Promotion de la compréhension et de la tolérance, respect des différentes croyances, rejet de l’argument religieux pour justifier les meurtres d’innocents et autres actes terroristes : l’unanimité ne pouvant se cristalliser, en pareils cas, que sur de vagues et vertueux lieux communs, c’est par un bilan au ton angélique, certes, mais sans grande surprise et donc plutôt décevant, que s’est soldée la conférence de l’ONU sur le dialogue des civilisations et des cultures au service de la paix.
Ce n’est pas tous les jours pourtant que les représentants de dizaines de pays, dont une bonne vingtaine de chefs d’État ou de gouvernement, se retrouvent, comme ils viennent de le faire durant deux jours, pour débattre de questions moins bassement matérielles que les guerres, la crise financière ou le prix du pétrole. Il reste hélas qu’en cette ère de mondialisation, les libertés sont encore loin de répondre à des critères universels. Surtout la liberté de culte, quand elle doit être exercée en terrain différent, sinon hostile.
À cette conférence de New York, on a vu ainsi les Occidentaux plaider vigoureusement pour une totale et irréductible liberté de croyance, devant des musulmans qui proscrivent quant à eux toute renonciation à la religion du Prophète, allant même parfois jusqu’à punir celle-ci de la peine capitale. Et l’on a vu des musulmans se plaindre des discriminations et malveillants préjugés dont se rendraient coupables les sociétés occidentales. Alors, rien là finalement qu’une tour de Babel propulsant jusqu’aux voûtes célestes les sempiternelles querelles des peuples dont est coutumier le Palais de Verre ?
Peut-être pas, pour peu que se décident à changer les hommes afin que le monde change à son tour. Ce sage conseil, c’est Shimon Peres qui l’a prodigué aux congressistes. Voilà qui ne manquait guère d’ironie. Car si Peres a élogieusement salué le plan de paix du roi Abdallah d’Arabie, le fait est que l’État qu’il préside n’en a jamais fait grand cas. Qui ne parvient toujours pas à opter entre la conquête territoriale et la paix, qui entend s’assurer tout à la fois l’une et l’autre. Qui crie au terrorisme islamiste, dans le même temps qu’il observe un coupable laxisme face à un terrorisme juif couramment pratiqué par les colons armés. Qui, tirant gloire de ses fondements raciaux et religieux, prétend à une souveraineté sans partage sur Jérusalem, ville éminemment sainte pour les trois grandes religions monothéistes.
Parmi tous ces apprentis théologues siégeant à New York, bien d’autres ne devraient pas en mener large. À tout seigneur tout honneur : initiateur de ces assises, lui-même devenu une des cibles du terrorisme, le royaume d’Arabie ferait bien de surveiller plus étroitement toutes ces collectes de fonds opérées sur son territoire à des fins prétendument caritatives, et qui finissent dans la besace d’Oussama Ben Laden. Et puisque l’on parle de tolérance, l’Arabie serait bien inspirée d’autoriser la construction d’églises sur son sol, comme c’est le cas dans la plupart des pays du Golfe.
S’érigeant en champion de la liberté de culte, George W. Bush n’en aura pas moins été, tout au long de ses deux mandats, et sur fond de choc des civilisations, sous la coupe des néoconservateurs et autres chrétiens born again. Or pas plus qu’elle n’a donné des résultats concluants en Irak comme en Afghanisatan, sa mal nommée croisade contre le terrorisme ne lui aura gagné la sympathie du monde arabo-musulman.
On peut se demander pour finir si le président Sleiman avait quelque chance d’être entendu, quand il a proposé de faire de notre beau mais turbulent pays le centre mondial du dialogue des cultures. Pays message, disait du Liban le pape Jean-Paul II, sans se douter que les Libanais eux-mêmes seraient les derniers à capter le message, à s’en pénétrer, à se comporter en conséquence. L’accord de Taëf n’a fait qu’exacerber les rivalités confessionnelles, puis sectaires ; et malgré les résolutions de Doha, la reprise du dialogue interlibanais ne cesse d’être régulièrement repoussée.
Nous aurons fort à faire, en vérité, pour réussir à vendre une fois de plus notre camelote, pour monter à Beyrouth un remake de New York. Notre diversité culturelle, c’était jadis de l’or pur. En piètres alchimistes, c’est une méchante ferraille que nous en avons fait.
Issa Goraieb
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Ce n’est pas tous les jours pourtant que les représentants de dizaines de pays, dont une bonne vingtaine de chefs d’État ou de gouvernement, se retrouvent, comme ils viennent de le faire durant deux jours, pour débattre de questions moins bassement matérielles que les guerres, la crise financière ou le prix du...