Il n’y a pas à dire, ils l’ont jouée avec habileté la scène du bon Samaritain. Facile de troquer l’habit du pyromane contre celui du « parfait gentleman » : il suffit de laisser le temps au temps, de camper sur ses positions, de ne pas se laisser démonter. Et c’est à l’usure que les certificats de bonne conduite sont décernés, que les dividendes sont récoltés. Ils l’ont jouée avec persévérance la scène de la victime outragée et l’oreille qui leur était jusqu’alors refusée leur est désormais largement ouverte.
De qui est-il donc question ? Vous l’avez deviné : c’est bien des dirigeants syriens qu’il s’agit, de notre inévitable, imparable voisin. Une proximité née d’une fatalité géographique avec laquelle il faut bien s’accommoder, à laquelle il faut bien s’adapter.
Admettons-le : de paria, de pays infréquentable, la Syrie, à force de « niets » répétés, a réussi à se réintroduire dans le concert des interlocuteurs agréés. La Libye avait tracé le chemin après avoir fait amende honorable, la Syrie, elle, l’a emprunté sans coup férir, sans avoir admis aucun tort.
Pour les démocraties en manque de moyens face aux régimes totalitaires, cela s’appelle pragmatisme : puisque le bâton n’a pas marché, essayons la carotte, une carotte qui, aux yeux de ces mêmes démocraties, a déjà donné un premier résultat : les relations diplomatiques avec le Liban.
Beyrouth pourrait difficilement s’en plaindre, quoique le contentieux reste bien lourd, les griefs largement justifiés. Et c’est en connaissance de cause que l’État libanais, à la lumière de ce pragmatisme de circonstance, a renoué les contacts avec Damas.
Mais c’est à lui, et à lui seul, que revient le soin de gérer ce dossier, d’obtenir satisfaction pour les préjudices subis. Les « parasitages » actuels, les visites privées, en cours ou à venir, chez les « frères » redécouverts desservent forcément l’État, créent les conditions de nouvelles immixtions, pavent la voie à des ambitions jamais abandonnées.
À l’aune des prochaines législatives, de telles initiatives ne peuvent que susciter suspicion et défiance. Et les gloires récoltées, par « remote control », sur les rives du Barada ne peuvent que se perdre dans les bazars des politiques politiciennes.
Un rappel pour finir, un rappel fondamental : c’est le premier mars, dans juste trois mois, que démarreront les travaux du tribunal international sur l’assassinat de Rafic Hariri. Demain s’affaisseront, probablement, les édifices construits aujourd’hui sur des sables mouvants.
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il n’y a pas à dire, ils l’ont jouée avec habileté la scène du bon Samaritain. Facile de troquer l’habit du pyromane contre celui du « parfait gentleman » : il suffit de laisser le temps au temps, de camper sur ses positions, de ne pas se laisser démonter. Et c’est à l’usure que les certificats de bonne conduite sont décernés, que les dividendes sont récoltés. Ils l’ont jouée avec persévérance la scène de la victime outragée et l’oreille qui leur était jusqu’alors refusée leur est désormais largement ouverte.
De qui est-il donc question ? Vous l’avez deviné : c’est bien des dirigeants syriens qu’il s’agit, de notre inévitable, imparable voisin. Une proximité née d’une fatalité géographique avec laquelle il faut bien s’accommoder, à laquelle il faut bien s’adapter.
Admettons-le :...