Quarante-neuvième semaine de 2008.
Pardon.
Pardon d’abord de croire en ces monumentales conneries : démocratie, souveraineté, indépendance, liberté(s), droits de l’homme – surtout ces droits de l’homme : faut-il être suprêmement naïf…
Pardon de vouloir réclamer des indemnités à la Syrie pour ses trente ans d’occupation et de destruction du Liban ; de penser qu’avec ses dollars et ceux que devrait payer l’État hébreu, on pourrait effacer la dette publique et enterrer la récession.
Pardon de penser qu’il y a deux peuples, deux États, deux ambassadeurs et une frontière qu’il faudrait impérativement tracer et consigner.
Pardon d’avoir eu l’indécence de penser qu’entre Hafez et Bachar el-Assad, ce sont toujours les mêmes circonstances, la même évaluation des développements, la même approche globale, et, cerise sur le gâteau, les mêmes responsables.
Pardon de répéter que la Syrie des Assad a de gargantuesques envies/besoins de revanche sur le Liban ou, du moins, contre la majorité des Libanais.
Pardon d’avoir participé à l’une des plus belles dynamiques du monde, en ce 14 mars 2005 ; d’avoir contribué, même aussi modestement, à l’écriture de l’histoire ; d’avoir, pour un instant, pris son destin en main – pardon, du coup, de ne pas avoir, six jours plus tôt en cette même année honnie/bénie, marché au pas pour hurler à la Syrie merci pour tout ; pardon de penser, comme un chrétien ou comme un musulman, c’est-à-dire comme un Libanais, que toutes les raisons du monde sont encore là pour appréhender la Syrie uniquement comme un adversaire.
Pardon d’être convaincu que l’alliance maronito-alaouite est une hérésie monumentale – pardon de vouloir délahoudiser le maronitisme politique et pas l’inverse.
Pardon de continuer à harceler le monde entier avec, n’est-ce pas, cette ridicule histoire de disparus et de détenus en Syrie – laissons plutôt le passé derrière nous, sans haine et sans rancœur.
Pardon d’insister pour purifier son esprit uniquement en assainissant les relations libano-syriennes : c’est tellement plus facile de tout occulter, de faire comme si aucun problème n’existait, de tout balayer d’un revers de abaya.
Pardon de ne pas avoir compris que ce sont les Israéliens, les Norvégiens, les Argentins, les Martiens qui ont trempé dans l’assassinat de Rafic Hariri et dans tous les attentats qui ont précédé et suivi celui du 14/02 ; pardon de tenir autant à ce tribunal international – décidément, cette naïveté est infinie…
Pardon de ne pas avoir compris non plus que l’ONU est un machin sénile et dégénéré, ses résolutions une hérésie, et la communauté internationale un gang de mafieux impérialistes, obscènes, colonialistes. Et sataniques surtout.
Pardon d’avoir vu en Jacques Chirac un homme (politique) férocement sympathique – et visionnaire, surtout, visionnaire…
Pardon d’avoir l’indécence de croire qu’arsenaux et terrorisme transitent par la frontière libano-syrienne.
Pardon d’avoir pu penser une seule seconde que le régime syrien pouvait s’ingérer d’une façon ou d’une autre dans les législatives libanaises du prochain printemps – ou même de s’y intéresser, de près ou de loin.
Pardon de tenir comme à la prunelle de ses yeux à une indiscutable suprématie de l’État sur l’ensemble de son territoire ; à son monopole sur les armes, les décisions de guerre et de paix, les services, les réseaux…
Pardon de ne pas avoir admis que le Hezbollah, grâce à cet extraordinaire document de Mar Mikhaïl, s’est enfin intégré au tissu libanais – fallait-il être aveugle en ces 7, 8 et 9 mai 2008… Pardon, donc, de ne pas avoir, comme il le fallait, encouragé le parti de Dieu à continuer à cultiver son mortifère privilège, à être la seule formation politique à multiplier, chaque mois, par dix ses capacités militaires contre le dedans et contre le dehors.
Pardon de ne pas hurler sur tous les toits que Walid Joumblatt, Samir Geagea, Saad Hariri, Amine Gemayel et tous les pôles du 14 Mars sont des vendus, des corrompus, des toquards, des mercenaires et des grands méchants loups.
Pardon d’avoir cru comprendre que Michel Sleiman est le président de la République libanaise ; que son binôme à la tête de l’Exécutif libanais avec Fouad Siniora est une belle et bonne chose.
Pardon d’avoir considéré Taëf, malgré ses failles, comme le seul repère, pour l’instant, à même d’éviter le chaos au Liban ; pardon d’avoir pensé que ce même accord est justement né du chaos 88-90.
Pardon d’avoir résisté de l’intérieur, pendant au moins quinze ans ; pardon d’avoir été ratonnés, devant le Palais de justice et mille autres endroits, par les chargés de soumission à la Syrie et leurs sbires ; pardon d’avoir croupi dans des Bastille souillées – pardon, donc, de ne pas avoir su se réfugier dans des ambassades occidentales ni s’exiler dans quelque hexagone particulièrement généreux et accueillant.
Pardon, enfin, surtout, d’avoir pensé, de penser et de continuer à penser autrement.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Quarante-neuvième semaine de 2008.
Pardon.
Pardon d’abord de croire en ces monumentales conneries : démocratie, souveraineté, indépendance, liberté(s), droits de l’homme – surtout ces droits de l’homme : faut-il être suprêmement naïf…
Pardon de vouloir réclamer des indemnités à la Syrie pour ses trente ans d’occupation et de destruction du Liban ; de penser qu’avec ses dollars et ceux que devrait payer l’État hébreu, on pourrait effacer la dette publique et enterrer la récession.
Pardon de penser qu’il y a deux peuples, deux États, deux ambassadeurs et une frontière qu’il faudrait impérativement tracer et consigner.
Pardon d’avoir eu l’indécence de penser qu’entre Hafez et Bachar el-Assad, ce sont toujours les mêmes circonstances, la même évaluation des développements, la même...