À la veille de la fête de l’Indépendance, ce sont non moins de trois gestes d’amitié qui nous viennent tout juste d’Occident. Gestes appréciables, certes ; ils seront davantage appréciés, cependant, quand on les verra faire des petits.
À peine reparti le secrétaire britannique au Foreign Office, le Premier ministre français est ainsi venu à Beyrouth à la tête d’une vaste délégation politique et économique ; et de leur côté, les États-Unis ont annoncé la prochaine fourniture à l’armée libanaise de chars lourds. Rassurer, conforter, réaffirmer de vieux principes, mais avancer aussi, le cas échéant, des idées nouvelles. Comme si elles s’étaient donné le mot, ces trois puissances occidentales ont entrepris, chacune à sa manière, de délivrer le même message : le Liban qui émerge à peine d’une longue crise n’est pas oublié, n’est pas laissé à ses insolubles problèmes. Dès lors, il n’a pas trop à craindre d’une réhabilitation internationale de la Syrie initiée par Paris et promptement poursuivie par Londres en attendant le fatidique terminus de Washington, où s’apprête à s’installer l’administration Obama.
En même temps qu’un homme habité, comme tant de Français, par une authentique et profonde sympathie pour notre pays – il a même parlé de tendresse –, les Libanais ont découvert en François Fillon un fidèle interprète de la pensée sarkozienne. La Syrie reste sous étroite surveillance en attendant qu’elle ait rempli tous ses engagements, a-t-il rappelé avec insistance, évoquant, entre autres impératifs, la question des centaines de Libanais détenus en Syrie.
Si l’accord de Doha est un bon début, a encore souligné le chef du gouvernement français, la paix n’est pas définitivement acquise ; aucune réconciliation interlibanaise réelle, a-t-il noté avec un remarquable réalisme, ne pourra intervenir aussi longtemps que les assassins échapperont à la justice internationale. Qu’outre la signature de huit accords de coopération avec le Liban, le maître de Matignon ait tenu à se faire accompagner de nombreux chefs d’entreprise français témoigne enfin d’une belle confiance dans la vitalité de cette terre d’opportunités, pour prisonnière qu’elle demeure des contradictions locales, comme des visées régionales.
Le chef de la diplomatie britannique n’était pas en reste qui, venant de Damas, a fait part d’un même et ferme attachement au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Liban. David Miliband a cependant innové, quand il a émis le souhait de voir notre pays engager, à l’instar de la Syrie, des négociations indirectes avec Israël pour le règlement du dossier des fermes de Chebaa. Ce vœu pieux a fait long feu, les autorités locales s’empressant de rappeler qu’elles s’en tiennent au plan arabe de règlement global : admirable fidélité aux principes de solidarité que nous sommes pratiquement seuls à observer désormais, fidélité réaffirmée d’ailleurs, dans son allocution d’hier soir pour l’Indépendance, par le président Michel Sleiman. La réalité est tout autre, hélas. La triste, la dure réalité, c’est que la Syrie peut négocier tout à son aise sans que ses alliés libanais y trouvent à redire ; quant au Liban, il est en droit de résister seulement, et c’est sur son seul territoire que Damas apporte sa vaillante contribution à la Résistance...
Reste à constater que la décision des États-Unis de nous livrer des tanks équivaut – mieux vaut tard que jamais – à cette double reconnaissance : engagée, en sus de ses tâches ordinaires, dans une lutte sans merci contre le terrorisme, l’armée a grandement besoin de ces M-60, même si ce type de tank n’est plus de toute première fraîcheur ; mieux encore, elle les mérite, au vu de l’âpreté au combat, nullement affectée par ses lourdes pertes, dont elle a fait montre durant la bataille de Nahr el-Bared.
Pour ce 65e anniversaire de l’Indépendance, les présents n’ont pas manqué en somme. Nous dirons volontiers merci. Même si quelque part, et ne serait-ce que par seule fidélité aux vibrantes proclamations de soutien, on nous le devait bien.
Issa GORAIEB
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À peine reparti le secrétaire britannique au Foreign Office, le Premier ministre français est ainsi venu à Beyrouth à la tête d’une vaste délégation politique et économique ; et de leur côté, les États-Unis ont annoncé la prochaine fourniture à l’armée libanaise de chars lourds. Rassurer, conforter, réaffirmer de vieux principes, mais avancer aussi, le cas échéant, des idées nouvelles. Comme si elles s’étaient donné le mot, ces trois puissances occidentales ont entrepris, chacune à sa manière, de délivrer le même message : le Liban qui émerge à peine...