de Fady Noun
Ils sont cent mille Libanais à avoir quitté le ministère de la Santé, un assureur privé ou tout simplement leur propre filet social qui fonctionnait vaille que vaille, pour adhérer volontairement à la Caisse nationale de Sécurité sociale. À avoir cru que l’occasion que leur offrait l’État de se faire rembourser leurs soins médicaux et le prix de leurs médicaments était bonne à prendre.
Ils sont aujourd’hui cent mille Libanais à déchanter. Cent mille à avoir été lâchés par l’État qui a cessé de verser sa quote-part de leurs frais adhésion – 40 % des frais d’adhésion –, et que les hôpitaux n’admettent que dans la limite des fonds disponibles dans leur caisse, qui fonctionne en vase clos, et ne peut bénéficier d’autres fonds que ceux que les adhérents versent. Ou ne versent pas.
Car certains cessent de verser leur cotisation dès que le besoin de santé a disparu, se conduisant avec cette caisse, mais c’est leur droit le plus strict, comme on le ferait avec une compagnie d’assurances privée.
À cette différence que pour adhérer à la Sécurité sociale, il n’est pas besoin d’examen médical. L’État, et c’est à la base de la philosophie de la Sécurité sociale, vous prend en charge entièrement, avec votre passif de santé, votre passé d’homme ou de femme, et votre avenir. Sans exclusive.
C’est bien cette philosophie, cette sécurité qui est aujourd’hui remise en cause, quand l’État cesse de payer sa quote-part de cotisations (100 milliards de livres, soit 66,3 millions de dollars), c’est-à-dire quand, sous prétexte d’équilibre financier, il décide de ne plus tenir parole, de ne plus honorer sa part du contrat de santé.
Est-ce de la myopie politique et économique ? Certainement. Quand, en 1963, on a créé la Caisse nationale de Sécurité sociale, elle avait une philosophie. Elle était là pour sécuriser les Libanais et incarner cette solidarité qui, par le biais de l’État, les liait les uns aux autres.
Et quand, en 1972, la branche adhésion volontaire avait été créée, on savait bien que cette branche serait déficitaire. C’est justement pourquoi on avait augmenté, pour cette catégorie d’assurés, la quote-part de l’État qui, pour d’autres adhérents, est de 25 %.
Avec ce gouvernement, la solidarité est rompue, remplacée par ce que le ministère des Finances appelle « la maîtrise des coûts ». Au nom d’un texte qui demande au gestionnaire de « veiller à l’équilibre financier », on a évacué la solidarité et retenu l’équilibre financier. On a confondu les moyens et la fin.
On ne gouverne pas un pays, un pays qu’on aime de surcroît, comme on dirige une société. La loi de rentabilité et d’équilibre financier n’est pas la loi suprême, mais celle du bien-être des Libanais, à commencer par les plus faibles, par les plus vulnérables. C’est ainsi que s’édifient les patries, en assurant à tous le minimum nécessaire, qui comprend la dignité de tous et de chacun, à commencer par les plus pauvres, et Dieu sait s’il y en a.
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