Certaines familles reviennent parce qu’elles sont trop pauvres pour financer l’exil.
Comme des milliers d’autres, Imad Hanna et les siens, chrétiens de Mossoul, ont fui la ville en octobre après une vague d’assassinats. Aujourd’hui, ils sont rentrés chez eux, non parce que la peur a disparu, mais parce qu’ils sont trop pauvres pour financer l’exil.
« 125 dollars pour louer une maison pendant un mois : nous ne pouvions plus rester à Qraqosh », un gros village chrétien au nord de Mossoul, « alors, nous sommes revenus il y a une semaine... mais nous avons très peur », dit-il, en se tordant les mains, dans le salon de sa maison du quartier as-Sukar.
Une psychose aggravée par la mort, la semaine dernière, de deux sœurs chrétiennes du quartier voisin. Les quatre agresseurs les ont tuées par balles chez elles, ont blessé leur mère puis ont piégé avant de fuir la porte d’entrée à l’explosif, blessant les policiers arrivés sur place le lendemain matin.
« Nous sommes terrorisés, surtout la nuit », ajoute cet homme corpulent de 52 ans en caressant la main de sa plus jeune fille. « Nous avions deux armes à la maison, mais les peshmergas (miliciens kurdes) les ont prises l’an dernier. Si les tueurs reviennent... », explique-t-il. Selon lui, « la plupart des voisins partis ne veulent pas encore revenir... Certains viennent travailler à Mossoul le jour, mais rentrent à Qraqosh le soir. Ceux qui sont assez riches vont attendre encore. Seuls les pauvres comme nous n’ont pas le choix ».
Une panique générale s’est emparée début octobre de la communauté chrétienne de la grande ville du nord de l’Irak (environ 30 000 personnes), jetant sur les routes quelque 2 000 familles.
Douze chrétiens tués, des maisons bombardées ou plastiquées, des lettres de menaces accompagnées de balles jetées dans les cours, une voiture diffusant des menaces par haut-parleur : il s’agissait d’une campagne orchestrée, dont les auteurs restent encore aujourd’hui à identifier.
Officiellement, depuis le 31 octobre, le Conseil des évêques de la province de Ninive, dont Mossoul est la capitale, appelle ses ouailles à prendre le chemin du retour. 700 familles seraient déjà revenues, selon l’archevêché.
Les prélats appellent à refaire « l’unité de l’Irak pour tous, dans lequel les chrétiens devraient rester comme le levain dans la pâte ».
Dans la cour ensoleillée de sa maison, face à l’église Saint-Ephrem gardée par deux gros pick-up de la police, mitrailleuse en batterie, le père Georges Basman fait passer le message. « Il faut éviter à tout prix un exode définitif, dit-il d’une voix douce. Les chrétiens sont ici chez eux. Mossoul est le berceau des chrétiens d’Orient. La cohabitation avec nos frères musulmans a toujours été bonne. Il faut qu’elle se poursuive, ou les terroristes auront gagné. »
Depuis 2003, une cinquantaine de chrétiens ont été tués à Mossoul, dont l’évêque de la ville et deux prêtres. Une centaine ont été enlevés et libérés contre rançon, des milliers de familles ont pris, sans retour, le chemin de l’exil.
Dans le bureau de sa caserne, non loin de là, le commandant Chaker Ali, de l’armée irakienne, montre, sur un cahier d’écolier, la liste des familles chrétiennes récemment rentrées. « Trente-quatre au cours des douze derniers jours, dit-il. D’autres sont annoncées. Nous allons les voir pour les enregistrer et leur souhaiter la bienvenue. Nous patrouillons régulièrement, jour et nuit, dans les quartiers où ils habitent. »
Un Hummer blindé de l’armée est garé, en travers sur un trottoir, tout près de la maison des Hanna. « C’est bien qu’ils soient là... On veut qu’ils restent toujours, soupire Imad. Parce que s’ils s’en vont dans quelque temps, tout pourra arriver. »
Michel MOUTOT (AFP)
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Comme des milliers d’autres, Imad Hanna et les siens, chrétiens de Mossoul, ont fui la ville en octobre après une vague d’assassinats. Aujourd’hui, ils sont rentrés chez eux, non parce que la peur a disparu, mais parce qu’ils sont trop pauvres pour financer l’exil.
« 125 dollars pour louer une maison pendant un mois : nous ne pouvions plus rester à Qraqosh », un gros village chrétien au nord de Mossoul, « alors, nous sommes revenus il y a une semaine... mais nous avons très peur », dit-il, en se tordant les mains, dans le salon de sa maison du quartier as-Sukar.
Une psychose aggravée par la mort, la semaine dernière, de deux sœurs chrétiennes du quartier voisin. Les quatre agresseurs les ont tuées par balles chez...