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Éclairage Les attentats de Bombay déclinent toutes les techniques du terrorisme

Piraterie, infiltration, fusillade dans la foule, explosifs, prise d’otages, mission-suicide… Les assaillants ont appliqué tous les chapitres des manuels de guérilla, relèvent des spécialistes. « C’est comme à l’époque des guérillas, remarque l’expert Gérard Chaliand. Les groupes apprennent de l’expérience et des leçons de ceux qui les ont précédés. » « À chaque fois, il y a en quelque sorte une accumulation de savoir », poursuit ce spécialiste des conflits asymétriques, « pas étonné » par la diversité inhabituelle des techniques employées. « Ils ont utilisé toutes les informations disponibles de façon rapide et appliquée », reconnaît-il néanmoins. « La piraterie, ce n’est pas classique, mais cela a déjà été utilisé dans le sud des Philippines » par un groupe d’insurgés islamistes, note M. Chaliand. « C’est uniquement dans des pays comme ceux d’Europe occidentale, à cause de la pression policière, que ces groupes n’ont pas l’occasion de s’entraîner », souligne-t-il, a contrario des zones de la région échappant à l’autorité d’un pouvoir central. D’après l’enquête officielle indienne, dix jeunes hommes entraînés pendant au moins un an au Pakistan par le mouvement islamiste Lashkar-e-taïba, partis en bateau du port de Karachi (Sud), se sont emparés d’un chalutier indien puis ont débarqué à Bombay en hors-bord, avant de se disséminer à travers la ville. Ils ont alors lancé une série d’attaques à l’arme automatique, dont une à la gare centrale de la ville, et à l’explosif. Les deux tireurs de la gare ont poussé la minutie jusqu’à faire exploser le taxi qui les y avait amenés afin de créer la confusion et effacer leurs traces. Les autres ont occupé deux grands hôtels et un centre culturel juif, où ils ont pris de nombreux otages. Le chef de la police de Bombay a qualifié de « mission-suicide » cette équipée, qui s’est soldée par la mort de 163 personnes et de neuf assaillants islamistes. La secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice, en déplacement en Inde puis au Pakistan pour désamorcer les tensions entre les deux pays, a évoqué jeudi à Islamabad « une attaque d’un niveau d’élaboration jamais vu dans le sous-continent ». « À Bombay, il s’agissait d’une opération commando visant à provoquer des assassinats de masse avec des armes automatiques et des explosifs », a confirmé à l’AFP un responsable d’une unité antiterroriste européenne sous le couvert de l’anonymat. « Cette opération marque un durcissement et une militarisation des modes d’action employés : repérages avant le déclenchement, projection par bateau, brutalité de la frappe par plusieurs commandos, mais pas de négociation avec l’État visé pour obtenir quelque chose », a-t-il expliqué. Des complices s’étaient infiltrés à Bombay depuis un mois en « mission de reconnaissance », se faisant passer pour des étudiants, selon des sources au sein des services de renseignements indiens, citées par la presse la semaine dernière. D’autres auraient même pris des chambres dans les hôtels visés, y entreposant des armes. Mais cette thèse a subitement disparu des versions fournies par les autorités indiennes, et la piste d’une implication locale s’estompe. Selon Gérard Chaliand, « ce qui est surtout remarquable, c’est l’ampleur de l’opération, avec autant de cibles attaquées en un temps aussi bref ». « C’est une opération techniquement réussie, si on admet l’hypothèse qu’ils n’étaient que dix », précise-t-il, doutant de la théorie d’un raid totalement monté de l’extérieur. « À terme, on verra que c’est de plus en plus local », prédit-il. Selim SAHEB ETTABA (AFP)
Piraterie, infiltration, fusillade dans la foule, explosifs, prise d’otages, mission-suicide…
Les assaillants ont appliqué tous les chapitres des manuels de guérilla, relèvent des spécialistes.
« C’est comme à l’époque des guérillas, remarque l’expert Gérard Chaliand. Les groupes apprennent de l’expérience et des leçons de ceux qui les ont précédés. » « À chaque fois, il y a en quelque sorte une accumulation de savoir », poursuit ce spécialiste des conflits asymétriques, « pas étonné » par la diversité inhabituelle des techniques employées. « Ils ont utilisé toutes les informations disponibles de façon rapide et appliquée », reconnaît-il néanmoins. « La piraterie, ce n’est pas classique, mais cela a déjà été utilisé dans le sud des Philippines » par un groupe...