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Actualités - Opinion

Et la vie continue...

Commémoration ? Ah oui ? Combien de temps déjà ? Un an ? Deux ? Les gens s’arrêtent pour se remémorer. Non pardon ! Les gens qui se battent pour la cause s’arrêtent pour se remémorer. Les autres, ne se retrouvant plus au décompte, arrêtent leurs conversations dans les cafés au son de la musique tonitruante qui sort des convois de voitures. Il y a le drapeau du parti ! Oui, c’est les Kataëb ! On se retrouve ! C’est pas les chants de Noël. Le convoi passe, les conversations reprennent... Peuple en léthargie, avec cette compulsion de vivre, de rire, de papoter, d’arranger et de modeler la face – on ne peut pas modeler le fond, ce fond de mort. Non, pas de mort, la mort fait partie de la vie. Ce fond d’assassinats, de meurtres, de crimes, de crimes contre la cause, contre le mot, contre la liberté, la liberté de croire parce que la personne a osé croire, croire en le Liban, a osé penser pour le Liban, a osé dire « nous ». Vivre pour une cause, mourir pour une cause, comme si l’espoir devait être puni d’exister. La liberté a des jaloux, tous ceux qui veulent la brider parce qu’ils sont encombrés par leurs chaînes. Ils ne peuvent que façonner des prisons où ils incarcèrent les mots, la pensée, l’amour de soi, l’amour du pays, la liberté du pays. Un pays libre, c’est un peuple libre. Mais ce peuple semble être clivé, comme s’il n’appartenait pas au pays. Il donne son avis lors d’une conversation, acclame un peu un parti. L’essentiel n’est pas là. Dans le fond, il traîne sa dépression masquée parce qu’il vit dans un pays qui survit, qui survit grâce au déni. Le déni d’une histoire qui ne s’est pas arrêtée en 1943. On commémore toujours avec fanfare la fête de l’indépendance. Les enfants chantonnent dans les écoles. Les entreprises ferment. Et les morts, on en fait quoi ? Les martyrs, dont les photos jalonnent les ruelles de la banlieue sud, sont morts en situation de guerre. Israël les a tués. La cause est claire. Le coupable est connu. Ils peuvent reposer en paix. Qui a tué Rafic Hariri, Gebran Tuéni, Pierre Gemayel, Samir Kassir et tous les autres ? Le pourquoi reste vague. Le qui est tributaire d’accusations hypothétiques. L’installation du procédé reste un mystère. Les parents et les partisans doivent se contenter de connaître le quand. Cette date qui est heureusement connue pour commémorer leurs morts. Quelques petites associations et ONG voient le jour, comme pour se jurer de ne pas les oublier. Leurs photos sur les voitures deviennent de plus en plus petites. Des restes dans des restes de mémoire. Et la vie continue, le pays continue. Il balance d’un coup de main son histoire. La fidélité est de mise une fois par an. Les gens vaquent à leur quotidien. Pourquoi personne ne s’arrête pour exiger une réponse, pour exiger un nom ? Nous avons besoin de connaître les coupables ! Pour que nos morts reposent en paix, pour que nos votes reposent en paix, pour pouvoir, à partir d’une réponse à ce pourquoi, écrire notre histoire, œuvrer pour la mémoire, refouler pour vivre et non pas dénier pour mourir tous les jours un peu plus. La vérité est libératrice. Le coupable puni, nous pourrions alors aller de l’avant et nous débarrasser de cet inlassable point d’interrogation, pour construire nos phrases. Nos vies alors se façonneraient par la parole et non pas par le fouet du silence et de la douloureuse résignation. Allons au tribunal international, acclamons ses audiences, vénérons sa sentence, au nom de la libération, de la liberté intérieure et pour, enfin, une possible écriture de l’histoire du Liban. Zeina ZERBÉ
Commémoration ? Ah oui ? Combien de temps déjà ? Un an ? Deux ? Les gens s’arrêtent pour se remémorer. Non pardon ! Les gens qui se battent pour la cause s’arrêtent pour se remémorer. Les autres, ne se retrouvant plus au décompte, arrêtent leurs conversations dans les cafés au son de la musique tonitruante qui sort des convois de voitures. Il y a le drapeau du parti ! Oui, c’est les Kataëb ! On se retrouve ! C’est pas les chants de Noël. Le convoi passe, les conversations reprennent...
Peuple en léthargie, avec cette compulsion de vivre, de rire, de papoter, d’arranger et de modeler la face – on ne peut pas modeler le fond, ce fond de mort. Non, pas de mort, la mort fait partie de la vie. Ce fond d’assassinats, de meurtres, de crimes, de crimes contre la cause, contre le mot, contre la liberté, la liberté de...