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Actualités - Opinion

Le point Le prix de la sécurité

de Christian Merville La démocratie, à défaut de la sécurité, règne sur les bords de l’Euphrate. Hier, il suffisait pour s’en convaincre de suivre les débats parlementaires sur l’accord prévoyant le retrait des troupes américaines. Examen de ce texte ou bien du projet sur les traités et conventions, comme l’exigeaient les députés sadristes ? La présidence a tranché : ce sera l’un et l’autre, a dit Mahmoud Machhadani, qui n’avait pas vu le piège tendu par l’opposition, puisqu’il suffira de faire voter la seconde loi pour que l’adoption de la première relève de la gageure car exigeant une majorité des deux tiers. Il en est qui commencent à avoir la nostalgie de l’ère Saddam Hussein, quand il suffisait d’un froncement de sourcils du conducator pour ramener l’ordre dans les rangs et réduire les discussions à une formalité vite expédiée. Jusqu’à cette journée des dupes style mésopotamien, tout baignait pour le gouvernement de Nouri Kamal el-Maliki. Dimanche, vingt-sept des vingt-huit ministres présents à une réunion prévue de longue date avaient voté en faveur d’un plan en 31 points définissant la présence militaire US : restrictions sur les opérations de guerre à partir du 1er janvier prochain, repli des zones urbaines d’ici au 30 juin 2009, enfin retrait total à la fin de 2011. Neuf membres du cabinet (sunnites pour la plupart) avaient prudemment choisi de se faire porter malades, une absence qui jette quelque ombre sur un succès revendiqué comme une victoire par les chiites, soutenus par leurs alliés kurdes et qui avait nécessité une pleine année de négociations, souvent ardues, au cours desquelles, à plus d’une reprise, on avait frôlé la rupture. Tout s’était accéléré au soir de l’élection présidentielle américaine. Résumant l’impression générale, Hadi el-Ameri, membre du Conseil suprême islamique irakien dont il dirige le bras armé, les Brigades el-Sadr, a eu, en forme d’explication, ce commentaire peu amène pour l’administration sortante : « Il est certain que si les républicains l’avaient emporté, ils n’auraient pas respecté le calendrier prévu. » Des propos qui ont aussitôt été perçus comme reflétant un subtil changement de cap iranien. De fait, leur auteur venait de passer un an à Téhéran, où l’on se méfie par-dessus tout d’une présence US permanente qui représenterait une sérieuse menace pour la République islamique. Ces appréhensions semblent s’être dissipées au soir du 4 novembre, le candidat démocrate, on s’en souvient, prévoyant le départ dans les seize mois des quelque 150 000 GI engagés dans l’opération « Shock and Awe ». En outre, la victoire du camp démocrate s’est accompagnée (simple coïncidence ?) de l’acceptation par les Américains de la majeure partie des 100 amendements réclamés par les négociateurs irakiens, ce qui a eu pour effet de rassurer les mollahs, mais aussi les Syriens et, dans une moindre mesure, les Saoudiens. C’est le grand ayatollah Ali Sistani qui a achevé de faire pencher la balance dans un sens favorable en jugeant satisfaites les trois conditions qu’il avait posées : souveraineté totale, transparence, soutien de larges pans de la représentation populaire. Il est difficilement concevable que ce dernier point puisse poser problème, à moins d’adopter la formule des deux tiers, une option jusque-là rejetée. Si Moqtada el-Sadr affirme vouloir empêcher un vote favorable de l’Assemblée nationale, il précise qu’il recourra pour cela aux moyens « légaux », ce qui écarte la perspective d’un retour à la violence, même si l’un de ses lieutenants, Sattar el-Battar, tient à rappeler qu’en cinq ans et demi de guerre, Sadr City, fief du puissant leader chiite, a eu 4 300 martyrs. L’option militaire écartée, il reste le recours à l’arme des alliances par une formation qui dispose d’une minorité de trente députés sur un total de 275. On voit mal comment des fronts pourraient se constituer quand les chiites (85 voix) et les Kurdes (53 voix) – sans parler d’une vingtaine de membres du bloc sunnite, soit une confortable majorité est favorable au texte en discussion. Plus vraisemblablement, le jeune chef religieux cherche, en jouant les trouble-fête, à obtenir des avantages qui lui ont été refusés à ce jour et qui lui permettrait d’aborder en position de (relative) force la phase à venir. Prudents, les Iraniens attendent pour se prononcer le « jugement du peuple ». « Nous leur avons fait savoir que nul n’utilisera notre pays pour les attaquer », révélait en fin de semaine cheikh Diaeddine el-Fayad. Apparemment, cette assurance a été d’autant plus favorablement accueillie que le même jour, Condoleezza Rice, dans une interview au New York Times confirmait des fuites faisant état d’un pas en direction de l’Iran. « Nous ne cherchons pas à obtenir un changement de régime, mais une modification de certains comportements », a-t-elle jugé nécessaire de préciser. Un peu tardive, la concession, mais utile quand même.
de Christian Merville

La démocratie, à défaut de la sécurité, règne sur les bords de l’Euphrate. Hier, il suffisait pour s’en convaincre de suivre les débats parlementaires sur l’accord prévoyant le retrait des troupes américaines. Examen de ce texte ou bien du projet sur les traités et conventions, comme l’exigeaient les députés sadristes ? La présidence a tranché : ce sera l’un et l’autre, a dit Mahmoud Machhadani, qui n’avait pas vu le piège tendu par l’opposition, puisqu’il suffira de faire voter la seconde loi pour que l’adoption de la première relève de la gageure car exigeant une majorité des deux tiers. Il en est qui commencent à avoir la nostalgie de l’ère Saddam Hussein, quand il suffisait d’un froncement de sourcils du conducator pour ramener l’ordre dans les rangs et réduire...