Plomb durci, tel est le nom de code fort judicieusement attribué par le QG israélien à l’impitoyable massacre en cours à Gaza. Plus durcis encore toutefois que ce sinistre métal déversé à profusion, tout brûlant, sur les populations civiles s’avèrent être, en Israël, les cœurs et les consciences.
Laminés les pacifistes, les intellectuels de renom, qui, non sans courage, ont dès le premier jour prêché la raison dans le désert de l’absurdité violente. Plus de neuf juifs israéliens sur dix, indiquent en effet les derniers sondages, approuvent la meurtrière opération qui se poursuit depuis une semaine. Ils sont même huit sur dix à ne s’embarrasser d’aucune réserve, d’aucune velléité d’émotion au spectacle, insoutenable pourtant, des corps d’enfants carbonisés que vomissent sans relâche les décombres d’habitations.
Ceci expliquant cela, c’est avec le même cynisme qu’apparaissent dans ces sondages les dividendes bassement électoraux de ce carnage. Récupérant d’une chute en vrille, il aura suffi de quelques jours de bombardements massifs pour que la cote de popularité d’Ehud Barak remonte en chandelle : d’avoir capitalisé à fond sur l’horreur universelle suscitée par l’Holocauste n’empêche visiblement pas l’establishment israélien de se poser en bourreau. Et dans le vertigineux circuit où tournent à vide, sans fin, les protagonistes du conflit de Palestine, c’est le sang des autres qui s’impose comme le plus performant des carburants.
Que cette union sacrée des Israéliens se cristallise non point sur la paix mais sur la guerre (une guerre d’extermination, qui plus est) est déjà fort inquiétant comme cela. Ce l’est bien plus encore, face à l’état de désunion absolument sans précédent dans lequel baigne aujourd’hui le monde arabe ; traditionnellement voué à la discorde, c’est vrai, celui-ci se retrouve soudain défié en effet, débordé, assiégé jusque dans ses murs par le militantisme effréné de l’Iran. De ces divisions, les Palestiniens, du fond de leur infortune, ont donné l’illustration la plus cruelle en en venant à s’entre-tuer, dans le même temps qu’ils ployaient tous ensemble sous le joug de l’occupation ennemie. Et c’est de la désunion palestinienne que les gouvernements arabes prennent prétexte pour tenter de justifier leur coupable lenteur à réunir un sommet dont on voit mal au demeurant, hélas, de quel résultat concret il pourrait bien accoucher.
Ce venin de la désunion, il y a longtemps déjà qu’il s’est instillé dans nos veines. Et le volcan en éruption de Gaza est là pour nous en rappeler les mortels effets. Que l’on ne s’y trompe pas en effet : un des objectifs, et non des moindres, de l’expédition de Gaza est de restaurer le pouvoir de dissuasion de l’armée israélienne, largement entamé par les maigres résultats de l’agression de 2006 contre le Liban. Ce message s’adresse autant au Hezbollah et à ses tuteurs iraniens qu’à l’organisation Hamas, autant aux Arabes et aux Perses qu’à l’opinion interne israélienne. Pour nous aussi, dès lors, c’est valeur de test, un test crucial, que revêt cette opération initiée par air et dont le volet terrestre continue de mijoter dans le chaudron du diable.
Test en effet pour le devoir de lucidité et de retenue qui, plus que jamais, devrait être celui d’un Hezbollah déjà accusé d’avoir fait payer beaucoup trop cher au pays l’épisode de 2006. Test encore pour la cohésion et le sens des responsabilités d’un gouvernement d’union ayant toutes les apparences d’un puzzle mal assemblé, mais qui ne doit pas oublier qu’il a charge d’âmes. En aucun cas le Liban ne peut, et ne doit, s’aligner sur ceux des États arabes qui, plus ou moins ouvertement, souhaitent la déroute du Hamas ; en aucun cas de même – et les plus hauts responsables l’ont répété à l’envi – il n’ambitionne de suivre sur les tortueux chemins de la négociation une Syrie échappant étrangement pourtant aux critiques des jusqu’au-boutistes. En aucun cas, en revanche, il ne doit se laisser entraîner une fois de plus – une fois de trop car elle serait fatale – dans une de ces guerres pour les autres dont il était devenu tragiquement familier.
Pas encore de consensus en matière de défense ? Pour les Libanais, il y a désormais nécessité plus impérieuse encore : une stratégie de survie.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Plomb durci, tel est le nom de code fort judicieusement attribué par le QG israélien à l’impitoyable massacre en cours à Gaza. Plus durcis encore toutefois que ce sinistre métal déversé à profusion, tout brûlant, sur les populations civiles s’avèrent être, en Israël, les cœurs et les consciences.
Laminés les pacifistes, les intellectuels de renom, qui, non sans courage, ont dès le premier jour prêché la raison dans le désert de l’absurdité violente. Plus de neuf juifs israéliens sur dix, indiquent en effet les derniers sondages, approuvent la meurtrière opération qui se poursuit depuis une semaine. Ils sont même huit sur dix à ne s’embarrasser d’aucune réserve, d’aucune velléité d’émotion au spectacle, insoutenable pourtant, des corps d’enfants carbonisés que vomissent sans relâche les...