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Actualités - Rencontre

Rencontre Fadi Nammar, côté face

Carla HENOUD Fadi Nammar : dans le civil, directeur général des routes et bâtiments et directeur général de l’urbanisme. Dans le privé, un homme passionné de voyages et de photos. Et un rescapé du tsunami de 2004. Presque une décennie qu’il est au service de l’État, sa porte « toujours ouverte à tout le monde… » Un poste qui lui a été offert relativement tôt, alors qu’il traversait ses 30 ans dans la légèreté d’un ingénieur civil évoluant en toute liberté d’un chantier à l’autre. De ces lourdes années, une responsabilité qu’il continue à remplir avec entrain et une certaine diplomatie qui ne mâche pas ses mots, il avoue avoir beaucoup appris. « Au début, j’ai, bien évidemment, été flatté. Mais je savais aussi que ce ministère allait me mettre sous pression politique et professionnelle. Rien n’a changé en moi, avoue-t-il avec cette franchise qu’il revendique, mais ma réflexion a changé. J’ai tout vécu, tout appris en peu de temps. La guerre de juillet 2006 avec son lot de destructions d’infrastructures, un spectacle totalement surréaliste nous a imposé 6 mois de travail nuit et jour, souvent avec des étrangers. Ça a été une formidable leçon. » Quand on lui parle d’urbanisme, il rappelle que toutes les guerres du pays depuis 35 ans ont empêché la mise en application d’un plan directeur pour « mettre de l’ordre dans cette anarchie. Le gouvernement décide, en définitive », précise-t-il. Mais c’est de voyages et de photos qu’il aimerait parler aujourd’hui. Et puis de ce tsunami qui l’a frôlé le 26 décembre 2004, à 10 heures 15, emportant sur son passage des milliers de morts… Passions Ce jeune homme impatient, encore célibataire mesdames, dort 4 à 5 heures par jour, pour avoir le temps de faire tout ce qu’il aime : « Tout ce qui est nouveau ! » Mais aussi se plonger dans le cinéma, et surtout les musiques de films, pratiquer le ski, la photo et les voyages. « Je pars surtout pour faire de la photo. » Avec 54 pays à son actif, et des milliers de clichés pour conserver les lieux dans sa mémoire, il mêle ainsi ses deux plaisirs. « J’ai commencé à photographier la guerre en 1989. En quelques années, j’ai appris à développer mon regard et améliorer mon matériel. » « Gadgeteur de premier ordre », comme il aime à se qualifier, perfectionniste, Fadi Nammar est bien évidemment passé au « top du top ». Dans son carnet de voyages s’accumulent les destinations les plus diversifiées, « c’est mon œil qui me guide », avec une préférence pour Saint-Pétersbourg, « tout y est grandiose » ou le Grand Canyon, « un des plus beaux paysages au monde », qu’il a même photographié d’un hélicoptère. Paysages lumineux, désertiques, chauds, lunaires, le photographe en herbe a réuni 30 escales, de la Suède à la Finlande, en passant par Riga et la Lituanie, Stockholm, Kiev, Ankara, Los Angeles, San Francisco, Hollywood, Moscou, Langkawi, Venise, Vienne, Paris ou encore le Maroc… Des arrêts sur de belles images immortalisées dans un ouvrage baptisé Vision. Près de 1000 copies de ce recueil d’images ont été distribuées aux amis. « Je l’ai fait pour le plaisir, j’avais besoin, confie-t-il, de sentir que j’ai accompli quelque chose de ma vie. » Avec une petite introduction à chaque ville, dans laquelle il évoque l’émotion ressentie, il précise : « Chaque photo est une histoire, et chaque histoire évoque un souvenir… » Survivant Sans doute est-ce le fait d’avoir survécu au tsunami du 26 décembre 2004 qui a secoué Fadi Nammar, lui insufflant un sentiment d’urgence, une nécessité de laisser des traces. Lui qui a vu les dégâts subis en quelques minutes, transformant le paradis de Phuket en enfer. Arrivé à destination le 25 décembre 2004 au soir, c’est un changement de programme de dernière minute qui l’aura sauvé, le jour fatal. Puisqu’il sera un peu plus loin, dès 9 heures du matin, en ce dimanche funeste, à l’île de Phi Phi Ley, en train, justement, de faire des photos, protégé par d’impressionnants rochers qui lui ont sans doute sauvé la vie. « Quand j’ai vu l’immense vague venir puis se retirer, je ne comprenais pas ce qui se passait. J’étais seul, avec un réflexe, de protection sans doute, celui d’appuyer sur le déclencheur de ma caméra. Tout saisir, mais pas les cadavres, avant de retourner à Phuket quelques heures plus tard et constater la vision de fin de monde. » En effet, dès qu’il peut le lendemain matin, et après une nuit blanche d’impatience, il sort regarder, mieux voir, et surtout saisir, presque mécaniquement, l’incroyable. Des rues jonchées de gravats, Des destructions, une impression de désastre surréaliste et totalement incompréhensible. Il en ramènera un « élan qui me pousse en avant » et un recueil personnel dans lequel il a rassemblé l’avant et l’après, à travers d’impressionnantes photos, des visions de fin du monde. « Dans des moments pareils, je suis très calme, conclut-il. Je revois souvent le film des événements, et je me dis et redis : tout est écrit. Pour moi, ce n’est pas encore le moment… »
Carla HENOUD

Fadi Nammar : dans le civil, directeur général des routes et bâtiments et directeur général de l’urbanisme. Dans le privé, un homme passionné de voyages et de photos. Et un rescapé du tsunami de 2004.

Presque une décennie qu’il est au service de l’État, sa porte « toujours ouverte à tout le monde… » Un poste qui lui a été offert relativement tôt, alors qu’il traversait ses 30 ans dans la légèreté d’un ingénieur civil évoluant en toute liberté d’un chantier à l’autre. De ces lourdes années, une responsabilité qu’il continue à remplir avec entrain et une certaine diplomatie qui ne mâche pas ses mots, il avoue avoir beaucoup appris. « Au début, j’ai, bien évidemment, été flatté. Mais je savais aussi que ce ministère allait me mettre sous pression politique et...