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Actualités - Opinion

L’éditorial La stratégie de l’absurde

Où est-il donc passé, le temps où le Liban baignant dans la prospérité et l’insouciance suscitait tout à la fois l’envie, les convoitises et aussi les menées subversives des États radicaux arabes qui l’accusaient de se soustraire à la lutte totale contre Israël ? La prospérité n’est plus ce qu’elle était, c’est vrai, mais certaines convoitises, particulièrement tenaces, n’ont pas disparu pour autant. Ce qui a changé du tout au tout par contre, c’est la distribution des rôles. Ainsi, et depuis des années déjà, la Syrie militante se meut au grand jour dans le cadre d’une perspective stratégique de paix. Sous Assad père déjà, un accord syro- israélien avait paru à portée de main. Et les négociations indirectes en cours sous les auspices de la Turquie semblent assez avancées pour porter Assad fils à envisager publiquement, comme il l’a fait lundi, un passage à la vitesse supérieure. D’autant plus normal et légitime est cet objectif de paix qu’Égyptiens, Jordaniens et Palestiniens se sont depuis longtemps engagés sur cette voie. Cela, les alliés libanais de la Syrie le comprennent bien et l’admettent sans le moindre problème. Au milieu de toute cette démobilisation arabe, c’est sur le seul théâtre libanais que ces béni-oui-oui prêchent l’ardeur guerrière. Face à la très officielle stratégie syrienne, notre pays n’ose même pas proférer le mot tabou de paix, et en est encore à plancher lamentablement sur une stratégie dite de défense. Comme prévu, la dernière séance du dialogue national n’a donné lieu qu’à un échange de vues par trop connues. Il en ira sans doute de même lors de la prochaine session, fixée au 22 janvier prochain. Et il en sera toujours de même tant que l’on ne se sera pas décidé à commencer par le bon bout, c’est-à-dire l’édification d’un État qui est celui de tous et de personne, d’un État dont l’intérêt supérieur prévaut sur ceux de ses éléments constitutifs, pris individuellement ou en groupe. Car c’est avec eux- mêmes, avant qu’avec les tiers, que les Libanais doivent commencer par faire l’apprentissage de la paix. Aucune collectivité humaine, en outre, ne peut valablement assurer sa protection contre l’étranger aussi longtemps qu’elle n’a pas surmonté ses contradictions propres. Qu’elle ne s’est pas entendue une fois pour toutes sur les règles de la vie en commun. Qu’elle n’a pas façonné le cadre, assez souple et strict à la fois, qui abriterait les aspirations et appréhensions des uns et des autres. Qu’elle n’a pas proscrit toute dépendance idéologique, religieuse ou autre envers telle ou telle puissance étrangère. Et qu’elle n’a pas fait de la loi, plutôt que des démonstrations de force, l’arbitre incontesté des malentendus et mésententes de parcours. Résistance islamique, milices populaires à la vietnamienne ou bien alors à l’helvétique, intégration graduelle des partisans aux forces régulières, défense par les airs ou défense contre les airs : c’est dans un consternant désert national que fleurissent, en stériles discussions entrecoupées de longues périodes de relâche, tous ces grandioses projets. On perd un temps fou à discutailler de quoi sera fait le mur d’enceinte, on n’est même pas d’accord sur le point de savoir qui, de l’État ou de la guérilla, en est le véritable maître d’œuvre. Et l’on oublie toutes ces barrières qui continuent de quadriller l’intérieur de la maison. Issa Goraieb
Où est-il donc passé, le temps où le Liban baignant dans la prospérité et l’insouciance suscitait tout à la fois l’envie, les convoitises et aussi les menées subversives des États radicaux arabes qui l’accusaient de se soustraire à la lutte totale contre Israël ?
La prospérité n’est plus ce qu’elle était, c’est vrai, mais certaines convoitises, particulièrement tenaces, n’ont pas disparu pour autant. Ce qui a changé du tout au tout par contre, c’est la distribution des rôles. Ainsi, et depuis des années déjà, la Syrie militante se meut au grand jour dans le cadre d’une perspective stratégique de paix. Sous Assad père déjà, un accord syro-
israélien avait paru à portée de main. Et les négociations indirectes en cours sous les auspices de la Turquie semblent assez avancées pour porter Assad...