Juillet 2006-décembre 2008 : du Liban à la Palestine, de Cana à Gaza, le même engrenage de la violence, la même descente aux enfers, celle de l’horreur et de l’ignominie.
Juillet 2006-décembre 2008 : la preuve par des milliers de morts et de blessés, par des dévastations incommensurables, qu’au Proche-Orient, dans cette région de tous les dangers, la déraison est souveraine, les populations d’éternelles victimes sacrifiées sur l’autel de l’intransigeance, de l’irresponsabilité. Une tragédie initiée en une funeste année de 1948 et qui n’arrête pas de se nourrir de torrents de larmes et de sang.
Si la « folie » de 2006 s’était achevée par une précaire cessation des hostilités sur un champ de ruines, qu’en sera-t-il, aujourd’hui, de la bande de Gaza soumise à un déluge de fer et de feu, une opération que les Israéliens entendent prolonger le temps qu’il faudra « pour en finir, une fois pour toutes, avec le Hamas » ?
Par-delà les considérations d’ordre stratégique, c’est une véritable boîte de Pandore que les Israéliens viennent d’ouvrir et tous les calculs militaires peuvent être balayés, du jour au lendemain, du seul fait de l’impondérable, un facteur qui conditionne la rue arabe, lui fait prendre les tournants les plus périlleux, ceux plébiscités hier même par Hassan Nasrallah.
De l’appel à une troisième « intifada », qui peut embraser la Cisjordanie, aux manifestations de colère dans plus d’une capitale arabe, ce sont les régimes conservateurs, l’Égypte en particulier, qui sont désormais pointés du doigt, soupçonnés de complicité avec Israël, accusés de « laisser faire » dans l’espoir de renflouer l’Autorité palestinienne en perte de vitesse, celle que le Hamas a vouée aux gémonies, celle pourtant reconnue par l’ensemble du monde arabe et de la communauté internationale et qui reste pour Israël le seul interlocuteur agréé.
La politique de l’autruche n’a jamais mené bien loin : si on en est là aujourd’hui, c’est en grande partie à cause des divisions palestiniennes, à cause de l’exploitation qui en a été faite par les pays arabes antagonistes, par l’irruption de l’Iran sur la scène proche-orientale. La Palestine a été perdue en 1948 à cause des mensonges et de la duplicité arabes, et, soixante ans plus tard, elle est victime de ses propres erreurs, de son incapacité à se souder autour d’une politique unifiée, d’une direction commune.
Israël, bien entendu, s’en réjouit et s’emploie maintenant à donner le coup de grâce à un Hamas parti en guerre avec un armement artisanal et qui, de toute évidence, ne fait pas le poids face au rouleau compresseur israélien.
Tout est, en ce début de semaine, une question de « timing » : Israël prend son temps, largement, les pays arabes aussi, qui ne se réuniront au sommet que dans cinq jours. Que se passera-t-il entre-temps ? Toute la question est là et elle nous concerne directement. Les huit fusées Katioucha pointées vers Israël, découvertes il y a quatre jours à Naqoura, constituaient, clairement, un message, peut-être un signe avant-coureur de ce qui pourrait se produire dans les jours ou les semaines à venir.
Des organisations palestiniennes présentes sur le territoire libanais ou du Hezbollah, qui a fait de son combat une lutte extranationale, qui serait tenté d’apporter une réponse musclée à l’opération « Plomb durci » ? Qui prendrait le risque d’ouvrir un second front alors même que la Syrie, après une pause conjoncturelle forcée, s’apprête à engager des négociations directes avec Israël ? Où en est l’Iran de tout cela, l’Iran mentor aussi bien du Hamas que du Hezbollah ?
Des interrogations en série, beaucoup de soucis à se faire et, dans ce brouillamini, des élections législatives prises de vitesse par les imprévus régionaux ?
Quelqu’un avait-il prédit juillet 2006 ? Nous en payons encore le prix…
Nagib Aoun
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Juillet 2006-décembre 2008 : la preuve par des milliers de morts et de blessés, par des dévastations incommensurables, qu’au Proche-Orient, dans cette région de tous les dangers, la déraison est souveraine, les populations d’éternelles victimes sacrifiées sur l’autel de l’intransigeance, de l’irresponsabilité. Une tragédie initiée en une funeste année de 1948 et qui n’arrête pas de se nourrir de torrents de larmes et de sang.
Si la « folie » de 2006 s’était achevée par une précaire cessation des hostilités sur un champ de ruines, qu’en sera-t-il, aujourd’hui, de la bande de Gaza soumise à un déluge de fer et de feu,...