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J’étais un aouniste pur et dur

Mon général, Je fais partie de la génération qui a connu les guerres contemporaines du Liban (45 ans aujourd’hui). Je suis arménien de confession. J’ai vécu le bombardement d’Achrafieh en 77, l’attaque syrienne contre Fayadieh alors que j’étais en autocar rentrant de l’école, le 2 avril. J’ai vécu plus tard, quand j’étais à l’université, le 6 février, et plus tard, une fois dans la vie professionnelle, toutes les intifadas des FL. À l’époque, je me disais que le Liban ne tiendrait jamais debout et qu’il vaudrait mieux aller rejoindre les rangs de mes amis de classe qui avaient quitté le pays. Puis est venu le jour où mon général est devenu chef d’un gouvernement de six ministres. Je m’étais dit que, finalement, heureusement que je n’avais pas quitté. J’habitais Rabieh, pas loin de chez vous, et je dus subir, comme vous, « Mad Max ». Depuis, j’étais devenu l’un de vos défenseurs les plus fervents et parmi les premiers à me porter volontaire dans les rangs de l’armée, pour vous soutenir dans votre guerre de Libération. J’ai vu autant de morts et de destructions dues aux bombardements syriens que durant la période 77 à 90. Vint l’époque de Taëf, où je passais des nuits blanches à Baabda, sous la tente, fier d’être aouniste pur et dur vu l’idéal que vous représentiez. Je buvais et mangeais de vos discours enflammés, surtout : “Aaybon li oumma toudahi bi chababiha min ajli chibiha”. La suite, on la connaît : nouveaux bombardements syriens, tueries, destructions, exil, retour, élections. À votre victoire aux élections, je m’étais dit qu’enfin, le Liban moderne sera construit avec toutes vos promesses et le capital d’idéal et de confiance que vous incarniez. Depuis, ce ne sont que déconvenues et reniements de tout ce que vous nous aviez promis, mais j’étais toujours là, à essayer de vous trouver le mobile ou l’excuse. Hier, j’attendais impatiemment devant la télé pour voir ce qui allait ressortir de votre entretien avec Assad fils. J’espérais tant vous voir annoncer la libération de vos anciens soldats (mes anciens compagnons) des prisons syriennes. À part ma déception, quelle ne fut ma surprise en écoutant votre réponse concernant les excuses syriennes, argumentant que c’est aux Libanais (ceux du 14 Mars) de vous présenter des excuses avant, que les Syriens sont gentils, sauf pour Khaddam qui est le méchant qui faisait tant de tort aux Libanais sans consulter Assad père et fils. Et vous ajoutiez que, maintenant, tout a changé et tout est pardonné. Je tiens à vous rappeler, mon général, au cas où votre mémoire serait défaillante, que : - Rustom Ghazalé qui avait tabassé les aounistes est toujours là. - Assad fils jusqu’à ce jour n’a jamais fini de nous causer des misères entre fermeture de frontières, trafic d’armes, blocage des institutions à travers ses alliés, etc. (la liste est trop longue). - Que, finalement, seuls vos alliés font tout à votre insu (guerre de 2006), assassinat de soldats et hélicoptère abattu. - Siniora, Hariri, Souhaid, Nassib Lahoud… n’existaient pas entre 77 et 90. - S’ils vous font la vie dure aujourd’hui, c’est de bonne guerre, c’est le prix de toute action politique. Je ne verrais pas Sarkozy demander un jour des excuses aux socialistes pour toutes les misères et pressions qu’ils lui mettent. En tant qu’Arméniens de la troisième génération qui a suivi le génocide commis par les Turcs, je vous assure, mon général, que nous n’avons toujours pas oublié nos morts ni pardonné aux Turcs, malgré toutes nos dispositions à le faire, parce que les Turcs, à ce jour, n’ont toujours pas reconnu leurs exactions. Nous n’entamerons jamais un blanchiment des Turcs d’aujourd’hui pour un crime commis par leurs aïeux avant de recevoir leurs excuses et leurs aveux du crime. Rentré de votre visite en Syrie, vous êtes, à travers vos déclarations en Syrie, la négation de toute mon éducation et certainement d’une génération que je côtoie. C’est pourquoi je vous assure aujourd’hui, mon général, que vous avez perdu ma voix aux élections. Dur, dur de rester aouniste. Sarkis EKMEKJIAN
Mon général,
Je fais partie de la génération qui a connu les guerres contemporaines du Liban (45 ans aujourd’hui). Je suis arménien de confession.
J’ai vécu le bombardement d’Achrafieh en 77, l’attaque syrienne contre Fayadieh alors que j’étais en autocar rentrant de l’école, le 2 avril. J’ai vécu plus tard, quand j’étais à l’université, le 6 février, et plus tard, une fois dans la vie professionnelle, toutes les intifadas des FL.
À l’époque, je me disais que le Liban ne tiendrait jamais debout et qu’il vaudrait mieux aller rejoindre les rangs de mes amis de classe qui avaient quitté le pays.
Puis est venu le jour où mon général est devenu chef d’un gouvernement de six ministres. Je m’étais dit que, finalement, heureusement que je n’avais pas quitté.
J’habitais Rabieh, pas loin...