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Actualités - Opinion

Contresens

Près de vingt ans après sa désastreuse guerre de libération contre l’occupant syrien, Michel Aoun sera reçu en grande pompe aujourd’hui à Damas. En d’autre temps et dans un contexte différent, l’événement aurait pu revêtir une portée réellement, indiscutablement historique. Avant même d’avoir débuté, cette visite, déclinée comme un facteur de rapprochement, n’aura fait au contraire que raviver les tensions locales ; tout juste apparaît-elle, dès lors, comme un coup platement politicien, un coup fort hasardeux de surcroît. Ne jouons pas trop les étonnés, pour autant. Après tout, le séisme de 2005 a complètement chamboulé un échiquier politique libanais longtemps géré d’une main de fer par la Syrie. La bataille pour l’extension du mandat du président Émile Lahoud et l’assassinat de Rafic Hariri ont fait d’alliés éprouvés du régime baassiste d’ardents défenseurs de la souveraineté libanaise. Aoun a beau jeu, certes, de leur reprocher d’avoir longtemps fait l’impasse sur ces centaines de détenus libanais en Syrie dont ils exigent avec tant de vigueur la libération aujourd’hui. Il n’en reste pas moins que tous ceux-là, pour leur honneur, ont pris des risques considérables, physiques notamment, pour franchir – dans le bon sens – le Rubicon. Ils y ont laissé des compagnons de route, et non des moindres, ils demeurent à la merci d’une terreur à ce jour impunie. Bien qu’il s’en défende, c’est objectivement le parcours inverse qu’aura emprunté Michel Aoun, dont le singulier pari syrien souffre au départ de deux problèmes de taille : l’un de crédibilité et l’autre d’opportunité, et par conséquent d’utilité nationale. Moins que jamais en effet, le général ne détient effectivement, aujourd’hui, le titre de patriarche politique des maronites qu’il s’était lui-même décerné il y a quelques mois. Il n’est pas davantage ce Charles de Gaulle dont il se dit fort peu modestement la réplique libanaise, et qui se fait fort de rééditer avec notre voisine de l’Est la fracassante réconciliation franco-allemande en engageant, par son geste, le Liban tout entier. C’est, faut-il le rappeler, avec une Allemagne solennellement revenue du nazisme et des horreurs de la guerre, une Allemagne gagnée à l’idée d’une Europe de paix et de fraternité que renouait, en 1958, le géant de Colombey-les-deux-Églises. Or, c’est loin d’être le cas de la Syrie, intempestivement blanchie sur tous les tableaux par Aoun sous prétexte qu’elle a retiré ses troupes du sol libanais. En effet, les soupçons les plus graves continuent de peser sur Damas, à propos de la vague terroriste qui a frappé notre pays. De Syrie, assure en outre le dernier en date des rapports de l’ONU, continuent d’affluer armes et combattants, et cela en violation flagrante de diverses résolutions internationales. Et c’est pour rappeler Assad à ses engagements libanais en matière de normalisation diplomatique que Nicolas Sarkozy, auteur d’un premier et téméraire pari syrien, dépêchait dimanche auprès de lui deux de ses plus proches collaborateurs. Ironiquement pourtant, Damas ne se fait pas faute de normaliser, mais à sa manière : c’est-à-dire en priorité absolue avec les hommes politiques et partis libanais. C’est une file de pèlerins déjà bien longue comme cela que vient de rejoindre le chef du Courant patriotique libre. On ne sait quels gains politiques il pourrait en escompter, et si ses électeurs le suivront ou non sur son chemin de Damas. Ce qui est clair toutefois, c’est que cette visite, si elle ne risque pas trop de changer la face du Proche-Orient, est loin de servir (c’est le moins qu’on puisse dire) les légitimes aspirations des Libanais à des relations saines entre les deux pays. Relations enfin saines et normales, parce qu’elles auraient mis en jeu l’État, et non des chefs politiques inféodés de longue date. Ou bien alors désespérément, sempiternellement en quête de coups d’éclat. Issa GORAIEB
Près de vingt ans après sa désastreuse guerre de libération contre l’occupant syrien, Michel Aoun sera reçu en grande pompe aujourd’hui à Damas. En d’autre temps et dans un contexte différent, l’événement aurait pu revêtir une portée réellement, indiscutablement historique. Avant même d’avoir débuté, cette visite, déclinée comme un facteur de rapprochement, n’aura fait au contraire que raviver les tensions locales ; tout juste apparaît-elle, dès lors, comme un coup platement politicien, un coup fort hasardeux de surcroît.

Ne jouons pas trop les étonnés, pour autant. Après tout, le séisme de 2005 a complètement chamboulé un échiquier politique libanais longtemps géré d’une main de fer par la Syrie. La bataille pour l’extension du mandat du président Émile Lahoud et l’assassinat de Rafic...