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Actualités - Analyse

Perspective Accountability…

Michel TOUMA En quelques petites phrases succinctes et allant droit au but, Michel Murr a banalisé, sans détour, aussi bien la portée de la visite du général Michel Aoun à Damas que la teneur de la déclaration du chef du CPL au sujet des failles de l’accord de Taëf. Ce pèlerinage syrien de l’ancien commandant de l’armée aura fait couler beaucoup d’encre. Et pour cause… Ce n’est pas la visite en elle-même qui est contestable, mais plutôt son contexte, son timing et – surtout – ce qui s’est dit au cours des entretiens au palais des Mouhajirine. Peu de temps après l’accession du président Bachar el-Assad au pouvoir, l’ancien ministre Fouad Boutros s’était rendu à plusieurs reprises sur les bords du Barada pour y conférer avec le nouveau chef de l’État syrien. Mais il l’avait fait pour lui dire ses quatre vérités en face, pour lui exposer en toute transparence, et sans complaisance, les égarements et les erreurs de la politique syrienne au Liban. Le général Aoun l’a-t-il fait lors de son tête-à-tête avec le président syrien ? S’est-il montré aussi franc avec lui ? Il est difficile, à l’évidence, de déterminer la teneur réelle de l’entretien qu’ont eu les deux hommes. Mais quel que soit l’ordre du jour de cette réunion, il reste que le seul critère de jugement que l’on devra retenir pour évaluer cette rencontre est le comportement syrien futur à l’égard du Liban. L’opportunité, le succès ou l’échec de la visite du général Aoun doivent en effet être jugés à la lumière d’une éventuelle modification en profondeur ou non de l’attitude stratégique, de l’approche géopolitique de Damas vis-à-vis du pays du Cèdre. D’autant que la mentalité hégémonique et « anschlussienne » qui caractérise la vision des dirigeants syriens lorsqu’il s’agit du Liban n’est pas nouvelle. Elle remonte aux années 1940 et 1950, comme nous l’avons déjà rappelé à maintes reprises dans ces mêmes colonnes. C’est dans cette perspective, par essence historique, que tout jugement concernant le séjour syrien de Michel Aoun ne saurait être que sévère, sans complaisance, sans détour. Sur base du principe de « l’Accountability », de la reddition de comptes. Car le chef du CPL et les membres de son bloc parlementaire ont été élus en 2005 et ont obtenu une très large majorité des voix chrétiennes, parce qu’ils étaient perçus (l’imparfait est malheureusement de mise…) comme le principal porte-étendard du courant souverainiste, comme les défenseurs les plus fermes, les plus radicaux, les plus jusqu’au-boutistes de l’esprit de la révolution du Cèdre. Faut-il rappeler que, dans le sillage du général Aoun, l’une des premières polémiques dans le Parlement fraîchement élu de 2005 avait opposé le député Ibrahim Kanaan au Hezbollah au sujet du sort des Libanais réfugiés en Israël ? Était-il besoin aussi de rappeler que le député Farid el-Khazen était considéré comme l’un des pôles les plus purs et durs du rassemblement de Kornet Chehwane ? Les voir aujourd’hui serrer la pince, sans sourciller, à Bachar el-Assad ne saurait être inscrit, à ce stade, qu’au registre d’un déplorable retournement de veste, d’autant que, pour l’heure, tous les dossiers litigieux avec Damas demeurent en suspens ; et, de surcroît, aucun indice palpable ne pointe à l’horizon au sujet d’un possible changement dans la vision que le pouvoir syrien se fait des rapports avec le Liban. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir rapidement la presse syrienne pour se rendre compte que, sur les bords du Barada, l’on continue à percevoir les factions libanaises, et donc la visite du général Aoun, sous le seul angle de la petite politique politicienne, reflétant ainsi une volonté à peine voilée de se refaire une place au soleil au pays du Cèdre, d’y poursuivre la politique machiavélique de « s’il se vante, je l’abaisse ; et s’il s’abaisse, je le vante ». Dans ce contexte, est-il concevable de ne pas appliquer le principe de la reddition de comptes – prôné par le général Aoun lui-même à son retour d’exil – à l’encontre de ceux qui ont été élus pour défendre le projet souverainiste et qui s’emploient aujourd’hui à blanchir, sans contrepartie apparente, les implacables contempteurs de l’intifada de l’indépendance ? D’aucuns tentent de court-circuiter cette reddition de comptes en faisant valoir une nécessaire alliance des minorités dans la région. Sauf que cette alliance des minorités, certains observateurs et journalistes de renom l’évoquaient et la défendaient dès le tout début de la guerre en 1975. Est-il nécessaire de faire un rapide survol de l’attitude de Damas dans le conflit libanais pour montrer qu’une telle approche n’est qu’une vue de l’esprit et que l’influence prépondérante des chrétiens au Liban n’a jamais été aussi combattue que depuis l’avènement du nouveau régime en Syrie au début des années 70 ? Est-il enfin nécessaire de rappeler le sort malheureux réservé par Damas aux chefs chrétiens qui ont adhéré par le passé à un tel projet ? Encore une fois, l’histoire est là pour qu’on en tire les leçons qui s’imposent, pas pour reproduire les mêmes erreurs qui peuvent être souvent fatales.
Michel TOUMA

En quelques petites phrases succinctes et allant droit au but, Michel Murr a banalisé, sans détour, aussi bien la portée de la visite du général Michel Aoun à Damas que la teneur de la déclaration du chef du CPL au sujet des failles de l’accord de Taëf. Ce pèlerinage syrien de l’ancien commandant de l’armée aura fait couler beaucoup d’encre. Et pour cause… Ce n’est pas la visite en elle-même qui est contestable, mais plutôt son contexte, son timing et – surtout – ce qui s’est dit au cours des entretiens au palais des Mouhajirine.
Peu de temps après l’accession du président Bachar el-Assad au pouvoir, l’ancien ministre Fouad Boutros s’était rendu à plusieurs reprises sur les bords du Barada pour y conférer avec le nouveau chef de l’État syrien. Mais il l’avait fait pour lui...