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Actualités - Opinion

La chronique de Nagib Aoun Koullouna lil watan ?

« Koullouna lil watan » : tous pour la patrie. Magnifique prologue d’un hymne national dépoussiéré tous les ans à l’occasion de la fête de l’Indépendance. On s’en souvient un certain 22 novembre, on le déclame, on le chante dans les petites classes de toutes les écoles, on parade pour préserver la coutume, un moment de communion dissipé le soir même. L’hymne est alors rangé dans le placard sans état d’âme : on l’en sortira bien l’année prochaine, à la même date et dans la même atmosphère festive. D’ici là, les allégeances multiples peuvent se libérer, s’en donner à cœur joie, se « coconner » dans les divers partis, courants, clans qui pourrissent les communautés, les montent les unes contre les autres. « Koullouna lil watan » : les pères de l’indépendance doivent aujourd’hui se retourner dans leurs tombes. Qu’a-t-on fait de leur legs, des espérances placées dans les futures générations, celles supposées créer une nation façonnée dans un même creuset, celui de l’appartenance à de mêmes valeurs dans le respect de la pluralité confessionnelle et culturelle ? La convivialité a cédé le pas à l’intolérance, le dialogue au monologue quasiment autiste, un monologue enrobé d’une bonne dose de totalitarisme. Pays du Cèdre, oui, mais aussi pays aux branches cassées, dévoyées, captées, captivées par le chant de sirènes bien empressées. Nassériennes ou palestiniennes il y a quelques décennies, perses ou salafistes aujourd’hui, syriennes depuis les origines, ces sirènes n’ont pas arrêté de rogner notre indépendance, n’ont pas arrêté de ronger nos racines. Et le pire c’est que les enfants du Cèdre les y ont aidées, les y ont encouragées, ont dressé, eux-mêmes, les autels successifs des sacrifices annoncés, les gibets de l’indignité que les Israéliens ont vu se multiplier sur l’ensemble du territoire, alors qu’ils se livraient à leurs exactions. D’autres temps, d’autres lieux, me diriez-vous : les Israéliens ont quitté (moins Chebaa parce que cela arrange beaucoup de monde), les Syriens ont suivi cinq années plus tard, tout autant à contrecœur. Mais ne nous leurrons pas : même absents, les protagonistes, les acteurs de la tragédie peuvent être tout aussi nocifs, tout aussi incontournables, l’Iran en a d’ailleurs fait sa tasse de thé. * * * « Koullouna lil watan » : c’est dans ce climat pervers, implosif, que le président Sleiman tente de faire son boulot, à contre-courant d’une classe politique rivée sur ses propres contradictions, piégée par ses propres outrances. Progressivement, après de longues années d’un sommeil désastreux, Baabda recouvre le rôle qui n’aurait jamais dû cesser d’être le sien, celui du rassembleur, du médiateur, de l’arbitre tout simplement. Et c’est fort d’un appui international, chaque jour exprimé, chaque jour renouvelé, que le chef de l’État prend ses marques, désamorce les bombes minutées, démonte les pièges tendus sur le chemin de la légalité. Baabda, de toute évidence, entend reprendre les choses bien en main, en parfaite symbiose avec le chef du gouvernement. Il est, en effet, bien loin le temps où la présidence était ostracisée, où les deux têtes de l’Exécutif se menaient des batailles autant pernicieuses qu’absurdes et dont les Libanais ont longtemps payé le prix du fait de la paralysie des institutions. Médiateur et arbitre mais aussi interlocuteur naturel, l’évidence est là : de Damas au Caire, de Doha à Téhéran, de Paris à Rome, l’initiative est désormais libanaise, elle est issue de la seule légalité présidentielle, un rappel à l’ordre implicite aux divers comparses qui seraient tentés de persévérer sur les voies parallèles des contre-pouvoirs. * * * « Koullouna lil watan » : certaines absences aux célébrations du 22 novembre, mal expliquées le lendemain, certaines déclarations provocatrices qui les ont précédées nous ramènent immanquablement au bémol du début, font ressurgir les angoisses sur le devenir. Quelle place pour l’État dans un environnement qui lui est hostile ? Quelle place pour l’État de droit dans un environnement fait d’États dans l’État, d’organisations palestiniennes dédiées au plus offrant ? Michel Sleiman a posé les jalons menant à un pouvoir fort, fédérateur et juste. Fasse le ciel que les législatives de mai prochain le confortent dans sa mission. Si législatives il y a dans six mois… Nagib AOUN
« Koullouna lil watan » : tous pour la patrie. Magnifique prologue d’un hymne national dépoussiéré tous les ans à l’occasion de la fête de l’Indépendance. On s’en souvient un certain 22 novembre, on le déclame, on le chante dans les petites classes de toutes les écoles, on parade pour préserver la coutume, un moment de communion dissipé le soir même. L’hymne est alors rangé dans le placard sans état d’âme : on l’en sortira bien l’année prochaine, à la même date et dans la même atmosphère festive.
D’ici là, les allégeances multiples peuvent se libérer, s’en donner à cœur joie, se « coconner » dans les divers partis, courants, clans qui pourrissent les communautés, les montent les unes contre les autres.
« Koullouna lil watan » : les pères de l’indépendance doivent aujourd’hui se...