Dur, dur d’être le président d’un pays qui s’acharne à ne pas se perpétuer en nation ; dur, dur d’être le président d’un pays dont les enfants se sont retranchés dans les ghettos de l’intolérance ; dur, dur d’être le président d’un pays qui vit dans le passé et qui n’envisage l’avenir qu’avec les recettes dérisoires, éculées, d’un hier fait de mensonges et de compromissions.
Clientélisme, corruption, laisser-aller : personne n’est exempt de sa responsabilité et tous puisent à la même source polluée. « Ôte-toi de là que je m’y mette » : les fonctionnaires, les responsables changent, les mentalités obtuses demeurent, un gouvernement impuissant s’en va, un autre le remplace, tout aussi impuissant, tout autant rongé par le ver de l’obstructionnisme.
Conséquence inévitable : les plans, les programmes déjà établis sont remis en question ou quasiment ignorés, les maigres réformes envisagées sont bloquées pour la simple raison qu’elles émanent d’une partie antagoniste, d’un adversaire politique.
Mais attention : il n’y a pas que des pourris, des incompétents aux postes de décision. Dieu sait que les rares battants se démènent comme des fous pour atténuer les dégâts, pour réaliser le possible de l’impossible. Dieu sait qu’ils sont confrontés, chaque jour qui passe, à la bêtise des uns, au « m’enfichisme », aux entraves des autres.
Une main seule, toute seule ne peut pas applaudir, encore moins entamer des travaux herculéens. Les dictons reflètent parfaitement le bon sens populaire et les Libanais, ceux du pays d’en bas, ne se font plus d’illusions : ce n’est pas la classe politique actuelle qui sortira le Liban de son marasme, de son long sommeil, ce ne sont pas les héritiers, les fils, les gendres, les apparentés de cette même classe qui remettront le pays du Cèdre sur le chemin de l’essor et du progrès.
Que les bonzes politiques, les leaders autoproclamés, se réconcilient ou pas, qu’ils clament leur bonne foi ou qu’ils mènent des batailles donquichottesques, tout cela ne modifie pas l’équation, un moule fait de corruption, d’incompétence et de démagogie, un triptyque qui se déroule, qui s’étale dans les réalités du quotidien, qui se reflète dans les interrogations naturelles du citoyen anonyme, celui qui se réveille le matin, va à son boulot et rentre chez lui le soir, porteur de frustrations accumulées. Des interrogations qui touchent au bien-être, au mal-être de tout un chacun, dans ses soucis sociétal ou sécuritaire.
Jusqu’à quand le Libanais devra-t-il payer deux fois l’électricité, celle de l’État et celle du privé, s’acquitter de taxes municipales pour des services qui ne lui sont pas rendus, pour des réseaux d’égout, des stations d’épuration qui n’existent pas ?
Jusqu’à quand les voleurs de voitures, les bandes organisées continueront-ils à sévir, à se retrancher dans des fiefs inaccessibles, protégés par de mystérieux pouvoirs claniques ou politiques ?
Jusqu’à quand les barons de la drogue continueront-ils, en plein cœur de la Békaa, à vanter librement leurs exploits, défiant les forces de l’ordre aux moyens limités ?
Vous avez dit réformes ? Mais de quelles réformes structurelles, vitales pour l’avenir du pays peut-on parler quand même les voyous, les repris de justice, les trafiquants de drogue continuent de jouir de la complaisance de ceux-là mêmes qui freinent l’émergence d’un État fort pour permettre à leurs propres structures de se développer.
***
Du balai ! un grand coup de balai, c’est ce dont a finalement besoin le pays du Cèdre, un besoin urgent de nouvelles figures, des compétences dont est riche le corps libanais, mais qui n’arrivent pas à se frayer un chemin parmi les nombreux requins qui se disputent sa chair.
Redisons-le encore une fois : dans sept mois aura lieu un scrutin crucial pour l’avenir du Liban. L’électeur qui ira déposer son bulletin dans l’urne doit comprendre que son choix sera déterminant : la perpétuation de l’aberration d’aujourd’hui, des blocages prémédités, éliminera tout espoir de résurrection, découragera les derniers soutiens dont bénéficie encore le Liban.
Dur, dur d’être le président d’un pays qui s’échine à vivre dans le passé. Michel Sleiman réussira-t-il, dans ces conditions, à constituer le bloc qui pèsera dans la balance, qui fera la différence ? Affaire à suivre d’ici à mai prochain.
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dur, dur d’être le président d’un pays qui s’acharne à ne pas se perpétuer en nation ; dur, dur d’être le président d’un pays dont les enfants se sont retranchés dans les ghettos de l’intolérance ; dur, dur d’être le président d’un pays qui vit dans le passé et qui n’envisage l’avenir qu’avec les recettes dérisoires, éculées, d’un hier fait de mensonges et de compromissions.
Clientélisme, corruption, laisser-aller : personne n’est exempt de sa responsabilité et tous puisent à la même source polluée. « Ôte-toi de là que je m’y mette » : les fonctionnaires, les responsables changent, les mentalités obtuses demeurent, un gouvernement impuissant s’en va, un autre le remplace, tout aussi impuissant, tout autant rongé par le ver de l’obstructionnisme.
Conséquence inévitable : les...