Quelques mois encore et le Liban subira l’épreuve des élections parlementaires.
Pour les pays « apaisés », il s’agit d’un rendez-vous régulier au cours duquel les citoyens s’expriment pour choisir leurs représentants et la politique de leurs pays. Pour un pays en ébullition permanente, tel le Liban, il s’agit d’un rendez-vous capital mettant en jeu des choix cruciaux.
À de rares exceptions près, les Libanais semblent partagés entre les 8 et les 14 Mars, les premiers œuvrant pour un État cogéré par Hezbollah et adossé à l’alliance syro-iranienne, alors que les seconds ne voient l’indépendance qu’à travers le seul État et la seule armée nationale.
Quel choix le pays effectuera-t-il ?
Tout porte à croire que la seule inconnue du scrutin serait le choix que fera la composante chrétienne, le Hezbollah raflant la majorité chiite et le Moustakbal la majorité sunnite.
Que feront les chrétiens ?
En fait, à part l’enjeu national des futures élections, les chrétiens se trouvent placés devant un choix déterminant aussi bien pour leur avenir que pour celui du pays, et cela pour la troisième fois en quelques décennies.
En 1943, ils devaient choisir entre l’aventure de l’indépendance et la protection étrangère. Et de leur choix est née la République indépendante et souveraine.
En 1989, ils devaient choisir entre la réforme des institutions ou l’émiettement du pays. Et c’est de leur choix que sont nés les accords de Taëf mettant un terme au suicide collectif et donnant une seconde chance au pacte national.
En 2009, ils auront à choisir entre les projets de guerre permanente et l’État de droit intégré à la grande famille arabe. Le premier choix engagera le pays dans une voie de bellicisme en complète contradiction avec les aspirations historiques des chrétiens. En effet, un Liban belliciste, en état de guerre permanent, au moins jusqu’à la destruction d’Israël, représente le chemin le plus direct pour une sortie des chrétiens de l’équation libanaise à travers leur sortie physique du pays.
Au Liban, comme partout au Moyen-Orient, l’émigration chrétienne s’est toujours faite aux sons des canons et aux bruits des bottes. Et ce n’est aucunement par lâcheté ou par manque de patriotisme, mais plutôt par conviction culturelle les poussant constamment à s’accrocher à la vie et au bonheur alors que d’autres cultures poussent les siens aux martyrs et au deuil permanent. Même en combattant leurs ennemis, les chrétiens se sont toujours battus pour le triomphe de la vie et aucunement pour de quelconques dogmes politico-religieux.
Une majorité parlementaire au service de projets bellicistes risquerait de transformer le pays en un « Hô Chi Minh-ville » donnant par la même occasion le signal d’un exode massif de tous les esprits épris de liberté et de justice, à commencer par les chrétiens.
Ce qui signera, à n’en point douter, l’arrêt de mort du Liban qui, même s’il n’a jamais été un État chrétien, a par contre été pensé et conçu pour être un État pour les chrétiens. D’où le pacte de 1943 puis les accords de Taëf confirmant la spécificité du Liban au sein de la grande famille arabe.
Seul un État de droit, protégé par une armée puissante et moderne, assurera la spécificité du Liban.
Après avoir été à l’origine de l’indépendance en 1943 et après avoir payé de leur sang la révolution du Cèdre en 2005, les chrétiens voteront-ils contre leurs convictions en 2009 ?
Clemenceau disait : «L’avenir appartient à ceux qui savent dire non. » Les chrétiens ont su le dire à des moments cruciaux de leur existence. Ils l’ont fait en 1975 en disant non à la mainmise palestinienne ; ils l’ont répété tout le long des trente dernières années en disant non à l’occupation syrienne. Ils le confirmeront en 2009 à travers un non massif à la « guerre permanente » et aux tentatives d’infiltration menées grâce aux complicités aveugles de certains.
Raymond NAMMOUR
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Pour les pays « apaisés », il s’agit d’un rendez-vous régulier au cours duquel les citoyens s’expriment pour choisir leurs représentants et la politique de leurs pays. Pour un pays en ébullition permanente, tel le Liban, il s’agit d’un rendez-vous capital mettant en jeu des choix cruciaux.
À de rares exceptions près, les Libanais semblent partagés entre les 8 et les 14 Mars, les premiers œuvrant pour un État cogéré par Hezbollah et adossé à l’alliance syro-iranienne, alors que les seconds ne voient l’indépendance qu’à travers le seul État et la seule armée nationale.
Quel choix le pays effectuera-t-il ?
Tout porte à croire que la seule inconnue du scrutin serait le choix que fera la composante chrétienne, le...