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Actualités - Opinion

Si loin, si proche…

Ziyad MAKHOUL Ce n’est pas parce qu’il n’est (pour l’instant) pas touché dans ses chairs que le Liban n’est pas concerné par l’offensive israélienne contre le Hamas. Loin de là. Tout ce qui se passe à Gaza le touche, directement ; tout l’afflige et lui nuit, tout conspire à lui nuire et, au lendemain du démarrage de l’opération terrestre, Beyrouth est forcé de traiter avec : une urgence, un espoir et une nouveauté. L’urgence Il serait inadmissible que le Liban continue d’être utilisé comme une arène offerte aux règlements de comptes régionaux et internationaux. Ce constat, cette évidence qui sonnaient, mine de rien, comme une bienvenue mise en garde adressée, sans les nommer, à tous ceux que ces 10 452 km² continuent de faire fantasmer, c’est le chef de l’État en personne qui les avait émis, à partir du Liban-Sud où il s’était rendu en tournée. Le jour même du début des raids israéliens contre Gaza. Il n’y a pas de hasard… Il n’y a effectivement, aujourd’hui, absolument rien de plus urgent que d’éviter au Liban de se retrouver dans la même catastrophique situation d’il y a plus de deux ans, celle dans laquelle, lors de l’été 2006, il ne finissait ni de se débattre ni d’agoniser. Surtout que les bruits de bottes commencent à bruisser, certes préventivement pour l’instant, au nord de l’État hébreu ; surtout que les leaders israéliens ne prennent aucun gant pour avertir : « Israël n’a aucun intérêt à l’ouverture d’un nouveau front sur sa frontière nord avec le Liban (…) J’ai donné instruction aux responsables de la Défense pour qu’ils se tiennent prêts à toute éventualité dans le cas de figure où quelqu’un penserait tirer avantage du fait qu’Israël opère sur son front sud », a clairement affirmé hier le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, en écho à la mise en garde, la veille, de son ministre de la Défense, Ehud Barak. Rien de plus urgent, donc, que d’éviter que le Hezbollah, sur ordre express de Téhéran ou de sa propre initiative, ne se lance dans un soutien militaire au Hamas (son prolongement, son appendice de l’autre côté de la ligne bleue). Rien de plus urgent que d’éviter toute nouvelle découverte de quelque roquette que ce soit, posée ou pas par le Hezb, minutée et prête à être tirée contre le nord d’Israël. Rien de plus urgent, en fait, que de convaincre Hassan Nasrallah de continuer, comme il l’a fait samedi, à limiter son empathie pour ses « frères » du Hamas aux seuls conseils tactiques : « Nos frères dans la résistance en Palestine savent que c’est en infligeant le plus grand nombre de pertes à l’ennemi israélien pendant la confrontation terrestre qu’ils vont gagner la bataille », avait-il recommandé avant-hier. Rien de plus urgent, par ricochet, que de faire taire ces prosyriens invétérés du genre d’Ahmad Jibril – lequel n’a eu de cesse, le week-end écoulé, que de multiplier ses menaces concernant « l’ouverture de nouveaux fronts »… D’autant que cette urgence avec laquelle le Liban doit impérativement composer reste infiniment tributaire du bon plaisir israélien et des développements – rien n’est jamais ni certain ni acquis – sur le terrain, à Gaza. Tributaire, in fine, de cette question à laquelle il est, pour l’heure, absolument impossible de répondre : est-ce que l’attaque israélienne contre Gaza se terminera par une espèce de compromis semblable peu ou prou à celui qui a mis un terme à la guerre de juillet 2006 au Liban (la résolution 1701 et le déploiement d’une force d’interposition de l’ONU), ou bien ne s’arrêtera-t-elle que par une éradication pure et simple du Hamas, c’est-à-dire une éventualité qui pourrait facilement déclencher un embrasement régional à l’heure même ou Barack Obama s’apprête à s’installer à la Maison-Blanche ? L’espoir C’est naturellement en faveur d’un règlement à la libanaise qu’aspire le monde en général, et le Liban en particulier – malgré les assurances de vouloir en finir avec le Hamas qu’aurait transmises, il y a quelques jours à peine et avec le sourire, Tzipi Livni à Nicolas Sarkozy. Un règlement qui permettrait, une fois le probable objectif du gouvernement Olmert atteint (disséquer Gaza en trois ou quatre zones hermétiquement closes et en occuper une partie ?), le démarrage de réelles négociations, d’inspirations clintonienne, madrilène, entre Israéliens et Palestiniens, sous le haut (et extrêmement impliqué) patronage du nouveau président américain, visiblement prêt à prendre langue avec tout le monde. Des négociations qui se feront, il faut s’en souvenir, pendant et/ou après les élections en Israël (cela est chose acquise) et dans les territoires palestiniens (là, rien n’est moins sûr…). Sauf que ces négociations en question, incontournables si Barack Obama entend commencer son mandat, sur le plan international cela s’entend, par un indiscutable coup d’éclat, dépendent d’un sacré nombre de facteurs. De l’État hébreu bien sûr (à la difficile aune d’une opinion publique israélienne massivement en faveur de l’option militaire définitive), mais aussi des Palestiniens. Du Hamas d’abord : avec qui parler, avec qui marchander, avec qui signer ? Qui décide, et sous quelle(s) éventuelle(s) influence(s) étrangère(s). Puis – surtout ? – d’une très hypothétique mais indispensable réconciliation interpalestinienne (l’appel, hier en ce sens, de Walid Joumblatt, est particulièrement éloquent) ou, du moins, d’un accord visant à mandater, au nom des frères ennemis, un interlocuteur international et un seul. Des négociations qui dépendent ensuite, assurément, du degré de divergences entre l’Iran et la Syrie : le premier, jusqu’à nouvel ordre, n’a aucun intérêt à perdre cette carte-maîtresse que (lui) reste le Hamas ; quant à la seconde, il ne faut pas oublier qu’elle avait tout récemment fait comprendre, par la voix même de Bachar el-Assad, son entière disposition à entamer des négociations directes avec Israël. Et c’est dans ce maelström de bruits, de fureurs, de feux et de sang, dans cet océan d’inconnues que s’inscrit, comme une deuxième ébauche d’espoir (tout aussi incertaine mais au moins plus concrète), la tournée régionale qu’entame dès aujourd’hui le président français. Tout le monde attend Nicolas Sarkozy ; tout le monde est persuadé, à tort ou à raison, qu’il ne vient pas sans avoir préalablement consulté ses alliés européens et américain, et, surtout, qu’il ne vient pas les mains, mais plutôt porteur d’une ou de plusieurs propositions, tant aux Israéliens qu’aux Palestiniens. La nouveauté Le locataire de l’Élysée n’était censé se rendre qu’au Liban, pour souhaiter la bonne année aux soldats du contingent français de la Finul et discuter quelques minutes avec Michel Sleiman. Sauf que cet entretien risquerait bien de durer (un peu) plus longtemps que prévu, tant le président libanais étonne, au sens positif du terme, par son approche du nouvel épisode de la guerre israélo-palestinienne, par l’appréhension qu’il en a et par le traitement qu’il en fait et donne. Dans la forme comme dans le fond, Michel Sleiman est en train de donner une impulsion nouvelle et bienvenue tant au rôle que devrait être celui du Liban dans son ensemble (un soutien au peuple palestinien meurtri et non pas à une quelconque partie prenante du conflit) qu’à sa place dans son environnement direct : ses appels à l’unité interpalestinienne et la solidarité interarabe, l’intransigeance de ses positions avec l’ensemble de ses interlocuteurs, libanais soient-ils ou étrangers (le dernier en date étant le président du Conseil supérieur iranien de la Sécurité nationale), et la fermeté des directives données à Faouzi Salloukh, qui représentera le Liban aujourd’hui à New York aux réunions du Conseil de sécurité, sont autant de signaux dont le Liban a drôlement besoin en cette phase extrêmement délicate et absolument cruciale pour son avenir. La dialectique Sleiman semble pour l’instant inspirer, toutes proportions gardées, l’ensemble des leaders libanais. Il est impératif, vital même, que cela ne change pas d’un iota. * * * Sleiman lance un appel en faveur d’une action arabe commune Dans un communiqué, la présidence de la République a annoncé hier que le chef de l’État, Michel Sleiman, a appelé à une action arabe urgente pour « examiner les moyens à envisager en vue de mettre un terme immédiat à l’agression israélienne contre la population de Gaza ». M. Sleiman a en outre invité les Palestiniens « à unifier leurs rangs, pour mieux résister à l’agression et pour convenir d’une même position à prendre devant le Conseil de sécurité et devant la Ligue arabe ». Le chef de l’État a effectué plusieurs appels téléphoniques en vue de cet objectif, a précisé encore le communiqué.
Ziyad MAKHOUL

Ce n’est pas parce qu’il n’est (pour l’instant) pas touché dans ses chairs que le Liban n’est pas concerné par l’offensive israélienne contre le Hamas. Loin de là. Tout ce qui se passe à Gaza le touche, directement ; tout l’afflige et lui nuit, tout conspire à lui nuire et, au lendemain du démarrage de l’opération terrestre, Beyrouth est forcé de traiter avec : une urgence, un espoir et une nouveauté.

L’urgence
Il serait inadmissible que le Liban continue d’être utilisé comme une arène offerte aux règlements de comptes régionaux et internationaux.
Ce constat, cette évidence qui sonnaient, mine de rien, comme une bienvenue mise en garde adressée, sans les nommer, à tous ceux que ces 10 452 km² continuent de faire fantasmer, c’est le chef de l’État en personne qui les avait...