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Actualités - Opinion

La chronique de Nagib Aoun L’insulte faite à Machiavel

Machiavel aurait certainement applaudi, mais pour les Libanais, en victimes bien averties, bien au fait de la duplicité syrienne, la ficelle est grosse et la manœuvre flagrante. Machiavel aurait dû naître au Moyen-Orient, dans cette région si riche en excès, en abus, en perfidies. Il s’y serait délecté, aurait trouvé motif à de nouvelles réflexions, aidé en cela par des Libanais passés maîtres dans l’art de la prévoyance, de la décortication. Ils lui auraient expliqué que les fameux « aveux » des membres de Fateh el-Islam ne sont que des pétards mouillés, des révélations ciblées sur mesure. Une plate-forme télévisée pour des règlements de comptes aussi bien avec l’Arabie saoudite qu’avec le Courant du futur. Un machiavélisme dont aurait honte Machiavel lui-même parce que longtemps pratiqué, tout à fait éculé. Parce que chacun sait ce qu’il en coûte de parler ou de penser librement en Syrie, parce que chacun sait que ceux qui ont osé parler ou penser librement croupissent, aujourd’hui, dans les geôles de l’oubli. De Tripoli à Damas, en quelques étapes, le scénario de l’absurde tel que concocté par des « esprits illuminés » : La Syrie consent enfin à des relations diplomatiques avec Beyrouth et elle s’emploie en même temps à « descendre » une composante importante de la classe politique libanaise. La Syrie invite deux ministres sécuritaires à Damas, Ziyad Baroud et Élias Murr, et elle sort en même temps du chapeau baassiste le lapin-surprise, l’infréquentable, l’ignoble Fateh el-Islam qui, comme par hasard, a élu domicile à Tripoli pour mieux frapper à Damas La Syrie braque les feux sur le seul terrorisme islamiste, un véritable poisson dans l’eau du fleuve Abou Ali, et les deux ministres se retrouvent « culpabilisés », « vulnérabilisés » pour avoir laissé faire, pour n’avoir pas vu venir le danger. Un fait accompli à la manière purement baassiste, une imposture dont nos deux ministres, bien évidemment, sont loin d’être dupes. Un machiavélisme de pacotille, donc, qui veut faire croire que tous les attentats survenus au Liban sont le fait des seuls islamistes, que la Syrie n’a rien à y voir, ni de près ni de loin, et que même le « big bang », celui qui a coûté la vie à Rafic Hariri, a été planifié et exécuté par les seuls fous du « jihad ». Grosse, bien grosse est la ficelle, alors que l’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre touche à sa fin et que le tribunal international n’attend plus que d’ultimes détails techniques pour se mettre en place. Mais la menace, la vraie, est ailleurs : faut-il, dans ces conditions, s’attendre, aujourd’hui, à de nouveaux attentats, faut-il craindre, redouter de nouvelles atteintes à notre sécurité ? * * * C’est dans ce climat délétère, dans cette atmosphère empoisonnée que des propositions saugrenues sont avancées, des idées pour le moins inconséquentes qui risquent, pour le cas assez improbable où elles seraient retenues, d’enfoncer le Liban dans des crises encore plus graves. La résistance populaire étendue à tout le pays, des hommes et des femmes en armes éparpillés sur l’ensemble du territoire, prêts à en découdre avec l’ennemi israélien : « Aux armes, citoyens, le pays est en danger », tel est le nouveau leitmotiv qui semble animer le Courant patriotique libre, la mise en place d’une société guerrière, alors que le Liban est encore taraudé par les démons de la sanglante discorde civile, alors que le monde arabe, dans son ensemble, s’active pour la paix, alors même que la Syrie franchit les dernières étapes menant à une entente définitive avec l’État hébreu. Faut-il rappeler au CPL que le Liban-Sud a été libéré en l’an 2000 et que la question de Chebaa est désormais du ressort des Nations unies ? Faut-il également lui rappeler que la poursuite, depuis, des activités du Hezbollah a créé les conditions d’une nouvelle invasion en 2006 et que c’est grâce aux efforts entrepris par le gouvernement Siniora de l’époque que les Israéliens ont rebroussé chemin ? Balayée, donc, la résolution 1701 du Conseil de sécurité, celle qui consacre la primauté du seul État libanais, de la seule armée libanaise, celle qui garantit la protection du pays du Cèdre face aux menaces externes, aux velléités de frondes internes. Balayées les aspirations des jeunes à un Liban en paix avec lui-même et avec le reste du monde : Israël d’un côté, la Syrie de l’autre, et, au milieu, des Libanais promis à un avenir de Viêt-congs. La boucle est bouclée et les chemins de l’exil largement ouverts. Vous avez dit stratégie de défense commune ? Nagib Aoun
Machiavel aurait certainement applaudi, mais pour les Libanais, en victimes bien averties, bien au fait de la duplicité syrienne, la ficelle est grosse et la manœuvre flagrante.
Machiavel aurait dû naître au Moyen-Orient, dans cette région si riche en excès, en abus, en perfidies. Il s’y serait délecté, aurait trouvé motif à de nouvelles réflexions, aidé en cela par des Libanais passés maîtres dans l’art de la prévoyance, de la décortication.
Ils lui auraient expliqué que les fameux « aveux » des membres de Fateh el-Islam ne sont que des pétards mouillés, des révélations ciblées sur mesure. Une plate-forme télévisée pour des règlements de comptes aussi bien avec l’Arabie saoudite qu’avec le Courant du futur.
Un machiavélisme dont aurait honte Machiavel lui-même parce que longtemps pratiqué, tout...