de Sahar AL-ATTAR
Et si le Liban n’était pas totalement à l’abri de la crise financière internationale, comme le répètent les responsables à longueur de journée ? Depuis son déclenchement, les autorités soulignent inlassablement la solidité des banques libanaises et l’attitude visionnaire de la BDL. Certains évoquent même des entrées de capitaux, les risques du secteur bancaire local, souverains, ayant l’avantage d’être connus et intégrés par les marchés. Sachant que le système financier repose surtout sur la confiance des déposants, cet optimisme est parfaitement compréhensible.
Mais les risques qu’encourt le Liban ne doivent pas pour autant être occultés.
D’abord, d’un point de vue strictement bancaire, les établissements libanais ont des avoirs dans les banques étrangères. Une faillite majeure à l’international ne serait donc pas sans répercussions, bien que les plans de soutien massifs adoptés en Europe et aux États-Unis (sans parler des réserves de la BDL) aient considérablement minimisé ce risque. Les pertes subies sur les marchés internationaux par les grandes fortunes libanaises ou arabes pourraient aussi entamer la base de dépôts, même si les experts considèrent que le secteur dispose de suffisamment de liquidités pour y faire face.
En réalité, le danger pour le Liban ne vient pas du système bancaire, mais des conséquences de la crise sur les économies réelles. Un ralentissement de la croissance dans le Golfe, en particulier, ne sera pas sans effets sur le Liban. Dans cette optique, il existe un scénario favorable (probable) et un scénario catastrophe (moins probable, mais néanmoins possible).
Le premier prend en compte une baisse modérée du prix du pétrole, due au ralentissement de la demande des pays industrialisés. Mais il considère que les monarchies du Golfe, qui ont élaboré leur budget sur la base d’un baril à moins de 40 dollars, seront en mesure de puiser dans leur épargne pour soutenir la demande interne, et donc la croissance. Le Liban ne sera pas affecté.
Le second, en revanche, inclut les pays émergents, comme la Chine et l’Inde, dans le contexte de ralentissement mondial. Sachant que la Chine, à elle seule, a représenté près de 50 % de la hausse de la demande de pétrole l’année dernière, la baisse des prix de l’or noir sera plus marquée, et l’OPEP ne pourra pas réduire son offre car certains de ses membres, comme l’Iran ou le Venezuela, ont de fortes pressions budgétaires. Parallèlement, le secteur bancaire des pays du Golfe souffre d’un manque de liquidités en raison de la politique de bas taux d’intérêt imposée par les États-Unis (leur monnaie étant indexée au dollar), et les détenteurs de capital (privés et publics) ont encouru des pertes considérables sur les marchés internationaux. Résultat : les agents économiques réduisent leurs dépenses de consommation, entraînant un ralentissement de la croissance.
Dans cette configuration, le Liban sera touché de plein fouet. Sur le plan réel, les exportations de biens et services représentent près de 70 % du PIB national. Or au moins la moitié d’entre elles va vers les pays arabes, notamment ceux du Golfe. Une baisse de la demande dans ces pays risque donc d’affecter le secteur privé. Quant aux transferts de la diaspora, qui représentent près de 20 % du PIB, ils pourraient également se tarir, sans parler des investissements directs étrangers (12 % du PIB), ni des entrées de capitaux privés, essentiellement de la diaspora et des Arabes. La hausse des dépôts bancaires pourrait donc marquer le pas, alors qu’une croissance de la masse monétaire d’au moins 5 % sur un an est nécessaire pour financer l’État (sans privatisations et sans intervention de la BDL).
Pour le moment, pas de panique, on est très loin du ralentissement évoqué, avec une hausse des dépôts bancaires de l’ordre de 15 % par an. Mais il n’est jamais trop tôt pour se prémunir. Au lieu d’invoquer sans cesse la fameuse « résilience » libanaise, les autorités devraient faire de la prévention. La feuille de route est la même depuis des années, mais sa mise en œuvre est plus nécessaire que jamais : assainir les finances publiques et soutenir la croissance.
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