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Actualités - Opinion

En toute liberté Sortir de la préhistoire

de Fady Noun « La nation est le terrain sur lequel naît l’État », dit Jean-Paul II dans Mémoire et Identité, l’ouvrage qui est son testament politique et spirituel. Nous avons là, peut-être, la clé pour comprendre pourquoi nous n’avons pas d’État, pourquoi nous ne parvenons pas à bâtir un État. Nous n’y parvenons pas, tout simplement parce qu’il n’y a pas encore de nation libanaise. Il y a une nation maronite, une nation druze, une nation chiite, voire une nation sunnite, mais pas de nation libanaise. Nous sommes encore à la préhistoire du Liban. Nos communautés en sont encore à construire leur patrimoine commun, ce patrimoine qui leur permettra d’avoir une mémoire commune, une culture commune, des idéaux qui les soudent les uns aux autres. Par le meurtre de Rafic Hariri, chrétiens et musulmans sunnites obtiennent du jour au lendemain un patrimoine commun. Une volonté de vivre en commun, de former ensemble une nation, de construire, ensemble, une histoire nationale dont la dimension spirituelle est offerte, évidente. Le 14 mars 2005, cette exaltation est à son comble, le rêve est à portée de main. C’est cette histoire que, pour une raison ou l’autre, certains Libanais vont tenter d’étouffer, en faisant de leur mieux pour salir la mémoire de Rafic Hariri ou chanter les louanges du régime syrien, alors que le Liban vient à peine de se libérer, physiquement, d’une Syrie qui avait, trente ans durant, cherché à l’assimiler en le liant par un discours idéologique unificateur, des traités imposés et une tutelle militaire débilitante. Aujourd’hui, il ne faut pas se faire d’illusion, la Syrie continue d’empêcher la genèse de la nation. Pourtant, par une amitié qui aurait permis au sentiment de fraternité de se développer, loin de toute coercition, de toute volonté de domination, elle aurait obtenu davantage du Liban. C’est ce que ne comprennent pas encore ceux qui, chez nous, sont complices des pressions qui nous empêchent de nous épanouir dans notre propre vocation historique et nationale. Et les manœuvres électorales qui ont commencé en sont les meilleures preuves. Que signifient, sinon, ces aller-retour qui reprennent en direction de Damas – mais ont-ils jamais cessé ? –, sinon qu’on lui accorde, à nouveau, son mot à dire dans nos alliances, dans notre histoire ? Que signifient, sinon, ces médiateurs qui vont et viennent, ces pays arabes qui s’entremettent entre deux camps ? Nous avons un territoire, un pays, des communautés, des sentiments grégaires, tribaux, des épisodes historiques communs, mais pas encore de nation. Pourtant, disons-le-nous, la véritable révolution commence dans les cœurs, avant de se traduire dans les institutions. Quand on cesse de rêver, on cesse d’agir. Il faut donc entretenir notre flamme, notre désir de retrouver ce moment magique où nous avons été une nation, tout en sachant que, du rêve à l’institution, et l’histoire nous l’a fait amèrement comprendre, il y a une déperdition d’esprit dont il faut tenir compte comme d’une constante. Mais il n’y a pas d’alternative à la nation, pas de synthèse possible entre un projet démocratique et un projet totalitaire. Avant d’édifier leur État, les Libanais doivent encore s’entendre là-dessus. Mercredi prochain, à la table de dialogue.
de Fady Noun

« La nation est le terrain sur lequel naît l’État », dit Jean-Paul II dans Mémoire et Identité, l’ouvrage qui est son testament politique et spirituel.
Nous avons là, peut-être, la clé pour comprendre pourquoi nous n’avons pas d’État, pourquoi nous ne parvenons pas à bâtir un État. Nous n’y parvenons pas, tout simplement parce qu’il n’y a pas encore de nation libanaise. Il y a une nation maronite, une nation druze, une nation chiite, voire une nation sunnite, mais pas de nation libanaise. Nous sommes encore à la préhistoire du Liban. Nos communautés en sont encore à construire leur patrimoine commun, ce patrimoine qui leur permettra d’avoir une mémoire commune, une culture commune, des idéaux qui les soudent les uns aux autres.
Par le meurtre de Rafic Hariri, chrétiens et musulmans...