de Christian Merville
Il est facile de jeter la pierre à ce pauvre George W. Bush, aujourd’hui en instance de départ après avoir été si peu présent là où on l’attendait. Pourtant, il faut bien le dresser, ce constat, d’une initiative, l’une des rares entreprises par la Maison-Blanche durant le second mandat de son occupant. Souvenons-nous : il y a dix mois, Condoleezza Rice débarquait à Jérusalem pour, prétendait-elle, hâter la concrétisation sur le terrain d’un des engagements pris à Annapolis : le démantèlement de quelques douzaines de barrages dressés en Cisjordanie. Pendant que les dirigeants israéliens s’engageaient dans de brumeuses promesses, tout en sachant qu’ils ne les tiendraient jamais, des émissaires débarquaient dans la capitale fédérale américaine, chargés d’une mission précise : expliquer à leurs interlocuteurs que la région s’orientait vers un conflit majeur à Gaza. Prétexte invoqué : un mois auparavant, le Hamas avait recommencé à tirer, principalement en direction d’Ashkelon, des fusées de fabrication iranienne, mais aussi des missiles artisanaux qui faisaient plus de peur que de mal. Le scénario, se prenait-on à juger, vous avait de ces airs de déjà-vu qui ne présageait rien de bon. Le 42e président des États-Unis, un certain Bill Clinton, n’avait-il pas, lui aussi, enclenché une mission de la onzième heure demeurée sans lendemain ?
Aujourd’hui, le dernier en date des processus de paix s’en est allé rejoindre la feuille de route du Quartette, le plan du roi Abdallah d’Arabie saoudite rendu public à la faveur du sommet arabe tenu en 2002 à Beyrouth, la réunion de Genève et toutes ces idées qui peuplent désormais le cimetière – par ailleurs fort encombré – des initiatives demeurées lettre morte. Les raisons de ce dernier échec sont multiples : le gouvernement Olmert a délibérément évité de stopper l’aménagement de points de peuplement dans les territoires palestiniens, ôtant du coup à Mahmoud Abbas l’un de ses possibles arguments face à ses adversaires de l’intérieur ; le chef de l’Exécutif US s’est gardé d’exercer une quelconque pression sur son protégé israélien ; enfin, les Arabes ont refusé d’apporter un soutien tangible au successeur de Yasser Arafat et/ou de tenter de dissuader le Mouvement de la résistance palestinienne de tourner le dos à ses nouveaux protecteurs iraniens. Il ne reste plus à la secrétaire d’État, pour sauver les apparences, qu’à déplacer du vent et à multiplier les déclarations apaisantes, que nul ne fait plus semblant d’écouter.
À tout le moins, la responsable de la diplomatie américaine cherche-t-elle à équilibrer son propos quand elle invite les Israéliens, sans les nommer, à ménager la population civile. Louable effort que celui-là si on le compare à la dynamique initiée par Barack Obama, concrétisée par un entretien téléphonique de huit pleines minutes avec Miss Rice. Mais il s’agissait, n’est-ce pas, d’éviter de donner au monde l’impression qu’il y a plus d’un « boss » à la tête de l’État, surtout en ces heures cruciales pour l’avenir de Wall Street. Pour sa part, le porte-parole du Conseil national de sécurité, Gordon D. Johndroe, ne s’est pas embarrassé de pareilles considérations, qui lançait presque au même moment à l’adresse des journalistes, en parlant de la population de l’enclave : « Ces gens-là ne sont rien d’autre que des bandits (« thugs ») ». On pense, à juste titre horrifié, qu’un million et demi de brigands, cela fait pas mal de monde dont il faudra se débarrasser…
En ces heures d’une folie qui ne paraît épargner personne, une voix s’est élevée, venant – on s’en étonnera – de l’État hébreu, pour prêcher, oh bien timidement, un retour à la raison. Cette voix est celle du général de brigade Shmouel Zakai. L’homme sait de quoi il parle, ayant été longtemps gouverneur du chaudron gazaïote. Sur les ondes de la radio de l’armée, il vient de faire état de ses appréhensions. « OK, dit-il, nous pouvons conquérir Gaza, mais après ? Nous allons devoir gérer les affaires d’une population qui a besoin de tout, alors que notre situation économique est peu reluisante. Nos impôts vont donc servir à aménager des réseaux d’égout et à pourvoir à l’éducation d’enfants arabes ? Ces dernières années, nous avons tout fait pour nous dissocier des Palestiniens, et voilà que nous nous employons à les ramener dans notre giron. » La solution, pour l’ancien gauleiter, consisterait à recourir à la carotte, maintenant que l’on a manié le bâton, « parce qu’il serait impensable de croire à la réussite d’un gouverneur que nous aurions intronisé ». Élémentaire, mon cher Watson, quand on songe aux succès engrangés par ce pauvre Abou Mazen.
Plus concrètement, la réponse au nouveau problème que vient de se créer Israël devrait venir d’un pays bien lointain et hélas si proche, qui lui a fourni pour ses expéditions « punitives » les chasseurs-bombardiers F16, les hélicoptères de combat Apache, les missiles TOW et Hellfire, le fuel nécessaire et les pièces de rechange, le tout accompagné d’une manne annuelle de trois milliards de dollars.
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