S’il est vrai que la face de la terre aurait changé si le nez de Cléopâtre avait été plus court, il est non moins vrai que la victoire de Bush, d’un nez, à la dernière élection présidentielle US a changé, elle, la carte géopolitique du monde.
Entre une difformité physique et des choix politiques, la similitude paraît bizarre, incongrue. Et pourtant il est tout à fait vrai qu’un détail infime, quelques petites centaines de voix, peut faire la différence et entraîner la planète dans des événements qui bouleversent le cours de l’histoire.
Demain l’Amérique vote et c’est l’univers tout entier qui retient son souffle. Non pas que le monde n’a pour les États-Unis que les yeux de Chimène pour Rodrigue, mais pour la simple raison qu’il a pleinement conscience que le résultat du vote déterminera l’avenir des relations entre les États, le sort de nombreuses populations.
Qu’on s’en félicite ou qu’on s’en afflige, il est une vérité que les plus irascibles des antiaméricains ne s’aventureraient pas à nier : l’Amérique pèse lourd, bien lourd, dans l’équilibre mondial et « l’aventure bushienne » a démontré avec éclat ce qu’il en coûte de laisser un superexcité diriger une superpuissance.
À quelques heures du scrutin, une question s’impose, autant vitale qu’évidente : demain, l’Amérique profonde sanctionnera-t-elle la désastreuse gestion de Bush ou laissera-t-elle les vieux démons du racisme ressurgir et la rattraper et faire payer à Obama « l’effronterie » d’avoir osé et réussi à se faire une place au soleil yankee ?
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Le monde retient son souffle. Le Liban aussi, caisse de résonance de tous les conflits régionaux, ceux dans lesquels sont directement impliqués les États-Unis.
Élection cruciale donc en Amérique avec des enjeux internationaux et élections cruciales aussi au Liban parce que déterminantes pour l’avenir du pays du Cèdre.
Si l’Amérique est appelée à trancher demain, le Liban, lui, a encore sept mois pour se décider, sept mois durant lesquels tout peut se produire, le meilleur comme le pire.
À 48 heures de la reprise des travaux du comité de dialogue, force est de constater que toutes les parties prenantes s’y dirigent en rangs dispersés avec des conditions et des arguments diamétralement opposés.
Tour de Babel garantie : difficile de croire, dans ces circonstances, que le dialogue puisse aboutir à des résultats palpables, à une vision d’avenir commune, concernant aussi bien la stratégie de défense entre l’armée et le Hezbollah que le positionnement du Liban face aux conflits qui déchirent la région. Une impasse évidente que les dernières déclarations des ténors du 8 et du 14 Mars ont illustrée de la manière la plus claire, la plus agressive, la proximité des conclusions de la commission d’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri et de l’acte d’accusation subséquent n’étant pas pour assouplir les positions.
Dans sept mois donc, les Libanais auront rendez-vous non simplement avec les urnes d’un scrutin ordinaire, mais avec un choix vital, celui qui façonnera leur destin pour les années à venir.
S’y dérober, préférer l’abstention, le confort de l’appartement douillet, équivaudrait à de la lâcheté, à une totale irresponsabilité. Ce serait peut-être livrer le Liban à ceux qui veulent en faire l’antipode de ce qu’il a toujours été : pluriel, tolérant, ouvert sur le monde, ce serait torpiller l’espoir d’une résurgence de l’État de droit et des institutions.
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L’histoire est riche en exemples accablants : ce ne sont pas toujours les meilleurs qui gagnent aux élections et les électeurs, floués, comprennent toujours trop tard, après la survenue de la catastrophe, qu’ils ont fait le mauvais choix, celui qui a aliéné leur futur.
Ils n’ont alors nullement besoin du nez de Cléopâtre pour réaliser qu’un détail infime, quelques petites centaines de voix, aurait pu faire la différence…
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats S’il est vrai que la face de la terre aurait changé si le nez de Cléopâtre avait été plus court, il est non moins vrai que la victoire de Bush, d’un nez, à la dernière élection présidentielle US a changé, elle, la carte géopolitique du monde.
Entre une difformité physique et des choix politiques, la similitude paraît bizarre, incongrue. Et pourtant il est tout à fait vrai qu’un détail infime, quelques petites centaines de voix, peut faire la différence et entraîner la planète dans des événements qui bouleversent le cours de l’histoire.
Demain l’Amérique vote et c’est l’univers tout entier qui retient son souffle. Non pas que le monde n’a pour les États-Unis que les yeux de Chimène pour Rodrigue, mais pour la simple raison qu’il a pleinement conscience que le résultat du vote déterminera...