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Le bloc-notes de Abdo Chakhtoura La septième guerre

OPINION
14/10/2008
Quand la plume, même trempée dans de l’encre d’Orient, sèche bien avant de toucher le papier, pour avoir trop longtemps hésité ou attendu ; quand l’esprit, même rompu aux gymnastiques intellectuelles cartésiennes de l’Occident, vagabonde en désordre pour s’être un peu trop éparpillé ; quand l’actualité s’emballe et entraîne la réflexion dans les abîmes parfois insondables de la stratégie politique : dans ces moments d’humilité extrême, le journaliste se tourne alors vers les gourous de l’analyse, ces vieux routiers que rien ne démonte et qui peuvent, avec la plus grande rigueur, démontrer la chose et son contraire jusqu’à épuiser toutes les possibilités de la logique humaine. Tel est l’exercice auquel s’est livré cette semaine un fin politologue qui, se basant sur des informations puisées à des sources locales, régionales et occidentales, a disséqué à froid les possibilités de conflits armés dans la région. Il a ainsi dénombré pas moins de six guerres possibles qui risquent d’éclater en différents endroits du Moyen-Orient arabe avec ses deux autres composantes israélienne et iranienne. Ainsi, le déclenchement de ces guerres ne serait pas éloigné et pourrait avoir lieu dans un créneau s’étalant du jour de l’élection d’un nouveau président américain, le 4 novembre prochain, jusqu’à sa prise de fonctions officielle le 20 janvier 2009. Quant aux possibles conflits ou frappes dont la région pourrait être le théâtre, ils sont les suivants : * Une guerre américaine contre la république islamique d’Iran qui serait l’aboutissement logique du bras de fer permanent engagé entre les deux parties depuis l’avènement des mollahs au pouvoir en 1979. Le prétexte d’ailleurs en est tout trouvé avec la farouche volonté iranienne de maîtriser la technologie nucléaire. * Une guerre israélienne contre Téhéran pour les mêmes raisons afin d’éliminer durablement l’infrastructure nucléaire et militaire de l’Iran. * Une opération israélienne de grande envergure contre les radicaux palestiniens à Gaza accusés de bloquer le processus de paix avec l’aide de la Syrie, de l’Iran et du Hezbollah, ce dernier entraînant le Hamas et le Jihad aux techniques de résistance acquises lors de la lutte contre l’occupant israélien au Liban. * Une guerre en bonne et due forme israélo-syrienne s’il s’avérait que Damas n’est pas sérieux ou cherche simplement à gagner du temps dans ses négociations avec l’État hébreu. D’autant que Tel-Aviv observe avec inquiétude les tentatives syriennes, avortées jusqu’à présent, de posséder des armes « non conventionnelles », aphorisme connu pour désigner l’arsenal chimique, bactériologique ou nucléaire. Le prétexte pourrait être n’importe quelle opération sanglante des radicaux palestiniens du Hamas et du Jihad – dont les commandements sont basés à Damas – ou même du Hezbollah contre des ressortissants ou des intérêts israéliens en Israël ou dans le monde. * Une nouvelle guerre israélienne contre le Liban, plus précisément contre le Hezbollah, pour venger la déconfiture de 2006 pour les mêmes raisons déjà avancées plus haut. * Une opération syrienne sur le sol libanais qui, malgré les assurances de Washington et Paris, se traduirait par des attaques contre les régions qui abriteraient les extrémistes sunnites adversaires traditionnels du régime en place depuis près de quarante ans à Damas. À ces arguments, le même analyste répond, rassurant, qu’il n’est pas question actuellement qu’une administration Bush sur le départ puisse déclencher une guerre contre l’Iran, sauf en cas d’urgence impérieuse, ce qui n’est pas encore le cas pour le moment. Idem pour l’État d’Israël que les USA s’efforcent de contenir en cette période de transition et qu’ils ont calmé par la fourniture de nouvelles armes performantes qui accroissent sa supériorité militaire. Le même analyste est formel : les radicaux palestiniens sont loin de vouloir donner des prétextes à Israël pour envahir Gaza afin d’éviter à la population déjà sinistrée de nouvelles souffrances qui auraient pour effet d’augmenter la grogne contre le Hamas et le Jihad islamique. Par ailleurs aussi bien Damas que Tel-Aviv, ajoute ce politologue, savent à l’avance que les résultats d’un conflit entre eux ferait le lit des islamistes que personne ne voudrait voir au pouvoir en Syrie. Et de préciser également qu’une guerre israélienne contre le Hezbollah, si elle est vraiment de l’ordre du possible, n’est pas la bienvenue pour le moment par les Occidentaux qui ont des contingents dans la Finul au Liban-Sud. Dans le même ordre d’idées, cette même Syrie sait que, même en cas d’un improbable feu vert occidental, elle doit éviter à tout prix de s’enfoncer à nouveau dans le bourbier libanais car, en s’attaquant manu militari aux intégristes islamistes, elle va se mettre également à dos toute la communauté sunnite du Liban et de l’ensemble du monde arabe. Il ne faut cependant pas écarter la possibilité d’un septième conflit, dont le but ultime serait d’impliquer le Hezbollah dans une guerre civile libanaise pour enlever toute légitimité à ses armes déjà amplement contestées. Avec, cette fois-ci – comble du cynisme – l’aval des deux vieux compères, complices objectifs de toujours : Israël et la Syrie. Abdo Chakhtoura

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