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Actualités - Opinion

Impression Balade en hiver

par Fifi ABOU DIB La paix donne de mauvaises habitudes. On baisse la garde. On a tendance à mieux dormir. On oublie de s’inquiéter, malgré les coups de feu impromptus dans la nuit de Beyrouth. Heureusement, nos élus reviennent par la lucarne nous rappeler à l’ordre. Tsstss, faut pas ! Pas oublier de se méfier, d’avoir peur-besoin d’eux, pas oublier que la mort vous re-guette. La mort, elle avait juste pris des vacances, trop travaillé ces derniers temps. Comme quoi même la mort se fatigue par ici. On peut faire les sourds. Refuser d’écouter les menaces et les mises en garde dont nos édiles font leur levain. C’est même recommandé. Quitter la ville, les écrans du soir, les vieux cathodiques, les LCD surdimensionnés, les plasmas géants qui rivalisent de propos haineux à l’heure du journal. Prendre ce chemin qui monte. Plus il monte, moins on y trouve âme qui vive. Plus on avance dans la montagne, c’est bête, mais plus on se sent apaisé. De quel côté se trouve l’illusion ? Tout n’a pas toujours été idyllique dans ces forêts qui flamboient sous la brume. On y trouve encore de ces petits panneaux triangulaires où il est indiqué « danger de mines ». Pas un coin qui n’ait connu de combats. Ce pays est décidément blessé de partout. Mais pour l’heure, rien ne préoccupe les villageois sinon l’arrivée de la neige. Ils guettent les premiers flocons comme une manne. Au premier blanc, les citadins afflueront dans ces véhicules « franchisseurs » qui n’auront pas grand-chose à franchir, sinon ce miroir de vanités où l’on se complaît en ville. Du coup, les habitants de l’hiver se sentiront moins seuls. Cette faune exotique les occupera par intermittence jusqu’au printemps. Pour l’heure, les villages se parent pour Noël. Il faut arriver à la tombée du soir aux abords de Hadeth el-Jebbé. Une étoile, simple guirlande lumineuse accrochée à un arbre. Une autre. Une troisième. Et tout à coup des étoiles par centaines, une pluie, un éblouissement d’étoiles, une constellation géante longe la route et s’enfonce dans la forêt alentour. Discrètement, d’année en année, prêtant main-forte au maire, les plus valides ont forgé les supports, attaché les loupiotes, branché le tout au secteur. D’année en année, de nouvelles étoiles ont rejoint les étoiles existantes. Pour qui, dans ces contrées où quand on passe, on ne fait que passer ? Il faut avoir connu, en ces temps qui n’en finissent plus de suinter la haine, la joie simple et suffocante d’être accueilli au détour d’une route obscure par ce spectacle grandiose et totalement gratuit. Bienvenue dans l’autre Liban. Peut-être le vrai.
par Fifi ABOU DIB

La paix donne de mauvaises habitudes. On baisse la garde. On a tendance à mieux dormir. On oublie de s’inquiéter, malgré les coups de feu impromptus dans la nuit de Beyrouth. Heureusement, nos élus reviennent par la lucarne nous rappeler à l’ordre. Tsstss, faut pas ! Pas oublier de se méfier, d’avoir peur-besoin d’eux, pas oublier que la mort vous re-guette. La mort, elle avait juste pris des vacances, trop travaillé ces derniers temps. Comme quoi même la mort se fatigue par ici.
On peut faire les sourds. Refuser d’écouter les menaces et les mises en garde dont nos édiles font leur levain. C’est même recommandé. Quitter la ville, les écrans du soir, les vieux cathodiques, les LCD surdimensionnés, les plasmas géants qui rivalisent de propos haineux à l’heure du journal. Prendre ce...