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Actualités - Opinion

En toute liberté Une mystification de plus ?

de Fady Noun On a beau dire, il y a quelque chose de séduisant à l’idée de voir le général Michel Aoun visiter Damas pour sceller la fin des hostilités avec un régime contre lequel il avait déclaré la guerre. Sans nous consulter. Certes, un climat d’amitié, de modération, d’optimisme est bien plus favorable qu’un climat d’hostilité et d’inquiétude, pour convaincre les chrétiens d’Orient qu’ils sont, paradoxe, chez eux dans leurs pays. On sait aussi qu’il y a beaucoup à découvrir en Syrie, notamment les lieux historiques d’une Église naissante. C’est sur le chemin de Damas que les yeux de saint Paul, l’apôtre des nations, se sont ouverts à la vérité du Christ, après avoir été, trois jours révélateurs durant, aveuglés. C’est à Antioche, jadis relevant de la Syrie, que les disciples du Christ ont reçu pour la première fois le titre de chrétiens. C’est en Syrie que saint Maron a vécu, et que sa communauté monastique est née et a crû, pour finalement se constituer en patriarcat. Mais ce n’est pas du tourisme religieux que Michel Aoun va faire en Syrie, aussi symboliques que soient son voyage et les photos qui lui seront prises. Ce n’est pas non plus des dividendes politiques qu’il cherche, assure-t-il. Alors que va faire le général Michel Aoun en Syrie ? Et pour commencer, qui exactement gouverne en Syrie ? De quel type de régime s’agit-il ? Comment s’imbriquent entre elles les différentes polices politiques et quelle en est la hiérarchie ? Avec qui fera-t-il la paix ? Autant de questions qu’il serait utile de tirer au clair, avant de se risquer à tendre la main. Ces questions, la France aussi devrait se les poser. Nicolas Sarkozy a promis à la Syrie que l’accord d’association qui l’arrimera à l’Union européenne sera ratifié dans les prochains mois. Fort bien. Sauf que pour concrétiser ce partenariat, c’est un dossier bien plus sérieux de respect des droits de l’homme – et des nations – que le régime syrien doit montrer. Droit de l’homme à la parole, droit de l’homme à ne pas être traité comme un animal, réforme du système pénitentiaire, fin de l’état de guerre, une presse libre, une société civile épanouie et traitée en adulte. Respect du droit des nations, à commencer par celui du Liban, qui doit être libre de suivre sa propre vocation, loin des manipulations et des ingérences directes et indirectes. Loin du négationnisme de ceux qui répètent que Libanais et Syriens sont « un même peuple », tout en ajoutant que ce même peuple vit dans deux États différents, concédant au Liban cette indépendance qui nous a tellement coûté. C’est tous ces dossiers que doit emporter avec lui le général Michel Aoun, ou du moins qu’il doit garder à l’esprit, s’il désire que son voyage ne soit pas un pur tapage publicitaire pour le régime de Bachar el-Assad – et pour sa propre personne. On verra, dans les jours qui suivent, s’il plaide pour une démocratisation des régimes arabes, seule garante à long terme du maintien des chrétiens d’Orient, ou si son voyage n’est qu’une mystification de plus, à l’image de la « guerre de libération » qui a été un épisode de souffrances supplémentaires infligées à ses compatriotes, ou encore de cette « guerre d’élimination » qui a été comme une malédiction pour les chrétiens du Liban. C’est également en contribuant à l’adoucissement des divisions au Liban même que Michel Aoun réduirait le climat d’inquiétude si décourageant pour les chrétiens d’Orient. Mais c’est là une autre question. Sauf que c’est – en partie – de la même personne qu’elle relève.
de Fady Noun

On a beau dire, il y a quelque chose de séduisant à l’idée de voir le général Michel Aoun visiter Damas pour sceller la fin des hostilités avec un régime contre lequel il avait déclaré la guerre. Sans nous consulter.
Certes, un climat d’amitié, de modération, d’optimisme est bien plus favorable qu’un climat d’hostilité et d’inquiétude, pour convaincre les chrétiens d’Orient qu’ils sont, paradoxe, chez eux dans leurs pays.
On sait aussi qu’il y a beaucoup à découvrir en Syrie, notamment les lieux historiques d’une Église naissante. C’est sur le chemin de Damas que les yeux de saint Paul, l’apôtre des nations, se sont ouverts à la vérité du Christ, après avoir été, trois jours révélateurs durant, aveuglés. C’est à Antioche, jadis relevant de la Syrie, que les...