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Actualités - Opinion

Impression Le blé est dans la crèche

par Fifi Abou Dib Que savions-nous, enfants, de Halloween et de la Toussaint ? De sainte, nous n’avions qu’une, dont le miracle était de transformer les devantures en théâtres de poche. Diables, sorcières, princesses, lapins, chats, lions, des présentoirs où les masques se superposaient en ordre aléatoire et où montait la rumeur de conversations occultes. Au retour de l’école, ces 4 décembre où la nuit tombe toujours trop tôt, chacun trouverait le sien. Minauderies pour les filles qui finiraient bientôt par se lasser des bouches trop roses, des joues trop pleines, des cheveux trop faux. Horreurs dérisoires pour les garçons trop conscients de n’effrayer personne, préférant parfois aux goules quelque panoplie de superhéros trop puissant pour leurs maigres muscles. On planterait dans du coton mouillé des lentilles et du blé qui seraient déjà hauts, au pied de la crèche, à Noël. Parfois aussi des haricots dont les racines monstrueuses ressemblent à des reptiles tourmentés. Une odeur de friture nimberait la cuisine : les beignets de la Sainte-Barbe, galets de farine, d’or et de lumière, durs dehors comme le froid de décembre, tendres dedans, juteux, généreux comme un instant de bonheur. Les « macarons » de la fête, véritables petits pains d’épices avec leurs senteurs de carvi et d’anis, ne comptent que sur leur réputation pour séduire. Avec leur aspect fruste, coquilles brunâtres creusées à la fourchette, ces macarons-là n’ont rien à voir avec leurs homonymes meringués aux couleurs vives. Ils n’ont rien d’évident. Ils se découvrent. Ils se méritent. Il y aurait aussi les « atayef », petites crêpes épaisses fermées sur une cassonade de sucre et de noix, parfumée de fleur d’oranger. Et puis la soupe, incontournable, où le blé, les pignons, les pistaches et le raisin sec échangent leur consistance et leurs saveurs. Ni œufs, ni lait, ni beurre dans ces pâtisseries de nos montagnes sans pâturages. Juste un peu de blé, de farine, d’huile, de fruits secs et de fleurs distillées. Fallait-il qu’elle fût importante, Barbara, aux yeux de nos aïeux pour qu’en leurs temps austères, ils consentent à puiser ces raffinements dans les réserves de la saison ! Elle serait née à Baalbeck d’un père païen qui craint pour elle par-dessus tout l’influence chrétienne. Il l’enferme dans une tour où elle est quand même baptisée par un moine déguisé en médecin. Elle s’enfuit, le visage barbouillé de suie. Son père la rattrape, la décapite puis meurt frappé par la foudre. N’osant révéler son nom chrétien (probablement Catherine), ses amis la désignent comme « la jeune femme barbare ». Des générations d’enfants ont porté le masque en mémoire de Barbara, mendié aux portes les friandises de l’hiver, battu tambour et tambourin pour effrayer les esprits maléfiques. Mondialisation oblige, les nôtres préfèrent les citrouilles. On est toujours le barbare de quelqu’un !
par Fifi Abou Dib

Que savions-nous, enfants, de Halloween et de la Toussaint ? De sainte, nous n’avions qu’une, dont le miracle était de transformer les devantures en théâtres de poche. Diables, sorcières, princesses, lapins, chats, lions, des présentoirs où les masques se superposaient en ordre aléatoire et où montait la rumeur de conversations occultes. Au retour de l’école, ces 4 décembre où la nuit tombe toujours trop tôt, chacun trouverait le sien. Minauderies pour les filles qui finiraient bientôt par se lasser des bouches trop roses, des joues trop pleines, des cheveux trop faux. Horreurs dérisoires pour les garçons trop conscients de n’effrayer personne, préférant parfois aux goules quelque panoplie de superhéros trop puissant pour leurs maigres muscles. On planterait dans du coton mouillé des...