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Actualités - Opinion

La chronique de Nagib Aoun Mille morts plus tard

C’est plus qu’une fatalité, c’est pire qu’un tragique concours de circonstances, c’est tout simplement une entreprise criminelle inhérente à des pratiques ancestrales. Le monde est prodigue en dérives infâmes, en exemples terrifiants qui n’ont laissé derrière eux que morts et dévastations Le Proche-Orient, parce que l’histoire est un éternel recommencement, ne déroge pas à la règle, celle qui induit un passage obligé par la violence aveugle seule susceptible (suprême dérision !) d’ouvrir la voie au dialogue, au retour à la raison. Autrement dit, ne se décider à agir, ne tirer les leçons de la bêtise humaine, des agissements barbares que sur un champ de ruines, ne se résigner à négocier qu’après la destruction du temple, le sacrifice des innocents. Quinze jours, vingt jours, un mois : le temps impassible, indifférent, égraine, entre-temps, ses heures faites de larmes et de sang, entraînant bourreaux et victimes dans une même impasse. Un temps extensible à volonté, mis au service de stratégies militaires déshonorantes, de calculs politiques indignes. La guerre doit s’arrêter dès aujourd’hui, les combats doivent cesser sans conditions préalables. Ne doit désormais compter que la préservation des vies humaines, celles écrasées sous des tonnes de bombes et autres missiles. Toutes autres considérations ou justifications, toutes autres explications ou manœuvres dilatoires équivalent à complicité de crime, participation au crime. S’il a fallu attendre quinze jours pour obtenir du Conseil de sécurité une résolution restée lettre morte, combien de jours faut-il encore pour que l’initiative égyptienne subséquente puisse porter ses fruits, gagner l’adhésion aussi bien d’Israël que du Hamas ? S’il est d’ores et déjà une vérité qui s’est imposée à tous, à savoir que les réalités géographiques entraînent naturellement les protagonistes vers Le Caire, il est une autre vérité que le Hamas gagnerait à comprendre, à admettre : les alliés les plus fiables, les plus crédibles, ne sont pas ceux qui vocifèrent à longueur de journée, mais ceux qui œuvrent dans les coulisses de la diplomatie, qui ont l’oreille aussi bien des acteurs que des décideurs. Pour rappel seulement et pour rafraîchir certaines mémoires défaillantes : c’est avec l’Égypte et la seule Égypte que Gaza a sa seule frontière avec un pays arabe, c’est par l’Égypte et la seule Égypte que lui parviennent les aides alimentaires et l’assistance humanitaire, le souffle de vie que lui vole Israël, c’est par l’Égypte et la seule Égypte que lui ont été livrés les armes et obus de tous genres, à travers les tunnels creusés au fil des ans sous les regards détournés, sous les yeux fermés des services de Hosni Moubarak. Sur la touche, court-circuitée par l’initiative égyptienne, la Syrie, elle, se contente d’offrir une tribune, un gîte aux exilés du Hamas, d’encourager le jusqu’au-boutisme des excités des divers fronts de refus. Et pour rappel, toujours à l’intention des mémoires défaillantes, le marché de dupes avec Israël, celui mis en attente sur les rives du Bosphore. Quant à l’Iran, mentor du Hamas et fer de lance du combat islamique contre l’État hébreu, son guide suprême vient de découvrir que la Palestine est à des milliers de kilomètres de la Perse : les pasdarans se contenteront donc de manifester dans les rues de Téhéran aux cris de « mort à l’Amérique, mort à Israël ». Mais gare au moindre faux pas : l’ère Obama, celle qui démarre incessamment, peut offrir des perspectives intéressantes… Message reçu cinq sur cinq par le Hezbollah : à défaut d’une opération de diversion, d’un juillet 2006 bis, que la population sudiste pourrait difficilement supporter, elle qui n’a pas fini de panser ses plaies, on se rabat sur le bouc émissaire idéal, le régime égyptien « honni ». Défoulement garanti pour la foule, gonflée à bloc par les discours incendiaires de Hassan Nasrallah. Les Palestiniens de Gaza, entre-temps, continuent de mourir sous les obus israéliens, un rite sacrificiel sur l’autel de stratégies militaires déshonorantes, de calculs politiques indignes. Presque 1 000 morts plus tard, d’horribles dévastations plus tard et cette question qui n’ébranle aucune conscience : n’est-ce pas payer très cher la rupture d’une trêve ? Nagib AOUN
C’est plus qu’une fatalité, c’est pire qu’un tragique concours de circonstances, c’est tout simplement une entreprise criminelle inhérente à des pratiques ancestrales. Le monde est prodigue en dérives infâmes, en exemples terrifiants qui n’ont laissé derrière eux que morts et dévastations
Le Proche-Orient, parce que l’histoire est un éternel recommencement, ne déroge pas à la règle, celle qui induit un passage obligé par la violence aveugle seule susceptible (suprême dérision !) d’ouvrir la voie au dialogue, au retour à la raison. Autrement dit, ne se décider à agir, ne tirer les leçons de la bêtise humaine, des agissements barbares que sur un champ de ruines, ne se résigner à négocier qu’après la destruction du temple, le sacrifice des innocents.
Quinze jours, vingt jours, un mois : le temps...