, sur 1,5 million que compte la population arabe. On pourrait faire valoir à l’intention de l’intéressée qu’il s’agit là d’une version (fort peu) civile de la dîme. Et que dire de cette clinique détruite, ainsi que tous ses équipements et fournitures médicales, alors que rien ne justifiait cet acte, notait Christer Aakesson, responsable des opérations internationales de l’Église suédoise, laquelle finance en partie cette ancienne maternité reconvertie en service de soins intensifs. Rien ? Si, quand même : un chef du Hamas avait sa maison dans le quartier, note-t-il – une explication comme une autre pour absoudre les auteurs d’un acte qui aurait suscité l’ire du monde s’il avait été perpétré par ces méchants Palestiniens qui terrorisent une population civile forcée de se terrer dans les abris pour fuir des katiouchas qui d’ailleurs vont s’égarer dans la nature au lieu de causer des dommages collatéraux. Dans la cacophonie qui recouvre de sa chape les excès commis à chaque instant, et depuis plus de deux semaines maintenant, c’est à peine s’il a été possible, hier, d’entendre la voix d’un porte-parole du Conseil des droits de l’homme de l’ONU condamnant « vigoureusement » l’État sioniste et exigeant « une protection internationale immédiate pour la population palestinienne ». Et encore, le texte n’a-t-il bénéficié que de la neutralité même pas bienveillante des Européens, lesquels jugeaient insuffisante l’allusion à la cessation de tirs de roquettes par le Mouvement de la résistance islamique. À Jérusalem même, des organisations ont su faire preuve de plus de courage que ces vaillants Treize en dénonçant l’attitude des médias locaux accusés de museler les critiques contre l’offensive militaire et d’offrir à l’opinion publique une information uniforme, donc volontairement biaisée, comme pour accentuer le côté caricatural jusqu’à l’excès d’une société qui a choisi de s’emmurer vivante pour tenter de fuir ses vieux démons. Il y a, dans cette obstination à vouloir détruire tout ce (tous ceux) appelé (s) à être tôt ou tard l’unique interlocuteur valable, une pulsion suicidaire sur laquelle devraient bien se pencher un jour historiens, politologues et surtout psychiatres. Il est désormais évident que rares en Israël sont ceux qui veulent la paix, sinon celle que leurs fins stratèges, qui volent de victoire en victoire mais aussi d’impasse en impasse, auront pris soin – comme ils sont en train de le faire – de confectionner à leur mesure, au fil des guerres petites ou grandes périodiquement déclenchées. Les éléments d’un cessez-le-feu, dont parle Tony Blair, sont peut-être à portée de main et il ne resterait que des points de détail à régler. Le temps de retrouver son souffle, jusqu’à la nouvelle expédition punitive suivante, une reprise des tirs de roquettes.
de Christian Merville

Quoi de neuf ce matin ? Gaza, hélas, encore (et toujours ?) avec son cortège de victimes, de destructions, de menaces et d’imprécations fidèlement télévisées, de promesses de règlements qui tardent tragiquement à venir, hâtant cette mort lente de ce qui fut, longtemps, un pays et qui n’est plus qu’un amas de décombres ici, quelques misérables bantoustans là, soigneusement conçus pour parachever l’opération de sublimation de tout un peuple entamée il y a soixante ans par des hommes opportunément réveillés à l’appel de la Terre promise. Des génocides, Dieu sait s’il y en eut à travers l’histoire et plus spécialement dans les ultimes années du siècle dernier. Mais jamais on n’aura mis un tel acharnement, servi par autant de moyens et une science digne d’une meilleure cause...