de Jean ISSA
Dis-moi qui tu hantes, qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. Dis-moi qui te hante, qui t’obsède, je te dirai qui tu n’es pas.
Un virage à 180 degrés. Du Syria Act à l’acte de présence in Syria. Imaginez George Washington basculant en royaliste. Suivi par des partisans inconditionnels. Pourquoi ? Par rivalité imaginaire avec Jefferson ? C’est ce qui motiverait ses idolâtres ombrageux, sensibles à tout ce qui pourrait lui porter ombrage. Mais pas lui, sans doute. Car il serait animé, pour rester dans ce surréalisme qui chez nous a droit de cité, par une certaine allergie à l’évangélisme, doublée d’une certaine nostalgie anglicane.
Traduit en clair sur la scène locale, cela donne à peu près ceci : une bonne partie des aounistes reconnaît suivre le chef dans ses pérégrinations, sans coller totalement à ses vues, dont la résistance ressortissante, simplement par rejet viscéral des FL. Ils se rejouent en somme le film The singer not the song.
Alors que lui-même, idéologue pointu, profondément imprégné de l’histoire régionalo-locale ethnique se trouverait motivé, activé, par des considérations mêlant intimement communautarisme, défense des chrétiens, et nationalisme-indépendantisme. Entendu selon une détermination déterminée de l’adversaire et de l’adversité historique.
Suivant cette grille de lecture, avancée comme hypothèse méritant réflexion, on pourrait estimer, en raccourci, que la cible réelle du combat de libération qui se poursuit serait en somme la domination ottomane ! Perpétuée en quelque sorte à travers le sunnisme politique incarné ici par Hariri et en Syrie, à un moindre degré évidemment, par le has been virtuel futur Khaddam.
Bien entendu, l’historien actif mise largement sur une nécessaire alliance objective, face aux présumées visées dominatrices du sunnisme politique, avec les autres communautés, ou confessions, se sentant menacées, les chiites, les druzes, les alaouites.
Dans cette logique, l’inimitié politique avec Geagea et Gemayel s’expliquerait plus par leur alignement sur l’épigone sunnite que par le poids du passé, verbalement pardonné, ou par l’actuel contentieux intermaronite.
À preuve, et c’est un détail, que lorsqu’on parle réconciliation, le général souligne volontiers que cela ne lui pose pas problème. Sous condition sans doute, mais en pratique, il laisse la patate chaude à Frangié. En relevant que pour sa part, il serait disposé à assister, à apporter sa caution propre, à des retrouvailles Frangié-Geagea.
Bon, mais répétons-le, nombre de ses partisans ne voient pas les choses sous cet angle ouvert. Tout comme les fidèles de Frangié l’ont finalement empêché de retrouver Geagea, ces aounistes comprennent, acceptent tout, même l’alliance avec l’attaquant tueur d’octobre 89, mais à aucun prix l’entente avec les FL.
On peut les comprendre, car certaines blessures ne se referment pas. Et puis, la haine, c’est comme ça : plus on est proche, plus elle est forte. C’est Caïn, auteur du crime fondateur, qui nous le dit. Alors que Mgr Sfeir pleure, et nous avec lui, de cet infernal égarement loin de l’Enseignement divin d’amour et de joue tendue. C’est bien triste, mais ce n’est pas nouveau, ni maximal, tant s’en faut, au regard des guerres interchrétiennes, dites de religion, qui ont ensanglanté l’histoire. Encore heureux que lors du dernier pugilat sacrilège au Saint-Sépulcre entre soutanés de communautés distinctes, on n’ait utilisé que des cierges mal éméchés.
Alors quelle issue ? Il ne s’en présente théoriquement qu’une seule. Pratiquement impossible à moyen terme : l’évaporation politique simultanée de nos pugilistes chrétiens à nous. Pour que, faute de combattants, cesse enfin ce combat fratricide suicidaire.
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