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Actualités - Opinion

Impression Rejet*

par Fifi Abou Dib C’était une bombe mais beaucoup n’y ont vu que du feu, voilà le plus grave. Un samedi soir comme un autre à Beyrouth où notre bon peuple fêlé, au propre comme au figuré, tente de se distraire d’une longue semaine de travail mal rétribué. AUB, campus de rêve où les enfants ont vu quelque chose de Poudlard (cf Harry Potter). Au West Hall se donnait un « talent show » où, ma foi, se révélaient des talents surprenants. Soirée caritative qui réunissait plus de 200 spectateurs, pour la plupart des écoliers et des étudiants. Naturellement, vu le contexte, ils venaient en majorité du système américain. Est-ce la raison pour laquelle un comédien professionnel, engagé pour conclure ce spectacle bon enfant, s’est autorisé des outrances homophobes et francophobes, croyant ainsi faire plaisir à ses « american » ouailles ? Qu’on en juge. L’histrion avait commencé drôle, se demandant à quoi pouvait servir une langue où chaque objet a un sexe. Pourquoi dire « le » tabouret au lieu de « la » tabouret. Soit. Mais on se sent à un fil de la dérive, et voilà que le fil casse. L’amuseur confie son refus d’avoir des enfants de crainte qu’ils ne tournent « frenchies » et « homosexuals » (parfaits synonymes), en regardant les émissions jeunesse des télévisions locales. Bien sûr dans son acception, un enfant ne peut être qu’un garçon, mais c’est un autre débat. Plus fort encore, il cite les universités libanaises, accusant l’une de produire des « valets parking », l’autre d’être un réservoir à cancres qui terminent leurs études à 36 ans. Et tout à l’avenant. On a beau être porté sur l’autodérision et se flatter d’un certain sens de l’humour, on réprime mal sa nausée. Dans un pays où tout est prétexte à rejeter la différence, il est révoltant, sous l’étiquette d’un divertissement douteux, d’encourager des balourds qui incitent au mépris de l’autre. Quand on sait surtout qu’il n’y a pas loin du mépris à la haine. L’espace de la scène est un espace sacré. C’est un lieu de transfiguration où des êtres de chair prêtent leur réalité à des existences fictives. Détour tragique ou comique par lequel le spectateur accède à sa propre vérité. À l’AUB, ce soir-là, il n’y avait aucune transition entre le jeu et la réalité. Cette triste forfanterie servie à l’état brut dans l’enceinte d’une des plus nobles institutions du Moyen-Orient, sinon du monde, ne nous ramenait qu’à un constat désabusé : qu’il est facile de faire hurler les jeunes loups avec leur meute ! Qu’ils s’en détachent, sunnites, chiites, maronites, Blancs, Noirs, « frenchies » ou « homosexuals », le message est clair : ils seront dévorés. Vivement l’effet Obama. *Jeune pousse ; réaction de défense contre un organe étranger
par Fifi Abou Dib

C’était une bombe mais beaucoup n’y ont vu que du feu, voilà le plus grave. Un samedi soir comme un autre à Beyrouth où notre bon peuple fêlé, au propre comme au figuré, tente de se distraire d’une longue semaine de travail mal rétribué. AUB, campus de rêve où les enfants ont vu quelque chose de Poudlard (cf Harry Potter). Au West Hall se donnait un « talent show » où, ma foi, se révélaient des talents surprenants. Soirée caritative qui réunissait plus de 200 spectateurs, pour la plupart des écoliers et des étudiants. Naturellement, vu le contexte, ils venaient en majorité du système américain. Est-ce la raison pour laquelle un comédien professionnel, engagé pour conclure ce spectacle bon enfant, s’est autorisé des outrances homophobes et francophobes, croyant ainsi faire plaisir à...