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Actualités - Opinion

Frontières de méfiance

Nécessité fait loi, dit l’adage. Mais qu’en serait-il donc quand ladite nécessité se débat désespérément, pour surnager, dans un océan de suspicions ? De fait, il y a quelque chose de surréel dans ces négociations sécuritaires, les premières depuis la fracassante rupture de 2005, entamées lundi entre le Liban et la Syrie. Car sans même remonter aux violences et abus commis sous l’occupation syrienne, c’est bien au plan de la sécurité que notre pays a le plus à se plaindre de la conduite de son voisin. Pour nombre de Libanais comme pour la quasi-totalité de l’opinion internationale, la Syrie n’est guère innocente ainsi du sang de Rafic Hariri. Les mêmes accusations lui ont d’ailleurs été portées à propos de la longue série d’assassinats de personnalités politiques et de leaders d’opinion libanais qui a suivi l’attentat de Aïn Mreïssé. Et c’est indiscutablement de Syrie, non de la planète Mars, qu’a coulé, tout au long des dernières années, ce flot incessant d’armes et de combattants de tout poil, ostensiblement voués à la déstabilisation du Liban. Prendre langue néanmoins avec les responsables de Damas est, d’un côté, parfaitement normal et nécessaire : après tout, c’est à la source qu’il convient de traiter le mal. Encore faut-il cependant que l’interlocuteur pratique le même langage, qu’il joue loyalement le jeu. Était-ce absolument le cas, lors des entretiens qu’ont eus à Damas les ministres de l’Intérieur des deux pays, entourés de leurs proches collaborateurs ? Priorité a été donnée ainsi au contrôle des frontières et à la lutte conjointe contre le terrorisme. Sur ces deux points toutefois, il faudra veiller à un sain équilibre entre les préoccupations les plus pressantes des uns et des autres. Ce n’est pas parce que le Liban est le moins bien équipé pour la tâche que doivent s’imposer en effet des priorités dans les priorités. Or dans le fond comme dans les formes, c’est bien ce qu’a cherché à réaliser le régime de Damas quand il a cavalièrement entrepris d’inverser les rôles, jugeant sans doute que la meilleure des défenses est encore l’attaque. Ainsi, c’est d’un terrorisme provenant du Liban que les Syriens affirment maintenant être victimes. Mieux encore, ils accusent une partie libanaise, le Courant du futur, d’avoir financé les criminels auteurs de l’attentat à la bombe du mois dernier dans la capitale syrienne. De mieux en mieux, des accusations d’une telle gravité, ils les lancent publiquement à quelques heures seulement de l’ouverture des pourparlers sécuritaires avec le Liban. Et pour comble, ils le font de la plus théâtrale des manières, à l’aide de ces aveux télévisés auxquels ont traditionnellement eu recours les dictatures. On ne sous-estimera certes pas le péril que représentent, pour le Liban comme pour la Syrie, tous ces extrémistes religieux, el-Qaëda et Fateh el-Islam en tête. Mais quid de tous les autres terrorismes, non moins ignobles, qui, ces dernières années, se sont acharnés sur le seul Liban, et à propos desquels Damas est toujours tenu de s’expliquer ? Quid des centaines de disparus libanais en Syrie, dossier dûment évoqué lundi, nous assure-t-on, mais dont il n’est fait aucune mention dans le communiqué commun ? Pour ce qui est du contrôle des frontières, le ministre Ziyad Baroud s’est efforcé de dissiper hier les réserves qu’a suscitées, au sein de la majorité, l’annonce d’un comité de suivi libano-syrien. Il faut dire que tout renvoi en commission équivaut généralement à un enterrement de première classe ; au pire, le procédé rappelle fâcheusement l’époque d’un traité de coopération à l’ombre duquel un seul des partenaires coopérait en réalité pour deux : souvenir aussi obsédant que désagréable, même s’il est bien précisé que toute formule de coordination devra obtenir l’agrément du Conseil des ministres. Reste à rappeler que toute frontière, avant même d’être contrôlée et protégée des deux côtés, doit être délimitée, tracée, reconnue. C’est précisément ce qu’implique aussi la résolution 1701 de l’ONU. Dès lors, c’est à l’ombre de cette résolution que le Liban serait bien inspiré de placer son singulier dialogue avec ce très particulier voisin qu’est la Syrie. Un témoin n’est jamais de trop. Et encore moins un témoin universel. Issa GORAIEB
Nécessité fait loi, dit l’adage. Mais qu’en serait-il donc quand ladite nécessité se débat désespérément, pour surnager, dans un océan de suspicions ?

De fait, il y a quelque chose de surréel dans ces négociations sécuritaires, les premières depuis la fracassante rupture de 2005, entamées lundi entre le Liban et la Syrie. Car sans même remonter aux violences et abus commis sous l’occupation syrienne, c’est bien au plan de la sécurité que notre pays a le plus à se plaindre de la conduite de son voisin. Pour nombre de Libanais comme pour la quasi-totalité de l’opinion internationale, la Syrie n’est guère innocente ainsi du sang de Rafic Hariri. Les mêmes accusations lui ont d’ailleurs été portées à propos de la longue série d’assassinats de personnalités politiques et de leaders d’opinion...